Dossier d'analyse : FAIT DU JOUR Michel Volle, près d'un demi-siècle de photographie taurine
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<p>Michel Volle aurait pu succomber &agrave; l&rsquo;appel de la course camarguaise, tant son oncle, le c&eacute;l&egrave;bre raseteur Lucien Volle, aurait pu l&rsquo;influencer. D&egrave;s son plus jeune &acirc;ge, il a fr&eacute;quent&eacute; les courses libres. Pourtant, c&rsquo;est vers les toros espagnols que son c&oelig;ur a bascul&eacute;. Adolescent, il collectionnait les <em>rese&ntilde;as</em> de corridas dans les journaux, comme d&rsquo;autres d&eacute;coupaient les articles sur leurs idoles. &quot;<em>J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; s&eacute;duit par tout ce qui compose la tauromachie espagnole : les couleurs, l&rsquo;atmosph&egrave;re, le toro, la liturgie qui l&rsquo;entoure&hellip; La dimension &eacute;motionnelle de la corrida n&rsquo;a pas d&rsquo;&eacute;quivalent. M&ecirc;me si la course libre a aussi sa beaut&eacute; et son danger, c&rsquo;est diff&eacute;rent</em>&quot;, confie-t-il.</p>
<p>Depuis pr&egrave;s d&rsquo;un demi-si&egrave;cle, le photographe arl&eacute;sien&nbsp;sillonne les ar&egrave;nes de France et d&rsquo;Espagne, immortalisant toros, toreros, passes et public. Sa passion pour la photographie na&icirc;t en 1978, &agrave; 30 ans. Il commence, &quot;<em>comme tout le monde</em>&quot; avec un Instamatic.&nbsp;Et l&#39;aficionado qu&#39;il est, ne va pas tarder &agrave; lier ses deux passions. Amoureux de la photographie autant que de la corrida, il lui est impossible&nbsp;de choisir entre les deux. &quot;<em>Je ne renie ni l&rsquo;une ni l&rsquo;autre&quot;</em>, affirme-t-il.</p>
<p>Ses premi&egrave;res photos taurines, Michel Volle les a prises depuis les <em>tendidos</em>. &quot;<em>Puis j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; avoir un pied dans le callejon, avant d&rsquo;y &ecirc;tre pleinement en 1987</em>&quot;, raconte-t-il avec un sourire. &Agrave; l&rsquo;&eacute;poque, Hubert Yonnet dirigeait les ar&egrave;nes d&rsquo;Arles, et une complicit&eacute; na&icirc;t entre le photographe et l&rsquo;<em>empresa ganadero</em>. &quot;<em>Les photographes taurins se comptaient alors sur les doigts des deux mains</em>&quot;, se souvient-il. Une &eacute;poque o&ugrave; il jouissait d&rsquo;une libert&eacute; sans pareil.&nbsp;</p>
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14 mai 1989, N&icirc;mes, Nime&ntilde;o II face aux Guardiola, une corrida pour l&#39;Histoire .
• <strong>Michel Volle</strong>
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<p>&quot;<em>&Agrave; la fin des ann&eacute;es 80 et dans les ann&eacute;es 90, la corrida avait le vent en poupe, il fallait s&rsquo;y montrer. Aujourd&rsquo;hui, il faut se cacher</em>&quot;, regrette-t-il, nostalgique. Autres temps, autres m&oelig;urs. &quot;<em>Maintenant, les photographes sont parqu&eacute;s &agrave; un endroit et ne peuvent plus bouger. Avant, je pouvais rester avec les quadrillas dans le patio de cabello. Aujourd&rsquo;hui, il faut en partir dix minutes avant le paseo.</em>&quot;&nbsp;Il &eacute;voque avec &eacute;motion ces instants d&rsquo;un autre temps, ces minutes de tension extr&ecirc;me avant d&rsquo;entrer en piste, ces regards&hellip; &quot;<em>Oui, aujourd&rsquo;hui, il y a moins de spontan&eacute;it&eacute;, moins de libert&eacute;</em>&quot;, constate-t-il en photographe. Et en tant qu&#39;aficionado ? &quot;<em>On tor&eacute;e bien, tr&egrave;s bien m&ecirc;me, mieux qu&rsquo;avant sans doute&hellip; mais &ccedil;a ne surprend plus. La satisfaction n&rsquo;est plus la m&ecirc;me. C&rsquo;est rare d&rsquo;&ecirc;tre surpris. La tauromachie est devenue aseptis&eacute;e, banalis&eacute;e. Il y a moins de&nbsp;personnalit&eacute;s marquantes chez les toreros. M&ecirc;me le toro doit &ecirc;tre ob&eacute;issant, sinon on le dit mauvais.</em>&quot;&nbsp;</p>
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Morante de la Puebla, Istres, 2013.
