Dossier d'analyse : FAIT DU JOUR Pays d'Arles : "On ne veut pas être la poubelle de l'Europe"
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<p>Ouverte depuis le 13 avril, l&#39;enqu&ecirc;te publique a enregistr&eacute;, &agrave; ce jour, 2 500 contributions. Un chiffre qui montre &agrave; quel point le projet &quot;Istres Recyclage et Energies&quot; port&eacute; par le groupe Suez ne laisse pas indiff&eacute;rent.&nbsp;L&#39;int&eacute;r&ecirc;t --&nbsp;et l&#39;enjeu -- est tel que, sous la pression d&#39;associations environnementales, l&#39;enqu&ecirc;te publique qui devait prendre fin le 18 mai a finalement &eacute;t&eacute; prolong&eacute;e jusqu&#39;au 2 juin. Et alors qu&#39;aucune r&eacute;union publique ne devait initialement avoir lieu, la seconde se d&eacute;roulera ce lundi 18 mai, &agrave; 18h, &agrave; Istres.&nbsp;</p>
<p>L&rsquo;occasion, une nouvelle fois, pour les citoyens et les associations, de poser leurs questions aux repr&eacute;sentants du g&eacute;ant&nbsp;sp&eacute;cialis&eacute; dans le d&eacute;chet. Lequel souhaite transformer et agrandir le centre de tri actuel, situ&eacute; dans la zone d&rsquo;activit&eacute;s du Tub&eacute;, pour y installer, d&egrave;s 2030, une chaufferie CSR (combustibles solides de r&eacute;cup&eacute;ration). L&#39;id&eacute;e : transformer plusieurs centaines de milliers de&nbsp;tonnes de d&eacute;chets en &eacute;nergie, chaleur, gaz ou fertilisant pour&nbsp;l&rsquo;agriculture. Gr&acirc;ce &agrave; deux proc&eacute;d&eacute;s principaux : l&rsquo;incin&eacute;ration et la m&eacute;thanisation.</p>
<h2>Un site de stockage des digestats &agrave; Arles</h2>
<p>Ce projet, r&eacute;v&eacute;l&eacute; en avril par nos confr&egrave;res de <em>Marsactu</em>, suscite une forte opposition, de la part des riverains, des associations et de la&nbsp;nouvelle municipalit&eacute; istr&eacute;enne. Les critiques pointent, entre autres, &quot;<em>un incin&eacute;rateur d&eacute;guis&eacute;</em>&quot;, un &quot;<em>surdimensionnement du site</em>&nbsp;<em>qui n&eacute;cessitera d&rsquo;importer des d&eacute;chets d&rsquo;autres d&eacute;partements, voire de Corse et d&rsquo;Italie</em>&quot; ; une augmentation du nombre de camions sur les routes&nbsp;et un impact direct sur la qualit&eacute; de l&#39;air.&nbsp;</p>
<p>Dans le Pays d&#39;Arles, &agrave; quelques dizaines de kilom&egrave;tres d&#39;Istres, habitants et associations s&#39;inqui&egrave;tent aussi. De la pollution de l&#39;air, du trafic routier mais aussi du plan d&#39;&eacute;pandage pr&eacute;vu dans le cadre de ce projet. Car la m&eacute;thanisation, l&rsquo;un des proc&eacute;d&eacute;s utilis&eacute;s, g&eacute;n&egrave;re des r&eacute;sidus appel&eacute;s digestats, qui doivent &ecirc;tre stock&eacute;s et &eacute;pandus. Trois sites de stockage d&eacute;localis&eacute;s sont pr&eacute;vus, dont un sur le secteur d&#39;Arles et deux dans les Alpilles (&agrave; Saint-&Eacute;tienne-du-Gr&egrave;s et Eygui&egrave;res) en plus du site principal.</p>
<p>Le Pays d&rsquo;Arles est particuli&egrave;rement concern&eacute; par le plan d&rsquo;&eacute;pandage, qui touche plusieurs de ses communes : Arles, Tarascon, Saint-Martin-de-Crau, Maussane, Saint-R&eacute;my, Maillane, Saint-&Eacute;tienne-du-Gr&egrave;s, ou bien encore Paradou. Des digestats seront &eacute;galement r&eacute;pandus sur plusieurs communes du Gard (Beaucaire, Bellegarde et Fourques), du Pays salonais et du Pays aixois.</p>
<h2>L&#39;enjeu : &quot;pr&eacute;server la nappe de la Crau&quot;</h2>
<p>Premi&egrave;re inqui&eacute;tude des associations environnementales : &quot;<em>On ne sait pas o&ugrave; vont se situer ces d&eacute;p&ocirc;ts</em>&quot;, s&rsquo;inqui&egrave;te Monique Chiesa, d&eacute;l&eacute;gu&eacute;e territoriale FNE 13. &quot;<em>On le voit, pour le stockage qui existe d&eacute;j&agrave; &agrave; Gimeaux, &ccedil;a prend r&eacute;guli&egrave;rement feu.</em>&quot; Pour l&#39;heure en effet, &quot;<em>les sites de stockages d&eacute;localis&eacute;s ne sont pas encore d&eacute;finis pr&eacute;cis&eacute;ment</em>&quot;.</p>
