Dossier d'analyse : Six ans d'attente pour verbaliser en mer

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Tahiti, le 2 juin 2026 - Pourquoi les agents polynĂ©siens chargĂ©s des affaires maritimes ne peuvent-ils toujours pas verbaliser directement certaines infractions constatĂ©es en mer ? C’est la question soulevĂ©e par une proposition de rĂ©solution cosignĂ©e par Rachelle FlorĂšs (Tavini) et Marielle Kohumoetini (A Fano Ti'a), examinĂ©e ce mercredi en commission Ă  l'assemblĂ©e. Au-delĂ  du dossier maritime, ce premier texte commun depuis la scission des indĂ©pendantistes interpelle l'État sur une procĂ©dure bloquĂ©e depuis six ans.   Mouillages illĂ©gaux, atteintes Ă  l’environnement marin, infractions
 chaque annĂ©e, plusieurs dizaines de manquements sont constatĂ©s en PolynĂ©sie française sans que les agents compĂ©tents disposent de tous les outils nĂ©cessaires pour les sanctionner efficacement. C’est le constat dressĂ© par la proposition de rĂ©solution dĂ©posĂ©e Ă  l’assemblĂ©e par les Ă©lues Rachelle FlorĂšs (Tavini) et Marielle Kohumoetini (A Fano Ti'a). DerriĂšre les infractions maritimes, le texte remet sur la table un dĂ©bat rĂ©current Ă  Tarahoi : celui du respect par l'État des mĂ©canismes prĂ©vus par le statut d'autonomie. Un dossier lancĂ© par le gouvernement Fritch dĂšs 2020 qui, six ans aprĂšs, attend toujours le feu vert de Paris.   Aujourd’hui, les agents de la Direction polynĂ©sienne des affaires maritimes (DPAM) peuvent signaler des infractions au procureur de la RĂ©publique, mais ne sont pas habilitĂ©s Ă  dresser eux-mĂȘmes des procĂšs-verbaux reconnus pĂ©nalement. Une situation qui entraĂźne des procĂ©dures indirectes : selon le rapport accompagnant la rĂ©solution, “environ 50 procĂ©dures par an” sont transmises Ă  l'autoritĂ© judiciaire, avec des dĂ©lais de traitement pouvant atteindre douze mois.   Un dossier enlisĂ© depuis 2020   Pour y remĂ©dier, le Pays a Ă©laborĂ© un projet de loi lui permettant de participer davantage Ă  la recherche et Ă  la constatation des infractions maritimes, conformĂ©ment aux possibilitĂ©s offertes par l’article 32 du statut d’autonomie. L’objectif est notamment de confier certains pouvoirs d’enquĂȘte et de constatation Ă  des agents du Pays, sous le contrĂŽle de l’autoritĂ© judiciaire.   Le problĂšme touche toutefois au fonctionnement mĂȘme du statut d'autonomie. L'article 32 de la loi organique prĂ©voit en effet qu'aprĂšs rĂ©ception d'un projet de loi du Pays relevant de compĂ©tences partagĂ©es, le ministre des Outre-mer dispose d'un dĂ©lai de deux mois pour soumettre au Premier ministre un projet de dĂ©cret d'approbation ou de refus motivĂ©. Or, malgrĂ© une premiĂšre saisine en mars 2020 et plusieurs relances depuis, la procĂ©dure n'a toujours pas abouti.   Le sujet avait mĂȘme Ă©tĂ© portĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale par la dĂ©putĂ©e Mereana Reid Arbelot, qui alertait en fĂ©vrier 2025 sur les consĂ©quences de ce blocage pour la lutte contre les infractions maritimes. En rĂ©ponse, le ministre des Outre-mer reconnaissait l’existence de plusieurs “faiblesses” dans le projet de loi du Pays, Ă©voquant notamment “l'inadĂ©quation des agents habilitĂ©s” et plusieurs autres fragilitĂ©s juridiques. Il assurait toutefois que les services de l’État et ceux du Pays allaient travailler ensemble afin d’aboutir Ă  une version corrigĂ©e du texte.   Appel au haut-commissaire   Un an plus tard, les auteures de la rĂ©solution constatent que cette concertation n’a toujours pas produit de rĂ©sultat concret. “Force est de constater qu’à ce jour, cette rĂ©ponse de l’État n’a pas connu de suite”, relĂšve le rapport.   La rĂ©solution demande donc aux autoritĂ©s nationales de “respecter et mettre en Ɠuvre” la procĂ©dure prĂ©vue par l’article 32 du statut d’autonomie afin de permettre l’aboutissement du projet de loi du Pays. Elle sollicite Ă©galement l’intervention du haut-commissaire afin qu’il organise rapidement une rĂ©union entre les services de la Justice, la Direction gĂ©nĂ©rale des outre-mer et ceux du Pays.   Au-delĂ  de l'aspect institutionnel, les auteures du texte mettent en avant des enjeux trĂšs concrets : mieux lutter contre les mouillages interdits et renforcer la protection du littoral. En attendant, les agents de la DPAM continuent de constater des infractions sans disposer de tous les moyens juridiques pour les sanctionner directement.


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