Dossier d'analyse : Bruno Sandras : “Mon souhait, c’est qu’il y ait un second tour”

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Tahiti, le 9 septembre 2026 – Trois dossiers et pas davantage. Bruno Sandras a choisi de concentrer sa campagne sur une nationalitĂ© polynĂ©sienne pour protĂ©ger l’emploi et le foncier, la langue polynĂ©sienne comme langue officielle et la compĂ©tence gĂ©nĂ©rale pour les communes. Seul candidat du Amuitahira’a, l’ancien dĂ©putĂ© sait que son socle ne suffira pas. Mais dans un scrutin oĂč les candidatures individuelles sont cette fois nombreuses, il voit dans le panachage une “vraie carte Ă  jouer” et veut croire Ă  un second tour.       Vous avez Ă©tĂ© maire, dĂ©putĂ©, ministre et reprĂ©sentant. Pourquoi revenir aujourd’hui par le SĂ©nat et qu’est-ce que vous pourriez y faire que vous n’avez pas pu faire dans vos prĂ©cĂ©dentes fonctions ? “Je n’ai plus de mandat aujourd’hui. Jusqu’au mois de mars, j’étais conseiller municipal, aprĂšs avoir Ă©tĂ© 14 ans maire et reprĂ©sentĂ© pendant six ans la communautĂ© de communes. Aujourd’hui, je suis un jeune retraitĂ©. Nous avons longtemps rĂ©flĂ©chi au sein du Amuitahira’a avant de dĂ©cider de prĂ©senter un ou deux candidats. Nous avons reçu six candidatures en interne et, finalement, on m’a dit : ‘Vas-y tout seul.’ J’ai donc dĂ©cidĂ© d’y aller en rĂ©flĂ©chissant aux sujets qui pourraient intĂ©resser les grands Ă©lecteurs. On a coutume de dire que les sĂ©nateurs sont les reprĂ©sentants des collectivitĂ©s. Oui et non. J’ai Ă©tĂ© dĂ©putĂ© : sĂ©nateurs et dĂ©putĂ©s votent les lois et contrĂŽlent l’action du gouvernement. Le SĂ©nat a un rĂŽle particulier concernant les collectivitĂ©s, mais un sĂ©nateur ne travaille pas uniquement sur les communes. Je le dis aux tāvana que je rencontre : si les communes n’ont rien Ă  demander, elles n’ont pas besoin des sĂ©nateurs. Le statut est suffisamment clair sur les compĂ©tences de l’État, du Pays et celles attribuĂ©es aux communes. Elles ont de quoi faire tous les jours. Mais lorsqu’elles auront besoin d’un porte-voix pour modifier le Code gĂ©nĂ©ral des collectivitĂ©s territoriales, amĂ©liorer le statut de l’élu ou rĂ©gler la question de leurs indemnitĂ©s, je serai prĂ©sent.”   Vous proposez notamment une nationalitĂ© polynĂ©sienne pour protĂ©ger l’emploi et le foncier. Une idĂ©e qui rappelle la citoyennetĂ© mā’ohi dĂ©fendue par le Tavini. Quelle diffĂ©rence faites-vous entre les deux projets ? “On ne peut pas avoir la citoyennetĂ© si on n’a pas la nationalitĂ©. En revanche, on peut avoir la nationalitĂ© sans la citoyennetĂ©. Sur ce sujet, je me suis inspirĂ© des accords de Bougival. Pendant longtemps, d’autres collectivitĂ©s se sont inspirĂ©es de la PolynĂ©sie. Pour une fois, regardons ce qui a Ă©tĂ© envisagĂ© ailleurs. La France a acceptĂ© le principe d’une nationalitĂ© calĂ©donienne Ă  cĂŽtĂ© de la nationalitĂ© française. Si elle l’a acceptĂ© pour la Nouvelle-CalĂ©donie, il n’y a aucune raison qu’elle nous le refuse. Je ne veux pas croire qu’il faille connaĂźtre les mĂȘmes Ă©vĂ©nements qu’en Nouvelle-CalĂ©donie pour que la France considĂšre que la situation mĂ©rite d’évoluer. Je ne demande ni l’indĂ©pendance ni la guerre.”   Mais au-delĂ  du symbole, qu’apporterait-elle concrĂštement aux PolynĂ©siens ? “Deux choses. D’abord, une solution pour protĂ©ger l’emploi local. Aujourd’hui, on ne peut pas discriminer entre nationaux français : les emplois de la fonction publique ici sont ouverts aux Français qui souhaitent venir passer les concours, comme les PolynĂ©siens peuvent aller passer des concours en France. Mais dans la balance, s’il y a 50 PolynĂ©siens qui partent en France et 1 000 qui viennent ici, nous sommes un peu perdants. Avec une nationalitĂ© polynĂ©sienne, nous pourrions donner une prioritĂ© d’embauche et d’emploi aux nationaux polynĂ©siens. Pour moi, c’est la solution pour protĂ©ger rĂ©ellement l’emploi local. Le deuxiĂšme volet concerne le foncier. Cela permettrait de mieux protĂ©ger les transferts immobiliers, en privilĂ©giant les ventes de terres entre nationaux polynĂ©siens. Et lorsqu’il s’agit de grands projets nĂ©cessitant des investissements internationaux, le Pays pourrait dĂ©cider de les autoriser ou non.”   