Dossier d'analyse : âLa PolynĂ©sie face au changement climatique
â Retour aux signaux
Tahiti, le 26 mars 2026 â Quelles initiatives Ă valoriser et quels leviers Ă amĂ©liorer pour faire face au changement climatique dans le Pacifique sud ? Câest lâobjet de la mission dâinformation du SĂ©nat sur âla diplomatie climatique française Ă lâĂ©preuve dâun monde en tensionâ. Son rapporteur, le sĂ©nateur Teva Rohfritsch, et plusieurs intervenants, dont le prĂ©sident de la PolynĂ©sie française, Moetai Brotherson, et le haut-commissaire Alexandre Rochatte, ont participĂ© ce jeudi Ă une table-ronde en visioconfĂ©rence entre Paris et Papeete, lâobjectif Ă©tant dâaboutir Ă des ârecommandations opĂ©rationnellesâ en matiĂšre de coordination et de financement. Créée mi-fĂ©vrier par le SĂ©nat, la mission dâinformation sur la diplomatie climatique française Ă lâĂ©preuve dâun monde en tension vise Ă âidentifier les principaux points de blocage de la diplomatie climatique française et europĂ©enne, et Ă apprĂ©cier lâarticulation entre ambitions diplomatiques, engagements financiers et instruments de coopĂ©rationâ, dix ans aprĂšs lâadoption de lâaccord de Paris. Le rapporteur de cette mission nâest autre que le sĂ©nateur polynĂ©sien Teva Rohfritsch. Ce jeudi, un focus a Ă©tĂ© fait sur la situation dans le Pacifique sud lors dâune table-ronde rĂ©unissant plusieurs reprĂ©sentants en visio-confĂ©rence. Premier auditionnĂ©, le haut-commissaire de la RĂ©publique en PolynĂ©sie française, Alexandre Rochatte, a soulignĂ© la âvulnĂ©rabilitĂ© particuliĂšreâ du territoire insulaire vaste comme lâEurope avec âdes consĂ©quences sur lâenvironnement et la populationâ. Parmi les chiffres citĂ©s, en moyenne : +1,55 degrĂ© au XXe siĂšcle dans les Ăźles de la SociĂ©tĂ© et une Ă©lĂ©vation du niveau de la mer de +13,4 cm entre 1977 et 2022 en PolynĂ©sie. Les impacts sont divers et variĂ©s, parfois complĂ©mentaires : Ă©rosion cĂŽtiĂšre, submersion marine, dĂ©gradation des rĂ©cifs coraliens, perturbation des ressources en eau (notamment aux Tuamotu-Gambier) ou encore exposition accrue au risque cyclonique. Parmi les secteurs les plus sensibles, on retrouve la pĂȘche, lâagriculture et le tourisme.
âCoordination et financement
InterrogĂ© sur les moyens mis en Ćuvre par lâĂtat en partenariat avec le Pays pour rĂ©sorber ces effets, Alexandre Rochatte cite plusieurs dispositifs, dont le fonds de transition Ă©nergĂ©tique pour attĂ©nuer lâimpact carbone, la convention de construction dâabris de survie combinĂ©s Ă des bĂątiments publics dans les atolls et le projet en cours dâimplantation dâun radar mĂ©tĂ©orologique pour affiner les prĂ©visions. âLes consĂ©quences du dĂ©rĂšglement climatique sont au cĆur des programmes et des stratĂ©gies de toutes les organisations rĂ©gionales du Pacifique sudâ, souligne le reprĂ©sentant de lâĂtat, Ă©voquant notamment le Forum des Ăźles du Pacifique et la stratĂ©gie 2050 pour le âcontinent bleuâ. Plus globalement, le haut-commissaire recommande de âtravailler en parfaite cohĂ©rence entre les intentions des collectivitĂ©s et les intentions diplomatiques françaises pour pouvoir agir avec plus de forceâ. Un point soulignĂ© Ă plusieurs reprises par le prĂ©sident de la PolynĂ©sie française, Moetai Brotherson, qui dĂ©plore un manque de concertation de la France sur plusieurs dossiers comme la stratĂ©gie indopacifique, mais pas seulement. âIl y a un besoin dâune meilleure coordination sur la prĂ©paration des COPâ, ajoute-t-il, tout en sachant que la COP 31 coorganisĂ©e par lâAustralie et la Turquie accueillera deux intersessions aux Ăźles Fidji et Tuvalu pour alerter sur le sort des pays insulaires. Le prĂ©sident du Pays Ă©voque Ă©galement plusieurs programmes europĂ©ens auxquels le Fenua ne peut prĂ©tendre, comme Leader (soutien aux territoires ruraux) et Global Gateway (accĂ©lĂ©ration des transitions numĂ©rique, Ă©nergĂ©tique et Ă©cologique). MalgrĂ© lâempreinte polynĂ©sienne Ă la ConfĂ©rence des Nations Unies sur lâocĂ©an (Unoc), en juin dernier, Moetai Brotherson sâest dit âtriste de voir que les seuls financements concrets et importants post-Unoc viennent de sociĂ©tĂ©s privĂ©es et dâorganisation non-gouvernementalesâ. âQuand on regarde le volume des financements pour le climat qui existent dans le monde, on se rend compte que le Pacifique est destinataire de 3,5 % de ces financements, ce qui nâest pas en rapport avec les enjeux qui sont les nĂŽtresâ, analyse le prĂ©sident du Pays au sujet des âbig ocean statesâ â 280.000 habitants, 4.500 km2 de terres Ă©mergĂ©es et une ZEE de 5 millions de km2 pour la PolynĂ©sie française.
