Dossier d'analyse : FAIT DU SOIR Inondations en Pays d’Arles : les raisons d’une décrue très lente
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<p>L&rsquo;&eacute;pisode m&eacute;diterran&eacute;en de la semaine pass&eacute;e a suscit&eacute; beaucoup de questions et de remises en cause sur la gestion du risque inondation dans le nord-ouest du d&eacute;partement des Bouches-du-Rh&ocirc;ne. Des routes impraticables, des villes et villages inond&eacute;s comme jamais, des cultures et des &eacute;levages mis en p&eacute;ril, des entreprises ferm&eacute;es, donnent &agrave; penser&nbsp;que le territoire n&rsquo;est pas pr&eacute;par&eacute; &agrave; ce genre de ph&eacute;nom&egrave;ne climatique, avec des cumuls de pluie de 200 &agrave; 400 mm en 36 h, voire plus tr&egrave;s localement.</p>
<h2>Un bassin versant immense</h2>
<p>Dans ce genre de situation, il faut souvent trouver un responsable. Comme on ne peut accuser le r&eacute;chauffement climatique li&eacute; aux &eacute;missions de gaz &agrave; effet de serre, qui est une responsabilit&eacute; collective, sur les r&eacute;seaux sociaux, mais aussi dans les paroles de certains &eacute;lus, on a vite fait de mettre au pilori les associations syndicales autoris&eacute;es (Asa). Celles-ci g&egrave;rent l&rsquo;irrigation et l&rsquo;entretien des canaux et des foss&eacute;s de drainage. Leur financement est assur&eacute; par des taxes et imp&ocirc;ts des contribuables.</p>
<p>Accuser les Asa, c&rsquo;est regarder par le petit bout de la lorgnette. Dans ces terres basses avec une altitude de quelques m&egrave;tres seulement, voire sous le niveau de la mer dans les marais du Vigueirat, la question centrale vient bien de l&rsquo;&eacute;vacuation de l&rsquo;eau tomb&eacute;e massivement&nbsp;sur le territoire et qui s&rsquo;&eacute;coule du Nord vers la mer.</p>
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Le Vigueirat se jette dans le canal d&#39;Arles &agrave; Bouc, seul exutoire d&#39;un territoire de 900 km&sup2;.
• <strong>O.L.</strong>
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<p>L&#39;ensemble form&eacute; par le canal d&#39;Arles &agrave; Bouc et le Vigueirat (avec les marais associ&eacute;s et les r&eacute;seaux de drainage) repr&eacute;sente un bassin versant global de 900 km&sup2; repr&eacute;sentant un cinqui&egrave;me de la surface du d&eacute;partement des Bouches-du-Rh&ocirc;ne. Il n&rsquo;a qu&rsquo;un exutoire &agrave; son extr&eacute;mit&eacute; sud, dans le secteur de Port-de-Bouc / Fos-sur-Mer, r&eacute;gul&eacute; par le barrage anti-sel que g&egrave;re le grand port maritime de Marseille. &Agrave; cela s&rsquo;ajoute un ouvrage hydraulique &agrave; la Roubine du Roy &agrave; Arles. Lorsque le niveau du Rh&ocirc;ne est bas, il permet d&#39;&eacute;vacuer le trop-plein d&#39;eau du Vigueirat directement dans le Rh&ocirc;ne.</p>
<h2>Le barrage anti-sel</h2>
<p>Pierre Raviol, pr&eacute;sident du Symadrem (1), conseiller municipal d&rsquo;Arles en charge de la gestion des risques et de l&#39;hydraulique, mais &eacute;galement pr&eacute;sident du syndicat mixte des associations syndicales du Pays d&rsquo;Arles conna&icirc;t mieux que personne peut-&ecirc;tre le sujet.<em> &quot;Toute l&rsquo;eau qui vient du syst&egrave;me Vigueirat et du sud Alpilles, mais aussi de la Chapelette, du centre Crau, arrive au final dans le canal d&rsquo;Arles &agrave; Bouc avec au bout le barrage anti-sel. Auparavant l&rsquo;eau pouvait s&rsquo;&eacute;couler sur les marais de Fos, sur pr&egrave;s de 30 000 ha. La zone industrielle et portuaire s&rsquo;est implant&eacute;e dans les ann&eacute;es 1970, et la route entre Port-Saint-Louis et Fos a tout bouch&eacute;. Un barrage anti sel a &eacute;t&eacute; construit dans les ann&eacute;es 1980 pour permettre aux industriels de pomper de l&rsquo;eau douce brute dans le canal. Il est bien utile contre la mont&eacute;e du niveau de la mer li&eacute;e au changement climatique. Quand le vent souffle du sud, il se ferme et &eacute;vite que l&rsquo;eau de mer ne remonte dans les terres. Il sert 200 jours par an et fonctionnera certainement encore plus &agrave; l&rsquo;avenir. Parfois le niveau de la mer est d&rsquo;un m&egrave;tre au-dessus de son niveau habituel...