Vous voulez Ă©galement donner aux communes une clause de compĂ©tence gĂ©nĂ©rale, avec les moyens fiscaux correspondants. Jusqu’oĂč voulez-vous aller dans ce transfert de compĂ©tences du Pays vers les communes ? “Comme dans les communes de France et de Nouvelle-CalĂ©donie, je veux que la clause de compĂ©tence gĂ©nĂ©rale appartienne aux communes. Ici, elle appartient au Pays. Depuis le statut de 2004, le Pays s’est vu attribuer pratiquement toutes les compĂ©tences. Prenez les dĂ©chets : le Pays est compĂ©tent pour leur traitement, tandis que les communes assurent la collecte. Elles achĂštent les camions et les poubelles, paient le personnel et le carburant pour transporter les dĂ©chets, puis paient encore leur traitement. Elles paient deux fois. MĂȘme chose lorsqu’une commune veut construire un Ă©quipement dans un domaine qui relĂšve du Pays. Les procĂ©dures ont Ă©tĂ© allĂ©gĂ©es, mais le Pays conserve le dernier mot. Moi, je veux faire sauter ce verrou. Et Ă©videmment, lorsqu’on transfĂšre des compĂ©tences, il faut transfĂ©rer les moyens fiscaux qui vont avec. C’est lĂ  que se trouve la difficultĂ© : le Pays devra aussi reverser aux communes les recettes qu’il tire de ces compĂ©tences. J’ai toujours trouvĂ© Ă©tonnant que des prĂ©sidents du Pays qui ont eux-mĂȘmes Ă©tĂ© tāvana n’aient jamais accordĂ© cette compĂ©tence gĂ©nĂ©rale aux communes.”   Vous l’avez dit vous-mĂȘme, les seules voix du Amuitahira’a ne suffiront pas Ă  vous faire Ă©lire, mais le panachage permet aux grands Ă©lecteurs de voter pour deux candidats de sensibilitĂ©s diffĂ©rentes. Comment comptez-vous Ă©largir votre Ă©lectorat ? “Le panachage va surtout concerner les partis qui prĂ©sentent deux candidats. Ce n’est pas mon cas : je n’aurai que mon nom sur mon bulletin avec celui de ma supplĂ©ante. Mais les grands Ă©lecteurs disposent de deux voix. Ils peuvent donc choisir deux bulletins individuels ou, s’ils prennent un bulletin comportant deux candidats, en barrer un pour lui associer un candidat individuel. C’est tout l’attrait de cette Ă©lection. Et cette annĂ©e, la situation est trĂšs diffĂ©rente de 2020. À l’époque, on a peu parlĂ© du panachage parce que la plupart des formations prĂ©sentaient deux candidats : le Tavini avait Oscar Temaru et Michel Buillard, le Tapura Lana Tetuanui et Teva Rohfritsch, Nuihau Laurey se prĂ©sentait avec Sylviane Terooatea et Christian Vernaudon avec Lydia Nouveau, qui est aujourd’hui ma supplĂ©ante. Cette fois, seules deux formations prĂ©sentent, jusqu’à preuve du contraire, deux candidats : le Tapura et Heiura-Les Verts. Tous les autres sont des candidatures individuelles. C’est lĂ  que la notion de panachage prend toute son importance. Il y a une vraie carte Ă  jouer. Mon souhait est aussi qu’il y ait un second tour. Si deux candidats obtiennent la majoritĂ© absolue dĂšs le premier, la messe est dite. Mais s’il y a un second tour dans l’aprĂšs-midi, toutes les cartes seront rebattues en fonction des rĂ©sultats de chacun au premier.”   Si vous ĂȘtes Ă©lu, quel engagement prenez-vous aujourd’hui sur lequel on pourra vous demander des comptes Ă  la fin de votre mandat ? “Je n’ai retenu que trois dossiers et j’en fais mes prioritĂ©s : faire de la langue polynĂ©sienne une langue officielle, obtenir une nationalitĂ© polynĂ©sienne Ă  cĂŽtĂ© de la nationalitĂ© française et donner aux communes de PolynĂ©sie la clause de compĂ©tence gĂ©nĂ©rale. Ces trois dossiers nĂ©cessitent des modifications statutaires ou lĂ©gislatives. S’il fallait en prioriser un, ce serait peut-ĂȘtre la clause de compĂ©tence gĂ©nĂ©rale. Ce qui m’embĂȘte, c’est que cela risque de devenir un combat entre les parlementaires et le prĂ©sident du Pays, alors que les deux autres seront des combats avec la France : est-elle prĂȘte Ă  accepter que la langue polynĂ©sienne redevienne une langue officielle ? Est-elle prĂȘte Ă  octroyer aux PolynĂ©siens une nationalitĂ© polynĂ©sienne ? C’est un vrai travail de sĂ©nateur, de conviction et de militantisme auprĂšs des parlementaires nationaux. Comme je n’aurai que ça Ă  faire, je vais m’y engager Ă  fond.”  


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