• <strong>Michel Volle</strong>
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<p>Son regard est celui d&rsquo;un homme qui a vu des milliers de corridas, parfois plus de 80 par an. &quot;<em>Depuis 1978, j&rsquo;ai fr&eacute;quent&eacute; toutes les ar&egrave;nes du Sud-Est, sans en rater une&nbsp;&agrave; Arles et&nbsp;&agrave; N&icirc;mes</em>&quot;, pr&eacute;cise-t-il. Aujourd&rsquo;hui, il a lev&eacute; le pied, mais suit toujours une quarantaine de corridas par an.&nbsp;Son ar&egrave;ne de c&oelig;ur ? &quot;<em>C&eacute;ret, sans h&eacute;siter</em>&quot;, lance-t-il. &quot;<em>D&rsquo;abord parce que c&rsquo;est la tauromachie que j&rsquo;aime : le toro y est roi. Ensuite, parce que c&rsquo;est une petite ar&egrave;ne, o&ugrave; la proximit&eacute; avec la piste permet des photos uniques.</em>&quot;&nbsp;Et puis, il y a l&rsquo;amiti&eacute;. Chaque ann&eacute;e, les ar&egrave;nes de C&eacute;ret commandent &agrave; l&#39;Arl&eacute;sien une photo de toro pour orner les rues de la ville.</p>
<p>Chez lui, au fond de son jardin, dans son laboratoire, des dizaines de milliers de n&eacute;gatifs s&rsquo;entassent dans des classeurs qui d&eacute;bordent des meubles &agrave; tiroirs. Les tirages rang&eacute;s dans de grandes pochettes sont m&eacute;ticuleusement class&eacute;s, par ann&eacute;e, ou par expo, ou par torero.&nbsp;Un demi-si&egrave;cle de corridas, immortalis&eacute; en noir et blanc, en couleurs, parfois les deux. &quot;<em>Heureusement, le num&eacute;rique a remplac&eacute; l&rsquo;argentique : aujourd&rsquo;hui, un bon disque dur suffit</em>&quot;, sourit-il. Une transition technologique que Michel Volle&nbsp;a adopt&eacute;e au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000. Et qui a chang&eacute; ses lendemains de fiesta. &quot;<em>Avant je passais tous mes lundis et mardis dans mon labo...&quot;</em>, se souvient-il.&nbsp;</p>
<p>En 1987, le photographe&nbsp;rejoint l&rsquo;&eacute;quipe du magazine <em>Tendido</em>. Pendant pr&egrave;s de vingt ans, il y contribuera activement, fournissant photos et articles jusqu&rsquo;&agrave; la disparition du titre, en 2005. Trois ans plus tard, en 2008, il retrouve &agrave; la fois la plume et l&rsquo;objectif pour <em>ToroMag</em>. &Eacute;crire, mettre en page, cr&eacute;er : autant de passions qu&rsquo;il cultive avec enthousiasme. Son parcours &eacute;ditorial est riche : un ouvrage sur Victor Mendes, un autre sur El Fundi, <em>L&rsquo;Ann&eacute;e de la corrida</em> (publi&eacute;e pendant quatre ann&eacute;es cons&eacute;cutives), <em>Le r&egrave;gne du roi Henri</em> sur Ponce, ou encore <em>Songes d&rsquo;humanit&eacute;</em>, un livre-disque co-sign&eacute; avec sa fille Emilie, musicienne. L&rsquo;an dernier, il a sorti <em>C&eacute;ret de Fernando</em>, un ouvrage qu&rsquo;il d&eacute;dicacera ce vendredi soir, &agrave; l&rsquo;occasion de l&rsquo;inauguration de l&rsquo;Auberge espagnole (lire le programme en encadr&eacute;).</p>
