Dossier d'analyse : Au procĂšs du lycĂ©en mortellement fauchĂ© Ă Pirae en 2024 : âOn aurait prĂ©fĂ©rĂ© qu'il fasse l'Ă©cole buissonniĂšreâ
â Retour aux signaux
Tahiti, le 9 septembre 2026 - Ăpileptique, lâhomme de 62 ans qui a mortellement percutĂ© un lycĂ©en, le 3 mai 2024 Ă Pirae, a Ă©tĂ© condamnĂ© mercredi Ă cinq ans de prison, dont un an ferme. Ăpileptique, il ne sâadministrait pas correctement son traitement et avait pris le volant sous le coup dâune interdiction de conduire. La victime de 16 ans Ă©tait un Ă©lĂšve du lycĂ©e DiadĂšme. Lâhomme de 62 ans Ă©tait Ă©pileptique. MalgrĂ© sa maladie et lâinterdiction de conduire, il avait fauchĂ© un lycĂ©en de 16 ans aprĂšs avoir perdu le contrĂŽle de son vĂ©hicule. Câest ce que le tribunal de Papeete a sanctionnĂ©, deux ans aprĂšs le drame survenu Ă Pirae, le 3 mai 2024. Lâaccident avait coĂ»tĂ© la vie au jeune homme, scolarisĂ© au lycĂ©e du DiadĂšme. Ce jour-lĂ , lâancien maçon Ă la retraite rentrait du supermarchĂ© Hyper U. Une crise dâĂ©pilepsie lâavait frappĂ© alors quâil Ă©tait au volant de son vĂ©hicule. La voiture a percutĂ© plusieurs poteaux avant de faucher le jeune homme qui marchait en bord de la route. âJe suis dĂ©solĂ©e pour la famille si c'est dur Ă entendreâ, a anticipĂ© la prĂ©sidente du tribunal avant de lire la dĂ©position du vigile proche de la scĂšne ce jour-lĂ . Ce dernier raconte : âLe jeune homme a Ă©tĂ© projetĂ© en l'air, a fait un tour complet avant de retomber.â Dans sa course, la voiture a percutĂ© une autre voiture, des plots anti-stationnement, un arbre, plusieurs poteaux, le long du mur du stade Fautau'a, avant de terminer sa course en percutant une derniĂšre voiture, au niveau du coin de la pizzeria Le Manguier.
TĂ©tanisĂ©, âsensation de mort imminenteâ
Trois femmes se trouvaient dans lâune des voitures percutĂ©es par le vĂ©hicule hors de contrĂŽle : la conductrice, 74 ans, roulait avec ses deux cousines, sexagĂ©naires et dit ĂȘtre restĂ©e âaccrochĂ©e au volant, tĂ©tanisĂ©eâ. Alors Ă lâarrĂȘt leur auto a Ă©tĂ© projetĂ©e au milieu du carrefour, devant la pizzeria. L'une d'elles dĂ©crit une âsensation de mort imminenteâ et dit avoir eu âtrĂšs peurâ. Le propriĂ©taire de la derniĂšre voiture percutĂ©e, un homme de 80 ans, n'a pas Ă©tĂ© blessĂ© mais reste marquĂ© par la scĂšne Les âblack-outâ du prĂ©venu ont occupĂ© une bonne partie des dĂ©bats, mercredi. Il affirme ne pas avoir eu conscience de ce qui se passait au moment des faits : âJ'ai mis la premiĂšre vitesse de la boĂźte automatique, j'ai accĂ©lĂ©rĂ© aprĂšs le feu, au niveau de la pizzeria Le Manguier. AprĂšs je me souviens que j'Ă©tais Ă l'hĂŽpital.â Lâanalyse de son sang rĂ©vĂšle quâil avait consommĂ© du cannabis. Il sâavĂšre que câĂ©tait la veille. QuestionnĂ© Ă ce sujet, il avoue lâavoir fait âpour calmer [son] espritâ et Ă©voque des soucis dans sa vie quotidienne et des dĂ©penses qui le prĂ©occupaient. âJe demande pardonâ, a parfois dit le prĂ©venu assez affaibli, dans une salle sous tension, avant de revenir sur les instants qui ont prĂ©cĂ©dĂ© le drame : âJe ne voyais plus rien, tout Ă©tait obscur.â Il a quand mĂȘme tentĂ© d'expliquer, du bout des lĂšvres, que son mĂ©decin âne [l'a] jamais empĂȘchĂ© de conduireâ. Son Ă©pilepsie, diagnostiquĂ©e depuis 2010, n'avait pourtant jamais Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e Ă la Direction des transports terrestres (DTT), alors qu'il aurait dĂ» le faire au moment de changer son permis. Il ne prenait pas correctement son traitement et continuait Ă consommer des produits toxiques, alors que son Ă©tat de santĂ© Ă©tait incompatible avec la conduite. L'accusation rappelle qu'il avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© impliquĂ© dans trois accidents liĂ©s Ă une crise dâĂ©pilepsie : dans l'un d'eux, son pied Ă©tait restĂ© sur lâaccĂ©lĂ©rateur, et c'est sa femme qui avait eu le rĂ©flexe de tirer le frein Ă main. Son Ă©pouse, elle, lui avait dĂ©jĂ demandĂ© de ne plus conduire. Pour le parquet, il connaissait donc les risques.
