Dossier d'analyse : “Je suis en survie professionnelle”

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Description initiale :







Tahiti le 10 mai 2026 – Vaea est fonctionnaire d’État et reconnue “travailleur handicapĂ© de catĂ©gorie B (RTH)”. Un statut mentionnĂ© sur son contrat de travail. Mais il aura fallu qu’elle attende plusieurs annĂ©es pour que cela soit mentionnĂ© sur sa fiche de visite par le mĂ©decin conseil afin de pouvoir enfin bĂ©nĂ©ficier d’un amĂ©nagement de poste, comme stipulĂ© sur sa fiche Cotorep. Mais cet amĂ©nagement n’est pas toujours respectĂ© par sa direction : “Je suis en survie professionnelle. Je n’en peux plus
 Comme si mon handicap ne suffisait pas.”   En 2013, Vaea dĂ©cide d’intĂ©grer le monde du travail malgrĂ© un lourd problĂšme d’audition depuis son plus jeune Ăąge. Elle se tourne vers la Commission technique d’orientation et de reclassement professionnel (Cotorep) en charge de l’insertion professionnelle des personnes porteuses de handicap. Quelques mois plus tard, elle reçoit une “notification de dĂ©cision” de la Cotorep qui lui reconnaĂźt le statut de “travailleur handicapĂ© de catĂ©gorie B” (RTH) avec “un handicap professionnel modĂ©rĂ© et durable entrainant une limitation permanente de l’adaptation professionnelle ou nĂ©cessitant Ă©ventuellement un amĂ©nagement du poste de travail”.   En 2016 Vaea passe le concours de surveillant pĂ©nitentiaire qu’elle rĂ©ussit avec brio avant d’intĂ©grer l'École nationale d’administration pĂ©nitentiaire pour une formation de six mois.


Identifié comme BOETH aprÚs dix ans de service

À son retour elle rejoint les effectifs du centre de dĂ©tention de Tatutu, Ă  Papeari, en tant que “travailleur handicapĂ©â€. Cela est mentionnĂ© sur son contrat de travail. Un statut qui se trouve mĂȘme confirmĂ© dans un courrier envoyĂ© Ă  la direction de l’administration Ă  Paris par l’ancien directeur, Gilbert Marceau, quelques mois plus tard.   L’administration pĂ©nitentiaire de Tatutu sait que Vaea, en tant que travailleur handicapĂ©, a besoin d’un “amĂ©nagement du poste de travail” comme stipulĂ© sur la notification de dĂ©cision de la Cotorep datant de 2013. Mais il lui faudra attendre dix ans avant d’ĂȘtre reconnue bĂ©nĂ©ficiaire de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapĂ©s (BOETH) par le mĂ©decin du travail. Elle assure avoir fait “pression” auprĂšs de ce dernier pour que cette mention, “BOETH”, apparaisse sur sa fiche de visite. En effet, lorsqu’un agent est reconnu BOETH, notamment les personnes reconnues travailleurs handicapĂ©s, il peut bĂ©nĂ©ficier des dispositifs financĂ©s par le Fonds pour l’insertion des personnes handicapĂ©s dans la fonction publique (FIPHFP).   Dix ans de perte de droits que la fonctionnaire a aujourd’hui le plus grand mal Ă  admettre : “Quand l’État nous embauche, il se drape de la vertu de celui qui fait quelque chose pour les handicapĂ©s ; mais une fois qu'on est Ă  l'intĂ©rieur du systĂšme, on devient invisibles.” Pour elle, l’État attend “de nous de la reconnaissance. C’est vraiment mon ressenti car tu ne peux rien demander, tu n'as aucune rĂ©ponse. Tout est flou”.