âPremiĂšres pistes
Nicolas Rocle, reprĂ©sentant du Programme rĂ©gional ocĂ©anien de lâenvironnement (PROE) a contribuĂ© aux Ă©changes depuis les Samoa. Lâoccasion de prĂ©senter plusieurs dispositifs, dont lâinitiative Kiwa, qui vise Ă renforcer la rĂ©silience climatique par des âsolutions fondĂ©es sur la natureâ, et Weather Ready Pacific, en faveur de lâamĂ©lioration des systĂšmes mĂ©tĂ©orologiques nationaux et dâalerte prĂ©coce âafin de sauver des vies humaines et de protĂ©ger des infrastructures critiques et des moyens de subsistanceâ. Le gouvernement de la Nouvelle-CalĂ©donie Ă©tait reprĂ©sentĂ© par JĂ©rĂ©mie Katidjo Monnier, en charge du dĂ©veloppement durable, de lâenvironnement et de la transition Ă©cologique. Sur le Caillou, lâĂ©rosion cĂŽtiĂšre est particuliĂšrement marquĂ©e sur la cĂŽte est avec âdes premiers dĂ©placĂ©s climatiques et des maisons qui tombentâ. Le rĂ©fĂ©rent Ă©voque par ailleurs une rĂ©cente loi de Pays en Nouvelle-CalĂ©donie, âoĂč il nây aura pas dâexploitation miniĂšre pendant 50 ans pour permettre Ă la recherche de mieux comprendre les grands fonds marinsâ. Entre constats et partage dâexpĂ©riences, les premiĂšres pistes dâadaptation et dâattĂ©nuation ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©es. Une synthĂšse a Ă©tĂ© dressĂ©e par Peggy Roudaut, conseillĂšre stratĂ©gique et technique Ă la CommunautĂ© du Pacifique (CPS), connue en PolynĂ©sie pour son implication dans la coordination du programme PROTEGE. La rĂ©fĂ©rente cite plusieurs axes : le bilinguisme (français-anglais) pour Ă©largir les Ă©changes, la programmation des financements Ă long terme pour moins de âsaupoudrageâ et des politiques plus ambitieuses, la simplification administrative et la co-construction, ou encore la mobilisation de plus de ressources humaines diplomatiques dans la rĂ©gion. Sans oublier le nerf de la guerre, chiffres Ă lâappui : âLes besoins estimĂ©s du Pacifique en matiĂšre de changement climatique, câest 1 Ă 2 milliards de dollars par an. Aujourdâhui, il y a 220 millions qui sont mobilisĂ©s. Câest 7 % des besoins qui sont couverts.â Dâautres suggestions ont Ă©tĂ© formulĂ©es, dont lâadhĂ©sion Ă certains programmes internationaux via des indicateurs davantage en phase avec la rĂ©alitĂ©, comme la chertĂ© de la vie, ou encore lâĂ©tude des opportunitĂ©s et des limites du crĂ©dit carbone. Ces Ă©changes feront lâobjet de rĂ©ponses Ă©crites et Ă©tayĂ©es de chacun. Pour le rapporteur Teva Rohfritsch, lâobjectif est dâaboutir Ă un rapport accompagnĂ© de ârecommandations opĂ©rationnelles, concrĂštes et utilesâ. Lâurgence est rĂ©elle : en PolynĂ©sie française, prĂšs dâun tiers des Ăźles pourrait disparaĂźtre dâici 2100 sous lâeffet de lâĂ©lĂ©vation du niveau de la mer.
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