Dossier d'analyse : “On ne peut plus se soigner”, les dysfonctionnements de la MGEN en PolynĂ©sie Ă©puisent les assurĂ©s

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Tahiti, le 12 mai 2026 - FermĂ©e au public depuis cinq mois, l’antenne de la Mutuelle gĂ©nĂ©rale de l’Éducation nationale (MGEN) de Pirae suscite l’exaspĂ©ration de nombreux adhĂ©rents. DifficultĂ©s Ă  joindre la mutuelle, retards de remboursements et absence d’accueil physique : les usagers dĂ©noncent la situation.   PrĂšs de 5 000 fonctionnaires, actifs et retraitĂ©s, de l’Éducation nationale dĂ©pendent de la Mutuelle gĂ©nĂ©rale de l'Éducation nationale (MGEN) en PolynĂ©sie française. Avec leurs conjoints et enfants, plus de 13 000 ayants droit comptent sur cette mutuelle pour leur couverture santĂ©, mais depuis janvier de nombreux adhĂ©rents dĂ©noncent des difficultĂ©s de fonctionnement : dĂ©lais de remboursement importants, impossibilitĂ© de joindre l’antenne locale et des dĂ©marches administratives jugĂ©es inadaptĂ©es Ă  la rĂ©alitĂ© polynĂ©sienne. â€œOn ne peut plus se soigner. On vit dans une inquiĂ©tude financiĂšre ou nous, les adhĂ©rents, ne sommes pas remboursĂ©s pendant plusieurs mois. Certaines personnes sont obligĂ©es de renoncer Ă  certains soins.” C'est par ces mots qu'une ancienne professeure en lycĂ©e aujourd'hui retraitĂ©e alerte sur sa situation, qui n'est pas un cas isolĂ©. Entre soins dentaires et kinĂ©sithĂ©rapie, la retraitĂ©e de l'Éducation nationale a avancĂ© plus de 350 000 francs de frais mĂ©dicaux entre septembre 2025 et janvier 2026. Elle n’a Ă©tĂ© remboursĂ©e que partiellement Ă  la date du 1er mai. â€œJ'ai Ă©tĂ© remboursĂ©e de 143 196 francs le 29 avril des soins dentaires qui datent du 16 janvier. Aujourd'hui j'hĂ©site mĂȘme Ă  retourner chez le dentiste si je dois me faire poser une autre couronne”, s’indigne-t-elle, exaspĂ©rĂ©e.   Depuis le 14 janvier, l’agence physique de Pirae est fermĂ©e “temporairement” au public afin de permettre aux Ă©quipes de gĂ©rer le dĂ©ploiement de la Protection sociale complĂ©mentaire (PSC), une rĂ©forme qui modifie la couverture santĂ© des fonctionnaires et entraĂźne un important afflux de dossiers. Aucune autre explication n'a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e. Un autre changement est opĂ©rĂ© : depuis le 12 novembre dernier, dans le cadre du dĂ©ploiement de la Protection sociale complĂ©mentaire dans la fonction publique d’État, les agents publics assurĂ©s par la MGEN doivent dĂ©sormais crĂ©er un compte Ameli pour la gestion du rĂ©gime obligatoire de sĂ©curitĂ© sociale, en complĂ©ment de leur compte MGEN pour la partie mutuelle. Cette rĂ©forme concerne notamment les personnels de l’Éducation nationale, de l’enseignement supĂ©rieur et de la recherche. Afin de suivre les instructions fournies par la MGEN pour rĂ©aliser cette dĂ©marche, les assurĂ©s doivent d'abord mettre Ă  jour leur carte Vitale auprĂšs d'une borne, avant de pouvoir crĂ©er leurs comptes en ligne sur Ameli. Plusieurs personnes tĂ©moignent de difficultĂ©s pour faire cette mise Ă  jour car ils n’ont accĂšs qu’à deux bornes, une Ă  Pirae qui ne fonctionne pas et une seconde au haut-commissariat ou les assurĂ©s se sont reportĂ©s. En consĂ©quence, un signalement des difficultĂ©s rencontrĂ©es aurait Ă©tĂ© opĂ©rĂ© auprĂšs de la caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM) dĂšs le mois de janvier.


“Impossible de joindre la permanence”

L’antenne de Pirae, bien que fermĂ©e au public, fonctionne par ailleurs avec seulement trois agents pour traiter les dossiers et rĂ©pondre aux demandes des mutualistes, un effectif jugĂ© insuffisant par plusieurs assurĂ©s. â€œDepuis plusieurs jours, impossible de joindre la permanence. On n'a personne au bout du fil et ils ne reçoivent pas le public. Nous on est en dĂ©tresse”, tĂ©moigne une enseignante, adhĂ©rente Ă  la MGEN, souhaitant rester anonyme. Elle explique avoir passĂ© â€œprĂšs de trois heures et demie” Ă  attendre avant d’obtenir une rĂ©ponse au standard. DĂ©jĂ  couverte par la mutuelle de son conjoint, elle affirme ne pas parvenir Ă  transmettre sa dispense d’adhĂ©sion sur le site internet et se retrouve malgrĂ© tout contrainte de cotiser.   De plus, Ă  chaque visite mĂ©dicale et demande de remboursement, il lui est dĂ©sormais nĂ©cessaire de remplir un formulaire â€œsoins Ă  l’étranger” sur le site Ameli, un dispositif jugĂ© par les adhĂ©rents inadaptĂ© qui ne comprennent pas pourquoi. â€œTout est pensĂ© pour la mĂ©tropole et non pour l’outre-mer. Et on nous demande d’appeler la mĂ©tropole alors que beaucoup n’ont pas de forfait international”, peste l’enseignante avec un sentiment d’abandon.


​Nouvelle campagne d’information




  D'aprĂšs nos informations, la MGEN devrait dĂ©marrer une nouvelle campagne d'information par courriel visant Ă  encourager la crĂ©ation de comptes Ameli, cette fois-ci indĂ©pendamment de la mise Ă  jour de la carte Vitale. Dans ce cadre, les assurĂ©s pourront contacter la plate-forme tĂ©lĂ©phonique pour qu'un code provisoire leur soit communiquĂ© afin de leur permettre de crĂ©er leur compte Ameli sans avoir de carte Vitale. Cela leur permettra de commander une carte Vitale en ligne via leur nouveau compte Ameli. Pour rappel, si les cartes Vitale n'ont aucun usage direct en PolynĂ©sie française, elles sont nĂ©cessaires aux assurĂ©s en cas de soins pendant un sĂ©jour en mĂ©tropole ou dans une collectivitĂ© ultramarine, notamment en cas d'Ă©vacuation sanitaire. Chaque assurĂ© rĂ©sidant en PolynĂ©sie française et relevant de la sĂ©curitĂ© sociale mĂ©tropolitaine doit donc s'assurer d'ĂȘtre toujours en possession d'une carte Vitale en Ă©tat de fonctionnement et mise Ă  jour.   ContactĂ©e, la MGEN n'avait Ă  la date du 12 mai 2026, pas encore rĂ©pondu Ă  nos sollicitations.


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