Dossier d'analyse : Du retard et des craintes pour le Dory
â Retour aux signaux
Tahiti le 24 aoĂ»t 2026 â Le voyage inaugural du Dory 2 ne sâest pas du tout passĂ© comme prĂ©vu. Le cargo-mixte Ă©tait lundi encore, Ă lâheure oĂč nous mettions sous presse, dans lâespoir dâappareiller dans la soirĂ©e avec plusieurs heures de retard. Et en dĂ©pit de sa capacitĂ© de 140 places passagers il nâa pu embarquer personnes. Les retards continuent pour le flambant neuf Dory 2, tout comme le bras de fer entre le Port autonome et lâarmateur du cargo-mixte⊠AprĂšs le blocage imposĂ© pendant 14 heures en rade de Papeete, vendredi, par les remorqueurs du port autonome, lundi le navire nâespĂ©rait larguer les amarres quâen fin de soirĂ©e, avec plusieurs heures de retard, pour entamer sa tournĂ©e inaugurale vers les Tuamotu-Ouest. Et en dĂ©pit de ses 140 places pour des passagers, aucun nâa pu embarquer. La raison, explique EugĂšne Degage, câest que âle Port va nous demander 600 000 francs pour aller au quai des paquebots. On ne peut pas payer, sauf Ă rĂ©percuter cela sur nos passagers donc cela veut dire quâon sera obligĂ© de faire payer les passagers paâumotu (âŠ). C'est inacceptableâ. En effet, le Code international Ship and Port Security (ISPS) impose Ă tout navire de croisiĂšre lâobligation de respecter une procĂ©dure dâembarquement qui nâest aujourdâhui observĂ©e que par le terminal de croisiĂšre. Pour le Dory 2 ce serait 600 000 francs par semaine. Or la sociĂ©tĂ© maritime se fonde sur un rendement Ă©conomique moyen de lâactivitĂ© de transport de passagers estimĂ© entre â100 000 et 200 000 francs. On aura une perte importante toutes les semaines. Câest pour cela quâon refuse aujourdâhui de prendre les passagersâ. Lâobjectif de sa compagnie maritime, justifie-t-il, est de permettre aux habitants des Tuamotu non seulement de naviguer âdans les meilleures conditionsâ avec en plus â40 kilos de fret gratuitâ mais Ă©galement de pouvoir bĂ©nĂ©ficier dâun âprix intĂ©ressant par rapport Ă l'aĂ©rien. Mais avec cette opĂ©ration-lĂ , on ne peut plus le faire, pour ne pas ĂȘtre perdant dans cette affaire. Et c'est bien dommageâ.
âIls ont attendu que le Dory soit lĂ pour appliquer cette rĂšglementationâ
Lâarmateur reconnait que lâISPS a Ă©tĂ© mis en place en 2004 et âencadre les mesures destinĂ©es Ă prĂ©venir les actes de malveillance visant les navires et les installations portuaires sensiblesâ. Mais il ne comprend pas pourquoi ces mesures sont soudainement rendues obligatoires aujourdâhui. âOn a lâimpression quâils ont attendu que le Dory soit lĂ pour mettre en place cette rĂšglementation.â Ce dernier a mĂȘme proposĂ© au haut-commissariat de mettre un poste de contrĂŽle de 200 mĂštres carrĂ©s sur le quai du Dory âoĂč la police de lâimmigration et les douanes pourraient venir faire des contrĂŽlesâ. Il se dit mĂȘme prĂȘt Ă âcoopĂ©rer, Ă acheter un bureau ⊠Mais on ne peut pas payer Ă chaque touchĂ© plus de 600 000 francs et pas loin de 3 millions par moisâ. Il ajoute aussi quâun des objectifs du Dory âqui a coĂ»tĂ© cherâ, souligne-t-il, est âde donner un coup de main aux pensions de famille. Et voilĂ que le port nous bloque tout çaâ. Le Dory 2, plaide-t-il aussi, est surtout lĂ pour âcette population car ce sont des clients du Dory 1. Ils nous ont bien aidĂ©s et c'est un retour que je fais. Et mon dĂ©sir le plus profond est que cela se rĂšgleâ. Il nâa pas Ă©tĂ© facile de âtrouver un chantier qui est capable de construire un bateau pour les passagers parce que c'est contrĂŽlĂ© fortement par la commission centrale de sĂ©curitĂ©. On a dĂ©pensĂ© plus d'argent. RĂ©sultat : on ne peut pas prendre de passagers Ă cause d'une rĂ©glementation qui devait s'adapter. On est quand mĂȘme loin de la France, loin de lâEuropeâ. Il dit ne pas comprendre âpourquoi il nây a pas de dĂ©rogationâ.
