Dossier d'analyse : âViolences sexuelles sur mineurs - Paris sâintĂ©resse aux loupĂ©s dâenquĂȘtes
â Retour aux signaux
Tahiti, le 12 aoĂ»t 2026 - Dossiers âfantĂŽmesâ, enquĂȘtes Ă l'abandon ou perdues, manque d'effectifs... Le ministre de la Justice, GĂ©rald Darmanin, a transmis Ă son homologue de l'IntĂ©rieur une note qui dĂ©taille des dĂ©faillances majeures dans la prise en compte des violences sexuelles faites aux enfants. La Direction de la police Ă Papeete est elle-aussi durement Ă©pinglĂ©e. Dans le courrier de douze pages datĂ© du 29 juillet, rĂ©vĂ©lĂ© par Le Monde et que Tahiti Infos a pu consulter, le garde des Sceaux synthĂ©tise Ă lâattention de Laurent Nuñez les remontĂ©es d'informations Ă©tablies par les parquets gĂ©nĂ©raux sur ces contentieux devenus la prioritĂ© de son ministĂšre depuis la vague d'indignation provoquĂ©e par l'affaire Lyhanna. Il en ressort une litanie de dysfonctionnements âd'ordre structurelâ, Ă©crit M. Darmanin, qui tiennent Ă la question des moyens, de la formation, des outils et du pilotage, mais pas âĂ la volontĂ© des personnels de terrainâ. Principale dĂ©faillance dĂ©couverte par les procureurs : un gigantesque âstock fantĂŽmeâ, des dossiers non rĂ©pertoriĂ©s par la justice faute de lui avoir Ă©tĂ© transmis. Le stock rĂ©vĂšle l'Ă©cart entre le nombre de procĂ©dures dont les parquets ont connaissance et celles dĂ©tenues par les services dâenquĂȘteurs.
âDes compĂ©tences trĂšs infĂ©rieures dans la police nationaleâ
Ă Tahiti, le constat Ă©mis par le ministĂšre de lâIntĂ©rieur nâest pas des plus flatteurs. âLes Ă©changes avec les FSI [Forces de sĂ©curitĂ© intĂ©rieures, NDLR], en particulier la hiĂ©rarchie, ont Ă©tĂ© trĂšs fluides.â En revanche, âLe niveau de compĂ©tence des OPJ est nettement infĂ©rieur Ă celui de mĂ©tropole, voire trĂšs infĂ©rieur pour ce qui est de la police nationale Ă Papeeteâ. âGraves problĂšmes de qualitĂ© et de respect des instructions par les services, en particulier Ă la direction territoriale, constituĂ©e en totalitĂ© d'agents de recrutement local manquant d'expĂ©rience et ne profitant pas d'actions de formation continue rĂ©guliĂšres.â Une note qui ne va pas plaire aux diffĂ©rents officiers de police judiciaire, qui marque aussi deux points. Ces manquements seraient liĂ©s Ă un manque de formation, mais aussi Ă la qualitĂ© du recrutement en local. RĂ©cemment, le procureur gĂ©nĂ©ral Benet-Chambelan, nous recevait dans son bureau pour parler du manque dâeffectif âcriantâ chez les OPJ en PolynĂ©sie française et des consĂ©quences que cela avait sur le traitement des dossiers. Il mettait alors en avant non pas le manque de formation et de compĂ©tence des OPJ, mais le manque de moyens humains. âOn manque d'OPJ partout et malheureusement, la PolynĂ©sie ne fait pas exception. DĂ©jĂ Ă Tahiti, Moorea, et Raiatea, c'est compliquĂ©. Mais quand, en plus, on part dans des Ăźles oĂč il y a deux gendarmes, lĂ c'est encore plus compliquĂ©. Et puis je n'ose mĂȘme pas penser Ă toutes les Ăźles oĂč la gendarmerie n'est pas sur place.â Sans enfoncer le corps des enquĂȘteurs, il avait dressĂ© le constat dâune PolynĂ©sie sous-dotĂ©e en moyens humains et matĂ©riels pour gĂ©rer au mieux les enquĂȘtes en cours. âLa gendarmerie, elle a eu, depuis 2021, 64 % d'augmentation de sa dĂ©linquance, Ă©videmment avec des effectifs, Ă©gaux. (âŠ) Je me mets Ă la place des OPJ, je ne leur ai pas jetĂ© la pierre ; mais je me dis que c'est quand mĂȘme trĂšs, trĂšs compliquĂ©.âŻAlors Ă©videmment, moi je suis tout Ă fait choquĂ© de ça, et je comprends que les concitoyens trouvent ça intolĂ©rable â je l'entends tout Ă fait â, et ça ne me satisfait pas.â Si aucune pierre nâa Ă©tĂ© jetĂ©e, le rapport est quand mĂȘme bien lourd et fait tout aussi mal.
