Dossier d'analyse : Takapoto veut sa part de tourisme
â Retour aux signaux
Tahiti, le 12 aoĂ»t 2026 - Bruno Tuteirihia, gĂ©rant de pension de famille Ă Takapoto, dĂ©plore de voir son atoll ne pas se dĂ©velopper, faute de rotations suffisantes pour proposer la destination aux touristes. âPromouvoir un tourisme de qualitĂ©â, âmieux rĂ©parti au sein des archipelsâ, ârespectueux des populations et des ressourcesâ et âfondĂ© sur les identitĂ©s et les valeurs polynĂ©siennesâ, construire le âtourisme de demainâ : Les propos du prĂ©sident du Pays, et ministre du Tourisme, Moetai Brotherson, en juin dernier lors du lancement de la stratĂ©gie touristique 2027-2035, certains professionnels les réécoutent avec scepticisme. Ă Takapoto, oĂč une seule rotation aĂ©rienne par semaine est proposĂ©e, et oĂč le bateau ne passe que tous les quinze jours, il est difficile de se projeter dans le tourisme. Alors que la DĂ©lĂ©gation de service public sur la desserte aĂ©rienne de ces Ăźles nâa Ă©tĂ© reconduite que dâune annĂ©e pour Air Tahiti, ce qui ne laisse guĂšre de visibilitĂ© sur les rĂ©servations, et que le salon du Tourisme arrive Ă grands pas, Bruno Tuteirihia, gĂ©rant de la pension Ohavana Lodge Ă Takapoto, fait part de son dĂ©sappointement quant Ă la stratĂ©gie touristique du Pays qui nâaide pas, selon lui, au dĂ©senclavement de ces atolls, ni au maintien de la population pour y vivre. âTous les ans, on vient au salon de tourisme. Le problĂšme, câest quâil nây a quâun seul vol par semaineâ, explique le gĂ©rant de cette pension depuis quatre ans. âCette annĂ©e, on nâira pas : Payer le vol, lâhĂ©bergement, louer une voiture, pour des gens qui veulent passer trois ou quatre jours, ce nâest pas la peine avec un vol par semaine.â Pour Bruno Tuteirihia, les problĂšmes de dĂ©veloppement ne sont pas uniquement le fait dâune pauvre frĂ©quence de vols par la compagnie Air Tahiti, ils sont surtout la consĂ©quence dâun manque de cohĂ©rence politique. Un discours pour dĂ©velopper les pensions de famille dans les atolls dâune main, et de lâautre, une dĂ©lĂ©gation de service public qui nâimpose pas plus de rotations dans ces archipels. âJ'ai ramenĂ© tous mes enfants Ă Takapoto, pour crĂ©er un emploi pour eux. Aujourd'hui, ils sont revenus Ă Moorea, parce qu'il n'y a quâun seul vol par semaine. Dans lâannĂ©e, seuls une trentaine de touristes sont venusâ, explique-t-il amĂšre, alors que Tatakoto possĂšde selon lui plusieurs pensions de famille pour hĂ©berger les touristes, locaux comme Ă©trangers. âDonnons les moyens aux hĂ©bergements de ceux qui veulent vivre dĂ©cemment, aux prestataires d'activitĂ© de vivre dĂ©cemmentâ, martĂšle MĂ©linda Bodin, prĂ©sidente de la FĂ©dĂ©ration des pensions de famille. âPrenez lâexemple de Mataiva. Ils sont passĂ©s Ă deux rotations par semaine, le jeudi et le dimanche. Et depuis, le tourisme a fait un bond lĂ -bas. Les trois pensions vivent trĂšs bien, elles ont mĂȘme investi dans des bateaux pour les visites. Les gens sont super contents.â La prĂ©sidente de la fĂ©dĂ©ration de professionnels de la petite hĂŽtellerie prend lâatoll de Niau en contre-exemple : âIl y avait deux pensions, mais avec un seul vol par semaine⊠La seconde qui venait dâouvrir est dĂ©jĂ fermĂ©e.â âJ'ai investi plus de 5 millions de francsâ, poursuit Bruno Tuteirihia. â5 millions de francs pour faire les amĂ©nagements, acheter le bateau ; mais on est un atoll sans tourisme.â Sur place pourtant, outre la magie du lagon, des parties de pĂȘche sont proposĂ©es, des visites des artisans locaux, et mĂȘme la nurserie de nacre peut ĂȘtre visitĂ©e pour comprendre la base de la culture de la perle noire de PolynĂ©sie. âOn voulait dĂ©velopper tout ça Ă Takapoto. LĂ , c'est impossibleâ, regrette le propriĂ©taire de la pension. âOn a des touristes pour toutes nos Ăźlesâ, estime pourtant Melinda Bodin. âIl suffit que ce soit bien fait et surtout que le touriste puisse y arriver. On veut que nos Ăźles puissent bien vivre. Que notre population, nos familles, puissent retourner chez eux et vivre dĂ©cemment.â
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