Dossier d'analyse : Tarahoi veut muscler le code vert, le Cesec pose ses garde-fous

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Tahiti, le 12 aoĂ»t 2026 – AprĂšs le cumul d’activitĂ©s des fonctionnaires proposĂ© par le gouvernement, changement de dĂ©cor mardi au Cesec : place aux rĂ©cifs, aux espaces protĂ©gĂ©s et mĂȘme Ă  lâ€™â€œĂ©cocide”. Saisie cette fois par le prĂ©sident de l’assemblĂ©e, l’institution examinait une proposition de loi du Pays destinĂ©e Ă  renforcer le code de l’environnement. Une initiative venue de Tarahoi qui prend une coloration particuliĂšre dans un contexte oĂč l’exĂ©cutif travaille dĂ©jĂ , de son cĂŽtĂ©, sur plusieurs des dispositifs concernĂ©s. Le Cesec partage l’ambition, mais alerte sur une sĂ©rie de fragilitĂ©s juridiques et pratiques.   Cette fois, le texte ne vient pas du gouvernement. Contrairement au projet sur le cumul d'activitĂ©s examinĂ© quelques heures plus tĂŽt, la proposition de loi du Pays a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e par les reprĂ©sentantes Teremuura Kohumoetini-Rurua et Jeanne Vaianui, avant d'ĂȘtre transmise au Cesec par le prĂ©sident de l'assemblĂ©e, Antony GĂ©ros.   Dans le climat politique actuel, oĂč Tarahoi et l'exĂ©cutif ne parlent plus toujours d'une seule voix, le dĂ©tail n'est pas tout Ă  fait anodin. D'autant que le texte recoupe des chantiers dĂ©jĂ  ouverts par le gouvernement. Lors des travaux en commission du Cesec, un reprĂ©sentant du ministĂšre de l'Environnement a ainsi fait Ă©tat d'une rĂ©forme en prĂ©paration sur les espaces classĂ©s. L'exĂ©cutif travaille Ă©galement Ă  un nouveau dispositif de surveillance, reposant notamment sur les gardes-nature et des relais locaux.   Des rĂ©cifs jusqu'Ă  l'Ă©cocide   La proposition portĂ©e par l'assemblĂ©e reprend et resserre une premiĂšre proposition examinĂ©e l'an dernier. Cette fois, cinq grands axes sont retenus. Le texte veut d'abord reconnaĂźtre les “services Ă©cologiques”, autrement dit tout ce que les Ă©cosystĂšmes apportent aux populations, de l'alimentation Ă  la rĂ©gulation du climat en passant par les ressources ou les activitĂ©s culturelles. Il entend aussi regrouper les espaces protĂ©gĂ©s existants sous deux grandes appellations, les vāhi tapu et les vāhi tāmaru, selon leur niveau de protection, et renforcer leur surveillance.   Plus spectaculaire, il fait entrer l'â€œĂ©cocide” dans le code de l'environnement pour sanctionner les atteintes les plus graves et irrĂ©versibles Ă  la nature. Enfin, il prĂ©voit de prendre rĂ©guliĂšrement le pouls du Fenua, avec un rapport sur l'Ă©tat de l'environnement publiĂ© tous les cinq ans.   Sur le principe, le Cesec juge l'initiative “louable”. Mais les rĂ©serves commencent rapidement. PremiĂšre difficultĂ© : les nouveaux vāhi tapu et vāhi tāmaru regrouperaient des espaces dĂ©jĂ  protĂ©gĂ©s par diffĂ©rents dispositifs. Or, entre arrĂȘtĂ©s de classement, plans de gestion, PGEM ou PGA, l'institution redoute “des superpositions de rĂšgles, des conflits de normes applicables ou encore des difficultĂ©s d'interprĂ©tation”.   