<p>Mais l&#39;inqui&eacute;tude qui domine reste la composition de cette mati&egrave;re pr&eacute;sent&eacute;e comme un fertilisant pour l&#39;agriculture en substitution des engrais chimiques. &quot;<em>On ne sait pas ce qu&rsquo;il va y avoir dans ces digestats ! Qu&#39;est-ce qu&#39;on va y retrouver ? Des traitements, des cocktails relativement toxiques qui vont venir polluer les sols et la nappe de la Crau ? Une des derni&egrave;res en France &agrave; &ecirc;tre encore pr&eacute;serv&eacute;e ! Les d&eacute;chets vont m&ecirc;me venir d&#39;Italie, mais nous, on ne veut pas &ecirc;tre la poubelle de l&#39;Europe !</em>&quot;, l&acirc;che Monique Chiesa.</p>
<p>&quot;<em>On se pose des questions quant &agrave; la nature des produits dans le m&eacute;thaniseur et on peut s&rsquo;inqui&eacute;ter de ce qui va en r&eacute;sulter. Des m&eacute;taux lourds ? Des substances chimiques, y compris des PFAS qui viendraient polluer la nappe phr&eacute;atique de la Crau?</em>&quot;, abonde St&eacute;phane Coppey, administrateur FNE 13. Qui pointe du doigt une probl&eacute;matique soulev&eacute;e par plusieurs repr&eacute;sentants associatifs : &quot;<em>Nous avons l&rsquo;identification des parcelles qui recevront ces digestats et on devine le type d&rsquo;exploitants qu&rsquo;il y a derri&egrave;re. Toujours les m&ecirc;mes, ceux que nous avons l&rsquo;habitude de pointer dans nos recours et nos plaintes, notamment pour du br&ucirc;lage de plastique, de l&rsquo;&eacute;pandage par grand vent ou bien encore pour l&rsquo;utilisation de produits ill&eacute;gaux.</em>&quot;</p>
<h2>1 200 hectares sur Arles : &quot;Ce n&#39;est pas une paille !&quot;</h2>
<p>&quot;<em>&Agrave; Arles, l&rsquo;&eacute;pandage se ferait sur 1 200 hectares, ce n&rsquo;est pas une paille quand m&ecirc;me !</em>&quot;, lance Jean-Luc Moya, de l&rsquo;association Agir pour la Crau. Au Gr&egrave;s, ce serait sur 550 ha ; 235 ha sur Saint-Martin-de-Crau ; 445 ha sur Beaucaire ou bien encore 330 ha sur Fourques. &Agrave; Tarascon -- &quot;<em>o&ugrave; d&eacute;j&agrave; les odeurs provoqu&eacute;es par le stockage de ces digestats provoquent l&rsquo;ire des riverains</em>&quot;, ajoute St&eacute;phane Coppey -- l&#39;&eacute;pandage se ferait sur 192 ha. &quot;<em>Et c&rsquo;est sans compter les r&eacute;percussions sur les sols et la nappe.</em>&quot;</p>
<p>De son c&ocirc;t&eacute;, l&#39;Agence environnementale, dans sa synth&egrave;se, ne&nbsp;formule&nbsp;aucune remarque sur la pr&eacute;servation du cadre de vie des riverains en lien avec l&#39;&eacute;pandage. En revanche, elle&nbsp;rel&egrave;ve que &quot;<em>le p&eacute;rim&egrave;tre retenu pour l&#39;analyse des impacts du projet est insuffisant car les incidences du stockage des digestats avant &eacute;pandage (...) ne sont pas &eacute;valu&eacute;es.</em>&quot;&nbsp;</p>
<p>Face &agrave; une&nbsp;mobilisation croissante,&nbsp;St&eacute;phane Coppey l&#39;assure : &quot;<em>Ce&nbsp;projet de chaufferie CSR&nbsp;a du plomb dans l&#39;aile.</em>&quot; La nouvelle r&eacute;union publique organis&eacute;e&nbsp;ce lundi&nbsp;devrait &ecirc;tre un nouvel indicateur. 700 personnes s&#39;&eacute;taient pr&eacute;sent&eacute;es lors de la premi&egrave;re. Face &agrave; l&#39;affluence attendue, la Ville d&#39;Istres demande &agrave; ce que &quot;<em>la priorit&eacute; soit donn&eacute;e &agrave; ceux qui n&#39;avaient pas vu venir le 30 avril dernier</em>&quot;. Cette r&eacute;union se d&eacute;roulera, &agrave; 18h, dans l&#39;auditorium de l&#39;H&ocirc;tel de Ville (dans la limite des places disponibles). Elle sera retransmise dans la salle des mariages ainsi que sur le site de la Ville d&#39;Istres. Les contributions &agrave; l&#39;enqu&ecirc;te publique peuvent se faire<a href="https://www.registre-dematerialise.fr/7214/"> en ligne </a>ou en mairie d&#39;Istres jusqu&#39;au 2 juin.</p>
