Dossier d'analyse : AthlĂ©tisme - Muriel Hurtis : âAujourdâhui, je veux transmettreâ
â Retour aux signaux
Tahiti, le 26 mars 2026 - Ancienne championne du monde du relais 4x100 m, Muriel Hurtis est arrivĂ©e lundi soir en PolynĂ©sie. Ce mardi, jour de son anniversaire, elle a accordĂ© un entretien avec la rĂ©daction de Tahiti Infos avant une sĂ©rie de rencontres avec de jeunes athlĂštes et de se consacrer au 35á” Marathon de Moorea, dont elle est la marraine. Vous ĂȘtes la marraine du Marathon de Moorea qui se tient les 28 et 29 mars sur le site de Tahiamanu Ă Moorea. Qu'est ce que cela reprĂ©sente pour vous ? âJ'ai tout de suite acceptĂ©. Jâai couru Ă Papeete en 2002 et 2003 lors du meeting, et jâen garde un souvenir magnifique. Lâaccueil polynĂ©sien est tellement chaleureux. CâĂ©tait naturel pour moi dâaccepter. Et puis l'univers de la course Ă pied, ça reste ma famille. Pouvoir partager, c'est un plaisir comme cet aprĂšs-midi avec la visite au club d'athlĂ©tisme de Tahiti.â Alors cet aprĂšs-midi, vous allez rencontrer des jeunes athlĂštes. Quel message essentiel souhaitez-vous leur transmettre ? âJe veux leur dire ce que le sport mâa appris : la confiance en soi, lâeffort, la discipline, la capacitĂ© Ă se relever. Les jeunes se sous-estiment beaucoup. Ils pensent que câest trop dur, trop loin, trop ambitieux. Certains abandonnent dĂšs la premiĂšre difficultĂ©. Je veux leur expliquer quâon Ă©choue tous, souvent. Que la difficultĂ© nâest pas un mur, mais un apprentissage. Et quâil ne faut pas renoncer Ă ses objectifs.â AprĂšs votre retraite, il y a 12 ans, comment la sprinteuse olympique que vous ĂȘtes en est venue Ă la course Ă pied jusqu'Ă participer Ă compĂ©titions ? âProgressivement. Un jour, je me suis dit : âEt si jâessayais un petit footing ?â Puis jâai eu envie de me fixer un objectif simple : courir 10 km. Avoir un but, mĂȘme modeste, mâa aidĂ©e Ă reprendre. Depuis la fin de ma carriĂšre, jâai constamment eu besoin de nouveaux objectifs. Jâai enchaĂźnĂ© les 10 km, un semi-marathon, plusieurs courses sur route⊠et naturellement, lâidĂ©e du marathon est arrivĂ©e. Pourtant, câest tout lâinverse du sprint : lâeffort est long, il faut tenir mentalement, gĂ©rer son rythme. Mais jâavais envie de me prouver quelque chose, de retrouver un objectif concret, structurant. Et honnĂȘtement, ça me pousse aussi Ă sortir, Ă bouger. Quand jâai arrĂȘtĂ© ma carriĂšre, la piste ne reprĂ©sentait plus la mĂȘme chose. Je nâavais plus de compĂ©titions en ligne de mire, plus de qualifications Ă aller chercher, plus de chrono Ă viser. Jâavais Ă©tĂ© conditionnĂ©e pendant des annĂ©es Ă fonctionner ainsi. Et du jour au lendemain, tout sâarrĂȘte. Câest trĂšs brutal. Pendant un an, je nâai rien fait. Je nâavais plus la motivation, plus de raison dâĂȘtre sur une piste. Sans objectif, elle me renvoyait presque un vide.â Vous ĂȘtes ensuite entourĂ©e dâun groupe dâentraĂźnement ? âJâai rejoint un groupe menĂ© par Florent Lacasse, ancien athlĂšte de lâĂ©quipe de France. LĂ , jâai compris ce que veut dire âlâesprit collectifâ. Je n'Ă©tais pas Muriel Hurtis j'Ă©tais une athlĂšte parmi les athlĂštes. Quand on part pour une sĂ©ance difficile, on est plusieurs Ă souffrir ensemble. Quand lâun faiblit, les autres lâencouragent. Quand on rĂ©ussit, on partage la fiertĂ©. Et surtout, dans ce groupe, je nâĂ©tais plus lâancienne championne du monde. JâĂ©tais une athlĂšte parmi les autres. Ăa mâa fait Ă©normĂ©ment de bien de retrouver cette simplicitĂ©.