&quot;. </em>Heureusement le vent ne soufflait pas du sud le 21 octobre, et le barrage &eacute;tait ouvert en grand.</p>
<p>La probl&eacute;matique, c&rsquo;est qu&rsquo;en cas de crue, on peut arriver &agrave; un d&eacute;bit du canal d&rsquo;Arles &agrave; Bouc de 100 m&sup3;/s. Or le barrage ne laisse passer que 40 m&sup3;. Forc&eacute;ment &ccedil;a fait bouchon. L&rsquo;eau, en cas de cumuls de pluies tr&egrave;s importants, met plusieurs jours &agrave; s&rsquo;&eacute;couler dans la mer.<em> &quot;Je tiens &agrave; dire que ce barrage est bien g&eacute;r&eacute; par le grand port maritime de Marseille. Cependant la station de pompage du port poss&egrave;de neuf pompes, une seule est en action pour l&rsquo;industrie. Il en reste huit qui auraient pu nous servir &agrave; &eacute;couler la cr&ecirc;te de crue du canal d&rsquo;Arles &agrave; Bouc&quot;, </em>poursuit Pierre Raviol. <em>&quot;Cela n&#39;a pas &eacute;t&eacute; le cas. On sera peut-&ecirc;tre oblig&eacute; d&rsquo;installer des vis d&rsquo;Archim&egrave;de au pied du barrage &agrave; sel pour sortir&nbsp;toute l&rsquo;eau qui tombe et qui ne sort pas assez vite en cas d&#39;&eacute;pisode c&eacute;venol.&quot;</em></p>
<h2>&quot;L&rsquo;entretien des canaux n&rsquo;est pas le probl&egrave;me&quot;</h2>
<p>La question de la responsabilit&eacute; et du soit-disant mauvais entretien des canaux et des foss&eacute;s par les Asa, une bonne trentaine sur le territoire, le g&ecirc;ne un peu. <em>&quot;Les canaux dans les marais d&rsquo;Arles qui s&rsquo;occupent du Vigueirat sont bien g&eacute;r&eacute;s. Ce n&rsquo;est pas le probl&egrave;me&quot;,</em> r&eacute;sume-t-il. Ces canaux ont &eacute;t&eacute; con&ccedil;us par les anciens, certains il y a plusieurs si&egrave;cles, pour pouvoir pratiquer l&rsquo;agriculture, irriguer mais aussi drainer les terres qui ne seraient pas cultivables. Sans eux, l&#39;agriculture serait impossible.</p>
<p>&quot;<em>Ce syst&egrave;me a &eacute;t&eacute; construit pour absorber des cumuls de 100 mm de pluie. S&rsquo;il tombe plus de 100 mm, voire 400 mm comme la semaine pass&eacute;e, on arrivera &agrave; &eacute;couler, mais pas vite. Pr&eacute;voir de construire des canaux plus grands, ce serait d&eacute;raisonnable &agrave; mon avis. En revanche, si nous voulons &agrave; l&rsquo;avenir continuer &agrave; pouvoir faire de l&rsquo;agriculture sur ce territoire, nous devons nous adapter car on sait que le climat change. Il tombera autant d&rsquo;eau, mais sur des p&eacute;riodes plus courtes avec des &eacute;pisodes violents. Tous les responsables des canaux doivent s&rsquo;associer pour voir comment s&rsquo;adapter et am&eacute;liorer la situation&quot;, </em>conlut le pr&eacute;sident du Symadrem.</p>
<p>1) Depuis 2020, le Syndicat mixte interr&eacute;gional d&rsquo;am&eacute;nagement des digues du delta du Rh&ocirc;ne et de la mer, pr&eacute;sid&eacute; par Pierre Raviol, d&eacute;tient la comp&eacute;tence GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et pr&eacute;vention des inondations sur l&rsquo;ensemble du territoire du grand delta du Rh&ocirc;ne). La gestion des canaux du Vigueirat et d&#39;Arles &agrave; Bouc fait partie de sa comp&eacute;tence.</p>
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