Des vāhi qui compliquent le paysage   Tous ces espaces n'ont surtout ni les mĂȘmes usages, ni les mĂȘmes propriĂ©taires, ni le mĂȘme niveau de protection. Leur appliquer des rĂšgles uniformes pourrait donc produire l'effet inverse de celui recherchĂ©. MĂȘme les mots choisis interrogent. Le Cesec demande que leur “sens, leur usage et leur portĂ©e culturelle et symbolique” soient prĂ©cisĂ©s et recommande de s'appuyer sur des notions “dĂ©jĂ  solidement ancrĂ©es dans les usages, la culture et l'identitĂ© polynĂ©sienne”, Ă  l'image du rāhui. La FĂ©dĂ©ration du rāhui tient toutefois Ă  prĂ©server une distinction claire avec les nouvelles appellations proposĂ©es, et le Cesec lui donne raison sur ce point.   Autre caillou juridique : les gardes particuliers. La proposition veut Ă©largir leur capacitĂ© Ă  constater les atteintes aux espaces dont ils ont la surveillance. Mais lors des travaux en commission, le reprĂ©sentant du ministĂšre a relevĂ© que la notion de “toute atteinte” dĂ©passait le cadre fixĂ© par le code de procĂ©dure pĂ©nale.   Un garde particulier reste un agent privĂ©, et le Pays ne peut pas davantage le commissionner sur une propriĂ©tĂ© privĂ©e ou communale sur laquelle il ne dĂ©tient aucun droit. Conclusion du Cesec : dans sa rĂ©daction actuelle, le dispositif serait “inopĂ©rant”. Il demande donc une réécriture complĂšte. Mais c'est surtout l'introduction de l'Ă©cocide qui retient l'attention, tant elle pourrait ĂȘtre lourde de consĂ©quences. La proposition crĂ©e en effet cette infraction, passible de dix ans d'emprisonnement et de 536 millions de francs d'amende, pour certaines atteintes graves et irrĂ©versibles Ă  l'environnement.   Un Ă©cocide Ă  sĂ©curiser   LĂ  encore, le Cesec sort le crayon rouge. La dĂ©finition polynĂ©sienne s'Ă©carte de celle retenue au niveau national, notamment parce qu'elle ne prĂ©cise pas suffisamment ce qu'est une “atteinte irrĂ©versible” et ne retient pas le caractĂšre intentionnel du comportement. Une diffĂ©rence loin d'ĂȘtre seulement sĂ©mantique : elle pourrait conduire le Pays Ă  crĂ©er une infraction d'une autre nature et Ă  prĂ©voir des peines supĂ©rieures Ă  ce que lui permet son statut d'autonomie.   MĂȘme prudence enfin sur le futur rapport quinquennal consacrĂ© Ă  l'Ă©tat de l'environnement, dont la premiĂšre publication est prĂ©vue avant le 31 octobre 2028. Le dernier remonte Ă  2015 et avait coĂ»tĂ© 15 millions de francs. Le Cesec approuve le principe, mais rappelle que les donnĂ©es restent dispersĂ©es entre de nombreux services et parfois incomplĂštes. Il rĂ©clame donc un contenu mieux dĂ©fini, des moyens identifiĂ©s et surtout “un calendrier rĂ©aliste”.   Au final, contrairement au texte sur le cumul d'activitĂ©s rejetĂ© quelques heures plus tĂŽt, celui-lĂ  n'a guĂšre divisĂ© le Cesec : l'avis a Ă©tĂ© adoptĂ© Ă  l'unanimitĂ© des 37 conseillers prĂ©sents, malgrĂ© les nombreuses rĂ©serves formulĂ©es. Reste dĂ©sormais aux reprĂ©sentants Ă  reprendre – ou non – les recommandations de l'institution. Une copie venue de Tarahoi qui pourrait bien couper l'herbe sous le pied du gouvernement sur plusieurs chantiers qu'il prĂ©pare lui-mĂȘme, alors que l'exĂ©cutif ne dispose plus d'une majoritĂ© pour dicter le tempo Ă  l'assemblĂ©e.


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