<p>C&#39;est l&agrave;, en salle Jean et Pons Dedieu (rue du 4-Septembre) qu&#39;on retrouvera aussi, pendant la feria, quelques-unes de ses photographies taurines. Le photographe expose, &eacute;galement, jusqu&#39;au 4 mai,&nbsp;au Calendal. L&agrave;, aux c&ocirc;t&eacute;s des clich&eacute;s de course camarguaise de son ami Hugues Charrier, Michel Volle&nbsp;pr&eacute;sente ce qu&#39;il appelle sa &quot;<em>toromagie</em>&quot;. &quot;<em>Des photos prises au 1/8e ou au 1/4 de seconde, un temps assez long pour imprimer le mouvement. Ce n&rsquo;est pas un instantan&eacute;.&quot;&nbsp;</em>Un m&ecirc;me sujet mais deux expositions totalement diff&eacute;rentes.</p>
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Toromagie Rebolera, &agrave; d&eacute;couvrir au Calendal jusqu&#39;au 4 mai.
• <strong>Michel Volle</strong>
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<p>Et si Michel Volle est connu ici pour ses photos taurines, il ne se limite pas &agrave; ce seul sujet. Il&nbsp;est photographe, tout simplement.&nbsp;D&rsquo;ailleurs, sa toute premi&egrave;re exposition, en 1985, intitul&eacute;e <em>Identit&eacute; ard&eacute;choise</em>, en t&eacute;moigne : paysages, ruines et autres sujets loin des ar&egrave;nes, preuve d&rsquo;un regard qui d&eacute;passe le seul monde taurin. L&#39;Arl&eacute;sien&nbsp;aime aussi saisir des portraits dans la foule, au d&eacute;tour des ruelles, ici ou ailleurs. &quot;<em>Toutes ces photos ont une histoire</em>, confie-t-il en&nbsp;feuilletant celles publi&eacute;es dans&nbsp;<em>Songes d&#39;humanit&eacute;</em>. <em>&Ccedil;a peut sembler pr&eacute;tentieux, mais j&rsquo;ai l&rsquo;impression de donner un peu d&rsquo;&eacute;ternit&eacute; &agrave; ces inconnus, que personne ne conna&icirc;trait autrement. Et plus je les regarde, plus je les aime, plus j&rsquo;ai l&rsquo;impression de les conna&icirc;tre.</em>&quot;&nbsp;Peut-&ecirc;tre y retrouve-t-il un peu de cette spontan&eacute;it&eacute; et de cette libert&eacute; qui, aujourd&rsquo;hui, lui manquent dans l&rsquo;ar&egrave;ne ?</p>
<p>En attendant, Michel Volle sera bien pr&eacute;sent dans les ar&egrave;nes d&#39;Arles pendant cette feria de P&acirc;ques, avant de prendre la route en direction d&#39;&eacute;levages mythiques dont il va photographier les plus beaux exemplaires. Saltillo, Miura, La Quinta, Dolores Aguirre... sont au programme de son mois d&#39;avril. Et il continue, aussi,&nbsp;&agrave; se mettre &agrave; disposition des clubs taurins pour mener des conf&eacute;rences avec projections sur le th&egrave;me &quot;Tauromachie et photographie&quot;.</p>
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<h4 class="tt-encadre">Rendez-vous à L'Auberge espagnole</h4>
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<p>C&#39;est l&#39;un des rendez-vous incontournables de la Feria de P&acirc;ques. La nouvelle Auberge espagnole vous donne rendez-vous, du 3 au 6 avril, en salle Jean et Pons Dedieu (rue du 4-Septembre). Au programme : la librairie taurine, deux expositions (Hugues Charrier et Michel Volle), un vernissage et des d&eacute;dicaces (ce vendredi 3 avril, &agrave; 19h).&nbsp;</p>
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