âCâest un harcĂšlementâ
EugĂšne Degage se considĂšre victime dâun âacharnementâ du port autonome qui dure, dit-il, depuis de nombreuses annĂ©es. Il fait rĂ©fĂ©rence notamment Ă un de ses bateaux de pĂȘche qui Ă©tait en dĂ©rive Ă 4 milles marins de la passe de Moorea : âIl a failli aller sur le rĂ©cif et le port autonome a refusĂ© de venir le remorquer.â Il Ă©voque Ă©galement une panne mĂ©canique du Dory Ă la passe de Papeete âen plus Ă proximitĂ© du rĂ©cif. Le remorqueur qui Ă©tait sur la zone nâest pas intervenu. Ils ont prĂ©textĂ© quâil fallait une autorisation de la mĂ©tropole. Cet incident aurait pu causer des dommages matĂ©riels, environnementaux et surtout il aurait pu y avoir des blessĂ©sâ. Alors, le blocage opĂ©rĂ© par les remorqueurs du port pour barrer lâaccĂšs du Dory 2 Ă son quai de transbordement de Motu Uta, vendredi, il considĂšre que câest âun acte de piraterie. C'est la premiĂšre fois que cela arrive au port autonome. Ils n'hĂ©sitent pas, sur les moyens pour me mettre Ă terre. Je ne comprends pas cet acharnementâ. Dâautant, explique-t-il, que le groupe Degage paie environ 65 millions de francs par an au port autonome pour les locations dâentrepĂŽt, et les droits de quai. âIls sont en train de taper sur le plus gros client du port autonome, peut-ĂȘtre qu'ils ne sont pas contents de moi parce que je paie trop. Il y a peut-ĂȘtre de la jalousie car jâai commencĂ© avec le petit bateau et je suis montĂ©, montĂ©, montĂ©â. EugĂšne Degage espĂšre que le gouvernement prendra âdes sanctions, il y a un dysfonctionnement de ce service qui n'est pas acceptable, ce n'est pas possible d'Ćuvrer de cette maniĂšre-lĂ contre les intĂ©rĂȘts des populations, contre les consommateursâ.
âCâest la rĂšglementation internationale qui lâexigeâ
Selon nos informations, il nâa jamais Ă©tĂ© question pour le Pays et pour le port autonome dâempĂȘcher le Dory de se mettre au terminal croisiĂšre oĂč les passagers auraient pu embarquer sans problĂšme. Question de normes de sĂ»retĂ©, on nous rappelle Ă©galement que âcâest la rĂšglementation internationale qui lâexige et l'Ătat oblige Ă©galement le Pays Ă faire respecter les dispositions de lâISPSâ. Mais en dĂ©pit de lâapplicabilitĂ© de ce code depuis 22 ans, l'Ătat n'Ă©tait âpas trop regardantâ nous dit-on, notamment sur les navires qui font la tournĂ©e des Ăźles avec peu de passagers embarquĂ©s. Mais ces choses changent. Selon nos informations, les plans de sĂ»retĂ© de la zone portuaire sont en cours de rĂ©vision. âCâest une obligationâ et cette rĂšglementation doit ĂȘtre remise Ă jour rĂ©guliĂšrement. Reste que concernant les tarifs, jugĂ©s confiscatoires par lâarmateur, des procĂ©dures dâembarquement au terminal de croisiĂšre, dĂ©but juillet le prĂ©sident du Pays Moetai Brotherson aurait demandĂ© au port autonome de ne pas appliquer le prix fort pour le Dory. Sauf que cette disposition doit ĂȘtre dĂ©libĂ©rĂ©e et adoptĂ©e en conseil dâadministration du port autonome. Et il ne sâest, Ă ce jour, toujours pas rĂ©uni Ă ce sujet. ContactĂ© EugĂšne Degage assure ne pas ĂȘtre du tout au courant de tout cela.
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