Dossier d'analyse : Télécoms : Brotherson piégé par son camp

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  Tahiti, le 12 mai 2026 - Trois ans jour pour jour aprĂšs son Ă©lection Ă  la prĂ©sidence du Pays, Moetai Brotherson a essuyĂ© ce mardi un nouveau revers parlementaire venu des rangs indĂ©pendantistes. Deux projets de loi du Pays sur les tĂ©lĂ©communications ont virĂ© au casse-tĂȘte politique Ă  Tarahoi : le premier, sur l’itinĂ©rance mobile, a Ă©tĂ© rejetĂ© aprĂšs l’abstention surprise de huit Ă©lus Tavini ; le second, sur les tĂ©lĂ©communications extĂ©rieures et Starlink, a Ă©tĂ© retirĂ© dans la foulĂ©e par le gouvernement, jugĂ© “sans objet” sans le premier.   Sur le papier, les deux dossiers examinĂ©s ce mardi Ă  Tarahoi semblaient pourtant loin des sujets explosifs qui agitent rĂ©guliĂšrement l’assemblĂ©e. Le premier visait Ă  encadrer juridiquement l’itinĂ©rance mobile entre opĂ©rateurs locaux, autrement dit l’utilisation du rĂ©seau d’un concurrent dans les zones non couvertes. Un sujet devenu sensible aprĂšs plusieurs contentieux opposant Onati Ă  Vodafone et Viti. Le gouvernement voulait instaurer une rĂ©gulation diffĂ©renciĂ©e selon les zones gĂ©ographiques, avec des plafonds tarifaires dans les archipels peu denses et une mĂ©thodologie de calcul des coĂ»ts fixĂ©e ensuite par arrĂȘtĂ© en conseil des ministres.   Le second volet touchait au trĂšs sensible dossier Starlink. Il proposait d’ouvrir sous conditions le marchĂ© des tĂ©lĂ©communications satellitaires afin d’encadrer l’arrivĂ©e d’opĂ©rateurs Ă©trangers tout en maintenant le monopole public sur les cĂąbles sous-marins internationaux. Un dĂ©bat d’autant plus stratĂ©gique que le tribunal administratif doit rendre ce mardi sa dĂ©cision sur plusieurs recours liĂ©s Ă  l’interdiction des antennes Starlink en PolynĂ©sie.   Mais au moment du vote, le premier texte n’a recueilli que 28 voix favorables contre 29 abstentions. Or, une loi du Pays nĂ©cessite la majoritĂ© absolue des reprĂ©sentants, soit 29 voix. Le problĂšme pour le gouvernement : parmi les abstentionnistes figuraient huit Ă©lus Tavini, alors mĂȘme que Cliff Loussan venait d’annoncer quelques minutes plus tĂŽt que son groupe voterait le texte.   Parmi eux, Maurea Maamaatuaiahutapu assume un “repositionnement” face au “flou” entourant encore la mise en Ɠuvre des mesures. “On n’est pas les seuls Ă  interpeller le gouvernement sur le manque de transparence et de dĂ©tails”, explique-t-elle, avant de rĂ©pondre au prĂ©sident du Pays : “C’est la dĂ©mocratie. Il nous a traitĂ©s de bĂ©ni-oui-oui il n’y a pas longtemps. Il faudrait savoir.”   Une posture qui a visiblement agacĂ© Moetai Brotherson. “On a ici un texte sur lequel le Cesec a Ă©mis un avis positif et sur lequel le groupe Tavini a annoncĂ© qu’il voterait pour. Et au final, on a un texte qui est rejetĂ© grĂące aux abstentions de certains membres du groupe Tavini”, a-t-il taclĂ© Ă  la tribune. Dans la foulĂ©e, le chef de l’exĂ©cutif a prĂ©fĂ©rĂ© retirer le second texte, estimant qu’il “n’a pas de sens sans le premier”.   Le Tavini vote en ordre dispersĂ©   DerriĂšre ce revers, les critiques de l’opposition ont manifestement trouvĂ© un Ă©cho jusque chez certains Ă©lus indĂ©pendantistes. Le Tapura comme Ahip reprochent au gouvernement de renvoyer trop d’élĂ©ments essentiels Ă  de futurs arrĂȘtĂ©s d’application, sans suffisamment dĂ©tailler leur contenu.   “On nous dit : faites-nous confiance. Mais nous sommes lĂ  pour voter une loi dont on a besoin de comprendre les orientations”, a expliquĂ© Édouard Fritch, qui s’inquiĂšte aussi de voir arriver des opĂ©rateurs internationaux “qui vont venir ici gagner de l’argent alors qu’ils n’ont rien investi”. MĂȘme son de cloche chez Nuihau Laurey, qui Ă©voque des “fragilitĂ©s juridiques” comparables Ă  celles qui avaient valu une censure partielle du Conseil d’État sur le RNS. Selon lui, l’assemblĂ©e doit fixer davantage de critĂšres dans la loi elle-mĂȘme.   Moetai Brotherson, lui, balaie ces critiques. “On ne peut pas venir, dans une loi du Pays, fixer les arrĂȘtĂ©s CM. Si on renvoie vers des arrĂȘtĂ©s CM, c’est justement pour offrir de la flexibilitĂ©â€, dĂ©fend-il. Reste qu’aprĂšs les tensions sur le RNS, le pass Tama’a Maitai ou encore l’aide au paiement du loyer, ce nouvel Ă©pisode confirme surtout l’érosion du socle politique de Moetai Brotherson Ă  Tarahoi. Trois ans aprĂšs son arrivĂ©e au pouvoir, la majoritĂ© confortable des dĂ©buts paraĂźt dĂ©sormais bien loin. Visiblement agacĂ© par ce nouvel accroc parlementaire, le prĂ©sident du Pays a mĂȘme laissĂ© planer le doute sur un Ă©ventuel retour de ces textes devant l’assemblĂ©e : “Je ne sais pas si c’est la peine de reprĂ©senter ces textes, si c’est les mĂȘmes reprĂ©sentants, parce qu’on va avoir droit aux mĂȘmes inepties”.


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