â Le choc physique entre sprint et longue distance est Ă©norme. Comment votre corps sâest-il adaptĂ© ? âLes premiĂšres sĂ©ances, je ne les terminais pas. CâĂ©tait trop long, trop inhabituel. Mon corps avait Ă©tĂ© programmĂ© pour exploser vite⊠pas pour durer. Mais, comme beaucoup, je me suis aperçue quâon sâhabitue, quâon progresse. Et cette progression, sĂ©ance aprĂšs sĂ©ance, est trĂšs gratifiante. Câest ça qui mâa donnĂ© envie dâaller toujours un peu plus loin : 10 km, puis trail, puis semi⊠et maintenant marathon.â Vous ne pouvez pas participer au marathon cette annĂ©e Ă cause dâune blessure, mais vous avez relevĂ© un dĂ©fi de 10 km rĂ©cemment. Vous aviez un chrono en tĂȘte : est-ce que vous lâavez atteint ? âJe mâĂ©tais fixĂ© 50 minutes. Jâai fait 51. Pour beaucoup, ça ne reprĂ©sente pas grand-chose, mais pour une sprinteuse, entrer dans un effort long est rĂ©ellement difficile. On sous-estime Ă quel point ces distances demandent une autre forme de prĂ©paration.â Le sport de haut niveau offre des Ă©motions trĂšs intenses. En vivez-vous encore aujourdâhui ? âCe nâest pas comparable. Les victoires, les dĂ©faites, ce sont des Ă©motions brutes. Mais je retrouve un peu de cela dans les trails et les raids. Quand on finit ensemble, quâon sâest soutenus, quâon a dĂ©passĂ© quelque chose⊠on retrouve des sensations fortes. Câest peut-ĂȘtre ça, aujourdâhui, qui me procure le plus dâĂ©motions.â Vous ĂȘtes Ă©galement engagĂ©e au sein de la FĂ©dĂ©ration française dâathlĂ©tisme dans le dĂ©veloppement des territoires ultramarins. Que faites-vous concrĂštement ? âJe suis membre du comitĂ© directeur et dâun comitĂ© consultatif dĂ©diĂ© aux Outre-mer. Lâobjectif, câest dâanalyser les besoins, les difficultĂ©s, les manques : installations dĂ©faillantes, absence dâencadrement, difficultĂ© Ă dĂ©tecter les jeunes talents⊠Nous voulons proposer des solutions adaptĂ©es Ă chaque territoire pour redynamiser la pratique et repĂ©rer les jeunes prometteurs.â Il y a une baisse du nombre de jeunes licenciĂ©s. Comment lâexpliquer selon vous ? âLes modĂšles manquent. Les jeunes sâidentifient aux champions : quand un champion brille, les licenciĂ©s augmentent. On lâa vu en 2003 aprĂšs les Mondiaux. LâathlĂ©tisme doit redevenir attractif. Il faut le rendre plus ludique, moderniser lâencadrement, mieux former les Ă©ducateurs, crĂ©er de vraies dynamiques locales.â Vous cumulez plusieurs responsabilitĂ©s. Comment dĂ©cririez-vous votre vie actuelle ? âElle est dense ! Je travaille au service communication dâune banque. Je suis au comitĂ© directeur de la FĂ©dĂ©ration française dâathlĂ©tisme. Je prĂ©side le conseil dâadministration du Creps Provence-Alpes-CĂŽte dâAzur [Centre de ressources, dâexpertise et de performance sportive, NDLR]. Jâai un projet entrepreneurial en cours. Je reste investie dans mon club dâAix-en-Provence. Et je suis aussi maman de deux enfants. Mais cette polyvalence, ce cĂŽtĂ© multi-casquettes, jâaime ça. Ăa me stimule.â Et pour finir, avec le recul, comment regardez-vous votre carriĂšre ? âAvec fiertĂ©. Je nâai pas de regrets. Jâai vĂ©cu des moments incroyables, jâai voyagĂ©, jâai rencontrĂ© des personnes extraordinaires. Le sport mâa apportĂ© plus que ce que jâaurais imaginĂ©. Aujourdâhui, mon envie, câest de transmettre ce que jâai appris.â
Ă propos du marathon de Moorea
Le parcours du marathon de Moorea est dĂ©sormais officiellement mesurĂ© par un arbitre fĂ©dĂ©ral et a Ă©tĂ© retenu pour servir de rĂ©fĂ©rence aux Jeux du Pacifique 2027, que ce soit pour le marathon ou le semi-marathon. Le comitĂ© organisateur des Jeux du Pacifique devra trancher entre ces deux Ă©preuves. Ces mesures homologuĂ©es offriront une rĂ©pĂ©tition grandeur nature aux athlĂštes et permettront de âdonner des temps de rĂ©fĂ©renceâ, souligne Poerava Van Bastolaire de Fenua Events, responsable de lâorganisation de cet Ă©vĂ©nement.
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