âVous avez volĂ© la vie de notre filsâ La famille du jeune homme a pris la parole Ă travers une lettre lue par sa maman fa'aâamu du lycĂ©en mortellement fauchĂ©. Elle a rendu hommage Ă son fils : âIl aurait eu son bac, on aurait fait son gĂąteau. Il aurait fait du crossfit avec son cousin. Il aurait embĂȘtĂ© ses frĂšres. Il aurait fait tellement de choses s'il n'avait pas croisĂ© ta routeâ, a-t-elle lancĂ© en se retournant vers le prĂ©venu. Et dâajouter, trĂšs Ă©mue : âOn aurait prĂ©fĂ©rĂ© qu'il fasse l'Ă©cole buissonniĂšre. Au moins, on n'aurait pas Ă©tĂ© lĂ Ă cette audience.â Le jeune homme, 16 ans, faisait de la mĂ©canique, avait une petite amie, avait Ă©tĂ© Ă©levĂ© par son oncle et sa tante de 7 Ă 11 ans. âIl avait la vie devant luiâ, a martelĂ© sa mĂšre en sâadressant directement au prĂ©venu : âTu as ton avocat pour plaider ta cause, mais la vĂ©ritĂ©, c'est que tu as volĂ© la vie de notre fils. Tu l'as tuĂ©. Tu t'es comportĂ© comme un homme qui n'a peur de rien. Tu connaissais les risques en prenant le volant. Tu as fait le choix de conduire. C'Ă©tait ta dĂ©cision. Sois un homme, assume ta responsabilitĂ©.â L'un des avocats des parties civiles est allĂ© jusquâĂ comparer la violence du vĂ©hicule Ă celle d'une voiture bĂ©lier, Ă©voquant les images de l'attentat de Nice : âLe temps s'est arrĂȘtĂ© le jour oĂč tu nous as quittĂ©s. Nous continuons de sourire mais ce n'est plus pareil sans toiâ, a poursuivi la mĂšre. La famille a dĂ©cidĂ© de tĂ©moigner, comme elle sâen explique, âpour que ces faits ne soient jamais banalisĂ©s et dire l'impact que ça a eu sur notre famille. Et donner une voix Ă celui qui ne peut plus parlerâ. Les familles des autres victimes disent, quant Ă elle, vivre depuis dans l'inquiĂ©tude : âNous sommes maintenant inquiets, on angoisse. Inquiets si un autre drame venait nous frapper.â Pour la procureure, la responsabilitĂ© du prĂ©venu est claire : âl'incompatibilitĂ© formelleâ entre la conduite et son Ă©pilepsie ne faisant aucun doute. âVous avez causĂ© la mort dans des circonstances de violation dĂ©libĂ©rĂ©e, en continuant de conduire votre vĂ©hicule en sachant que vous Ă©tiez Ă©pileptique, en sachant que vous ne pouviez pas conduire.â La reprĂ©sentante du ministĂšre public a ainsi requis une obligation de soins, l'indemnisation des parties civiles et du TrĂ©sor public, ainsi qu'une interdiction de conduire. Le tribunal a suivi ces rĂ©quisitions : l'homme de 62 ans est condamnĂ© Ă cinq ans de prison, dont un an ferme amĂ©nageable, avec obligation de soins. Son permis a Ă©tĂ© annulĂ© avec interdiction de le repasser pendant dix ans. Il lui est interdit de conduire tout vĂ©hicula Ă moteur ne nĂ©cessitant pas le permis.
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