âPurement et simplement perduesâ
Ă NĂźmes, par exemple, les procureurs ont dĂ©couvert 1.275 procĂ©dures âfantĂŽmesâ, 905 Ă Caen, tandis qu'Ă Agen, âun nombre important de procĂ©dures en coursâ n'a âdonnĂ© lieu Ă aucune information du parquetâ. Ă Melun, âde trĂšs nombreuses procĂ©dures [ont Ă©tĂ©] laissĂ©es sans investigation pendant des mois, voire des annĂ©es, alors mĂȘme que l'auteur Ă©tait souvent dĂ©signĂ© ou aisĂ©ment identifiableâ. Les âĂ©carts entre extractions de donnĂ©es effectuĂ©es par les tribunaux judiciaires et la rĂ©alitĂ© des services sont systĂ©matiquesâ, relĂšve le ministre. Ailleurs, Ă Bourges, une quinzaine de procĂ©dures ont Ă©tĂ© âpurement et simplement perduesâ. C'est 17 Ă Angers, six Ă Annecy, 23 ânon localisĂ©esâ Ă Paris... Au vu des dĂ©faillances identifiĂ©es, GĂ©rald Darmanin suggĂšre au ministre de l'IntĂ©rieur une rencontre le 3 septembre afin âd'engager un Ă©change constructif avec l'ensemble des servicesâ. Les chantiers mis en lumiĂšre par les parquets gĂ©nĂ©raux sont nombreux. Le manque d'effectifs est le plus criant, avec un âsous-dimensionnement parfois extrĂȘmeâ pour un enjeu thĂ©oriquement prioritaire : âCinq OPJ (officiers de police judiciaire) et un APJ (agent de police judiciaire) au groupe de protection des familles du Mans pour plus de 4.000 procĂ©duresâ.
âFlux qui explosentâ
Le manque d'intĂ©rĂȘt de certains commissariats ou gendarmeries, oĂč la âhiĂ©rarchie [faisait] manifestement primer des prioritĂ©s locales, notamment d'ordre publicâ, a Ă©galement Ă©tĂ© pointĂ©. Les ministres qui se sont succĂ©dĂ© place Beauvau, dont GĂ©rald Darmanin, sont âles responsablesâ des difficultĂ©s des services d'enquĂȘte, estime Fabien Vanhemelryck, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du syndicat Alliance, âpas mes pauvres collĂšgues qui ont un ordinateur qui s'allume une fois sur deuxâ, â300 procĂ©dures Ă gauche, 300 procĂ©dures Ă droiteâ, âdes horaires de dinguesâ et âsont essorĂ©sâ. Les deux responsables syndicaux dĂ©noncent une succession de rĂ©formes de la police qui âdĂ©stabilise le systĂšmeâ.
Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti
Ce signal n'a pas encore fait l'objet d'une étude d'impact.
Veuillez patienter 10 à 20 secondes aprÚs le clic, l'IA rédige un rapport complet.