“Je n’en peux plus, comme si mon handicap ne suffisait pas”

À Tatutu, Vaea intĂšgre en 2022 le service ActivitĂ©, travail et formation (ATF) du centre de dĂ©tention. Pour ses nouvelles fonctions elle nĂ©cessite un amĂ©nagement de poste. “Le mĂ©decin du travail sait depuis le dĂ©but que j'ai des problĂšmes d'audition”. Raison pour laquelle il lui reconnait le bĂ©nĂ©fice de ce traitement particulier. L’amĂ©nagement consiste “à ne jamais me laisser seule car comme je n'entends pas le [tĂ©lĂ©phone de service], je dois toujours avoir au moins un surveillant Ă  mes cĂŽtĂ©s et ne surtout pas ĂȘtre seule”.   Deux ans plus tard, en avril 2024 “je bĂ©nĂ©ficie du mĂȘme amĂ©nagement. Le mĂȘme mĂ©decin Ă©crit de ne pas me laisser seule en dĂ©tention : je dois travailler avec un autre surveillant.” Mais quelques jours seulement plus tard, sans explication, sur une fiche de visite modifiĂ©e, l’amĂ©nagement de poste de Vaea a disparu. “Le mĂ©decin a modifiĂ© illĂ©galement ma fiche de visite car mon amĂ©nagement n'a pas plu Ă  la directrice actuelle. Elle a dit que c'est elle qui allait le faire avec le mĂ©decin et tous deux l’ont modifiĂ©e, ce que j’ai refusĂ©. Ils l’ont fait sans mĂȘme m’avoir revu en consultation. J'ai mĂȘme Ă©tĂ© menacĂ©e en prĂ©sence de la cheffe de service des ressources humaines. Ils m'ont dit que si je ne change pas, je risque de perdre mon travail, et j'avais trop peur de ça”, dĂ©clare Vaea les yeux remplis de larmes.   En 2025 et 2026 le mĂ©decin du travail remet la “prĂ©conisation d’un travail en binĂŽme” sur sa fiche de visite. Mais en dĂ©pit de cela, Vaea regrette que la direction de Tatutu ne tienne toujours pas compte de cette prĂ©conisation : “Je suis toujours seule car il n’y a ni note de service ni de note interne. Je suis en survie professionnelle. Je n’en peux plus, comme si mon handicap ne suffisait pas. Je suis fatiguĂ©e.”   MalgrĂ© nos multiples tentatives d’entrer en contact avec la directrice de Tatutu, Virginie Tanquerelle, afin d’avoir des Ă©claircissements sur ce qui a pu conduire l’administration du centre de dĂ©tention de Papeari Ă  tolĂ©rer de tels retards par rapport aux prĂ©conisations rĂ©pĂ©tĂ©es de la mĂ©decine du travail, nous n’avons pas rĂ©ussi Ă  obtenir de rĂ©ponse de sa part. En attendant, si Vaea est reconnue BOETH depuis 2023, elle attend toujours que soit reconnu dans les faits le handicap au travail qu’elle doit Ă  sa surditĂ©.


Le FIPHFP pour favoriser l’emploi, et le maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap

Le Fonds pour l’Insertion des Personnes HandicapĂ©es dans la Fonction Publique (FIPHFP) est un organisme public français créé pour favoriser l’emploi, l’insertion et le maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap dans les administrations publiques. Ce dispositif finance des mesures permettant aux agents en situation de handicap de travailler dans des conditions adaptĂ©es Ă  leur Ă©tat de santĂ©. Il aide les employeurs publics Ă  mettre en place des solutions concrĂštes pour Ă©viter l’exclusion professionnelle. Il peut financer du matĂ©riel spĂ©cialisĂ©, des appareils adaptĂ©s, des amĂ©nagements de poste, des logiciels spĂ©cifiques, des aides humaines, des formations ou encore certaines adaptations organisationnelles.   Les agents reconnus BOETH, notamment les personnes titulaires d’une RQTH, peuvent bĂ©nĂ©ficier des dispositifs financĂ©s par le FIPHFP via leur employeur public. L’employeur doit effectuer les dĂ©marches nĂ©cessaires pour solliciter les aides du FIPHFP et mettre en Ɠuvre les amĂ©nagements recommandĂ©s par le mĂ©decin du travail ou de prĂ©vention.


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