Dossier d'analyse : Des Ăźles au Cesec, le plaidoyer pour les droits des baleines

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Tahiti, le 24 aoĂ»t 2026 – AprĂšs deux semaines Ă  sillonner les Ăźles de la SociĂ©tĂ© Ă  bord du Resilience, Ă  la rencontre des habitants et des Ă©lus, l’équipe de ‘Āvei Moana a conclu lundi son pĂ©riple par une sĂ©ance au Cesec. Une derniĂšre escale trĂšs institutionnelle pour une dĂ©marche qui vise Ă  faire reconnaĂźtre une personnalitĂ© juridique aux baleines et Ă  Ă©tendre leur protection bien au-delĂ  des eaux polynĂ©siennes. L’occasion surtout de partager les rĂ©flexions menĂ©es au fil du voyage et de nourrir un dĂ©bat qui reste dĂ©sormais Ă  traduire dans le droit.   AprĂšs les habitants, les associations et les tāvana des Ăźles de la SociĂ©tĂ©, place aux institutions. Le pĂ©riple polynĂ©sien du Resilience s’est achevĂ© lundi au Cesec par une sĂ©ance destinĂ©e Ă  poursuivre la rĂ©flexion autour du projet ‘Āvei Moana. Dans la salle, plusieurs maires, parmi lesquels RĂ©my Brillant pour Papeete, Simplicio Lissant pour Punaauia ou Damas Teuira pour Mahina, mais aussi des reprĂ©sentants du Pays et le prĂ©sident de l’assemblĂ©e, Tony GĂ©ros.   Car derriĂšre la dĂ©marche scientifique et culturelle se dessine une question beaucoup plus juridique : jusqu’oĂč la PolynĂ©sie est-elle prĂȘte Ă  aller pour donner un vĂ©ritable statut aux baleines ? “En PolynĂ©sie, on est au tout dĂ©but”, reconnaĂźt Tamatoa Bambridge, du Rāhui Center. L’objectif est pour l’heure de “provoquer un dĂ©bat”. ReconnaĂźtre une personnalitĂ© juridique Ă  la baleine ne revient pas pour autant, insiste-t-il, Ă  en faire “un ĂȘtre humain”, mais Ă  lui reconnaĂźtre des droits qui puissent ĂȘtre dĂ©fendus.   La Dr Mere Takoko, directrice du Pacific Whale Fund et cofondatrice du Moananui Sanctuary Trust, affiche dĂ©jĂ  son ambition : elle souhaite que “la PolynĂ©sie française soit un des trois pays, avec la Nouvelle-ZĂ©lande et Tonga, Ă  porter cette personnalitĂ© juridique des baleines”. La PolynĂ©sie ne part pas de zĂ©ro : elle dispose dĂ©jĂ  d’un sanctuaire pour les mammifĂšres marins, “un des plus avancĂ©s dans le monde”, selon Tamatoa Bambridge. L’enjeu est dĂ©sormais de changer d’échelle.   Des droits trĂšs concrets   Le projet Te mana o te tohorā dĂ©cline ainsi “huit tentacules” de protection. Les baleines auraient notamment le droit de vivre, de migrer et de prĂ©server leur intĂ©gritĂ© acoustique, tandis qu’un conseil de tutelle serait chargĂ© de les reprĂ©senter. Et qui dit personnalitĂ© morale dit aussi responsabilitĂ© en cas de dommages, avec l’idĂ©e d’un vĂ©ritable “compte bancaire pour l’ocĂ©an” destinĂ© Ă  recevoir les indemnisations.   “Si elles ont la personnalitĂ© morale, c’est comme si on avait heurtĂ© une personne, entre guillemets, ce n’est pas comme si on avait heurtĂ© un bout de plastique”, illustre Tamatoa Bambridge. Le principe du pollueur-payeur pourrait ainsi s’appliquer aux grands senneurs susceptibles de blesser les cĂ©tacĂ©s ou de dĂ©grader leur habitat. Une assurance environnementale Ă©largie permettrait Ă©galement de couvrir ce type de dommages.   Mais comment faire respecter ces droits lorsque les baleines quittent les eaux polynĂ©siennes ? “Les baleines ne connaissent ni nos frontiĂšres administratives, ni nos zones Ă©conomiques exclusives”, rappelle Maina Bambridge. Le projet dĂ©fend ainsi la crĂ©ation d’un sanctuaire de 12,5 millions de kmÂČ et entend s’appuyer sur le traitĂ© international sur la haute mer pour protĂ©ger Ă©galement les corridors situĂ©s hors des ZEE, notamment Ă  travers l’idĂ©e d’un rāhui “mobile”.   “Les voies migratoires ont toujours Ă©tĂ© partagĂ©es par nos peuples et nos baleines”, souligne de son cĂŽtĂ© Mere Takoko, Ă©galement descendante de Paikea, le “chevaucheur de baleine”. Pour elle, il faut dĂ©sormais “rĂ©veiller notre vision ancestrale” et marier savoirs traditionnels et connaissances scientifiques.   Des Ăźles jusqu’aux institutions   C’est autour de ces propositions que le Resilience est allĂ© Ă  la rencontre des habitants et des Ă©lus ces deux derniĂšres semaines Ă  Tahiti, Moorea, Huahine, Raiatea, Bora Bora et Maupiti. Une dĂ©marche inspirĂ©e de celle des rāhui : Ă©couter les populations et associer les tāvana avant de construire le dispositif.   Le rendez-vous du Cesec devait donc servir de trait d’union entre cette consultation et une Ă©ventuelle traduction institutionnelle. Rien n’est encore Ă©crit. Mais pour Maina Bambridge, cette derniĂšre escale ne doit “pas ĂȘtre simplement la cĂ©rĂ©monie qui clĂŽt une partie du voyage”, mais “le point de dĂ©part d’une rĂ©flexion” plus large : comment transformer les aspirations recueillies dans les Ăźles “en propositions concrĂštes” ?   Le Resilience achĂšve ainsi son pĂ©riple dans les Ăźles de la SociĂ©tĂ©, avant de nouvelles actions annoncĂ©es en PolynĂ©sie en 2027 et 2028. AprĂšs avoir portĂ© le dĂ©bat d’üle en Ăźle, ‘Āvei Moana aborde dĂ©sormais une Ă©tape autrement plus dĂ©licate : convaincre les institutions polynĂ©siennes de lui donner une traduction dans le droit.


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