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<h4 class="tt-encadre">La réaction du groupe Suez</h4>
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<p>Face aux inqui&eacute;tudes des associations, le groupe Suez se veut rassurant. &quot;<em>Ces biod&eacute;chets (utilis&eacute;s pour la m&eacute;thanisation)&nbsp;proviennent de l&rsquo;industrie agroalimentaire, des moyennes et grandes surfaces, et des m&eacute;nages.&nbsp;Les emballages (boites de conserve, pots de yaourt, emballages plastiques) seront pr&eacute;alablement s&eacute;par&eacute;s de la mati&egrave;re organique par un d&eacute;conditionneur, avant la m&eacute;thanisation. Les boues des stations d&rsquo;&eacute;puration ne sont pas int&eacute;gr&eacute;es dans le m&eacute;thaniseur</em>&quot;, pr&eacute;cise-t-on du c&ocirc;t&eacute; de la communication du groupe.</p>
<p>Et Suez de revenir sur la valorisation de ces biod&eacute;chets en du biogaz (&eacute;pur&eacute; pour obtenir du biom&eacute;thane et r&eacute;inject&eacute; dans le r&eacute;seau GRDF)&nbsp;et&nbsp;en du CO2 liqu&eacute;fi&eacute; achemin&eacute; vers des usages agricoles locaux. Mais &eacute;galement en &quot;<em>du digestat, un fertilisant organique stable et riche en &eacute;l&eacute;ments nutritifs (azote, phosphore, potassium), valoris&eacute; en agriculture en substitution des engrais chimiques import&eacute;s de l&rsquo;&eacute;tranger.</em>&quot; Ainsi, &quot;<em>31 000 tonnes&nbsp;de digestats par an issues de la m&eacute;thanisation permettront de fertiliser 2 813 hectares d&#39;exploitation agricoles locales.</em>&quot;</p>
<p>&quot;<em>Le projet IREN pr&eacute;voit un temps de s&eacute;jour de minimum de 50 jours, permettant la d&eacute;gradation des &eacute;l&eacute;ments volatils et donc la production d&#39;un digestat stable et inodore. L&rsquo;int&eacute;gralit&eacute; des digestats produits sera suivie par la DREAL avec une tra&ccedil;abilit&eacute; rigoureuse</em>, assure Suez. <em>L&rsquo;enqu&ecirc;te agricole&nbsp;a permis de d&eacute;finir une surface agricole suffisante pour permettre la valorisation dans de bonnes conditions des digestats. Elle a pour objet de caract&eacute;riser l&#39;ensemble des exploitations susceptibles de valoriser les mati&egrave;res produites. Cette approche a permis d&#39;appr&eacute;hender les contraintes locales relatives &agrave; leurs structures.</em>&quot;</p>
<p>Et le groupe de revenir sur la r&eacute;glementation &agrave; appliquer : &quot;<em>l&#39;utilisation du digestat est encadr&eacute;e par un plan d&rsquo;&eacute;pandage valid&eacute; par les services de l&rsquo;&Eacute;tat. Les doses &agrave; appliquer sur les diff&eacute;rentes cultures sont d&eacute;termin&eacute;es &agrave; partir de bilans agronomiques, qui reposent sur des analyses de sols (avant et apr&egrave;s &eacute;pandage) ainsi que sur des analyses du digestat. Le digestat est contr&ocirc;l&eacute; d&rsquo;un point de vue agronomique et l&rsquo;innocuit&eacute; en m&eacute;taux, compos&eacute;s traces organiques et pathog&egrave;nes, suivi. Des zones d&rsquo;inaptitudes sont d&eacute;finies et sur ces p&eacute;rim&egrave;tres les &eacute;pandages seront interdits conform&eacute;ment &agrave; la r&eacute;glementation.&nbsp;D&rsquo;une part les habitations, une zone d&rsquo;exclusion de 50 m et&nbsp;d&rsquo;autre part une bande d&#39;une largeur de 35 m&egrave;tres, identifi&eacute;e de chaque c&ocirc;t&eacute; des cours d&#39;eau, est class&eacute;e en zone inapte &agrave; l&#39;&eacute;pandage toute l&#39;ann&eacute;e ; ainsi que les p&eacute;rim&egrave;tres de protection rapproch&eacute;s des captages. La p&eacute;riode d&rsquo;&eacute;pandage sera d&eacute;termin&eacute;e dans le respect de la r&eacute;glementation en vigueur, des cultures en place et des conditions m&eacute;t&eacute;orologiques.</em>&quot;</p>
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