Dossier d'analyse : “On touche à notre gagne-pain”

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Tahiti, le 28 juillet 2026 - Les prestataires touristiques de Moorea auront interdiction, Ă  partir du 1er aoĂ»t, d’emprunter les pistes de l’exploitation du lycĂ©e agricole de Opunohu. “Nos cultures sont toujours dĂ©gradĂ©es, les chemins sont dĂ©gradĂ©s, on observe mĂȘme des dĂ©chets qui sont jetĂ©s.” De leur cĂŽtĂ©, les professionnels du tourisme sont inquiets : “On est en train de toucher Ă  notre gagne-pain (
). On va devoir fermer les 4x4 safari, puisqu’on va passer sur des routes goudronnĂ©es.”    AprĂšs les agriculteurs il y a deux ans, c‘est dĂ©sormais au tour de l’Établissement public d’enseignement et de formation professionnelle agricole (Epefpa) de Moorea de fermer ses pistes aux prestataires touristiques. À partir du 1er aoĂ»t prochain, tous les vĂ©hicules touristiques tels que les vĂ©los, quads, buggy ou encore les 4x4 seront interdits d’accĂšs aux pistes de l’exploitation agricole de Opunohu Ă  Moorea. “Les visites Ă  pied seront toujours disponibles”, ajoute le directeur de l'exploitation du lycĂ©e agricole, Lucas Noyer.   Cette fermeture devait au dĂ©part ĂȘtre temporaire, le temps du salon Tech & Bio prĂ©vu du 6 au 8 aoĂ»t prochain. “De base, c'Ă©tait prĂ©vu qu'on ferme les sentiers de l'exploitation pendant la semaine du salon.” Puis, aprĂšs rĂ©flexion, la direction de l’établissement a finalement dĂ©cidĂ© de prolonger cette interdiction Ă  cause des diffĂ©rentes incivilitĂ©s des prestataires touristiques qui, selon Lucas Noyer, durent depuis plusieurs annĂ©es. “On constate rĂ©guliĂšrement des dĂ©gĂąts dans les plantations, des vols de fruits, le non-respect des consignes qui avaient Ă©tĂ© donnĂ©es pour le parcours.”   La goutte d’eau qui a fait dĂ©border le vase, comme il le souligne, c’est la prĂ©paration rĂ©cemment d’une parcelle de terre pour planter des arbres : “En fait, plutĂŽt que de prendre le chemin avec leur vĂ©hicule tout-terrain, ils sont montĂ©s sur la parcelle qu'on avait prĂ©parĂ©e. Donc, on a pris la dĂ©cision, en accord avec le directeur de l'Ă©tablissement, de fermer l'exploitation aux vĂ©hicules touristiques”. Et quelques jours auparavant dĂ©jĂ , alors que le terrain Ă©tait en cours de prĂ©paration, il avait surpris des quads en train de traverser la parcelle : “Je suis allĂ© leur signaler et ils se sont Ă  peine excusĂ©s”.   Cette dĂ©cision n’a pas Ă©tĂ© prise sur un coup de tĂȘte, explique le directeur de l'exploitation du lycĂ©e de Opunohu, puisque plusieurs relances ont Ă©tĂ© faites auprĂšs des prestataires mais rien n’y a fait. “Nos cultures sont toujours dĂ©gradĂ©es, les chemins sont dĂ©gradĂ©s, on observe mĂȘme des dĂ©chets qui sont jetĂ©s. On n'a pas forcĂ©ment Ă©tĂ© entendus”, regrette-t-il.


“Ce n'est pas moi, c'est les autres”

Le seul moyen que la direction a trouvĂ© pour se faire entendre, c’est â€œde fermer, pour faire passer un message surtout, et faire comprendre qu'on voulait que notre exploitation et notre travail soient respectĂ©s”.   Lucas Noyer assure que des mails ont Ă©tĂ© envoyĂ©s aux prestataires. Une seule entreprise a rĂ©pondu et voulait “trouver une solution ensemble. Mais globalement, on nous sert toujours la mĂȘme chose, ce n'est pas moi, c'est les autres et tant qu'on ne les prend pas sur le fait, c'est compliquĂ©. C'est vraiment une fatigue gĂ©nĂ©rale”. Ce dernier reconnaĂźt qu’avec cette dĂ©cision, “une majoritĂ© paie pour une minoritĂ©, mais on a voulu frapper fort pour leur faire comprendre”.     Ces dĂ©gradations ne datent pas d’hier, explique Lucas Noyer, et sa prĂ©dĂ©cesseure avait mĂȘme “dessinĂ© un parcours, et on avait demandĂ© Ă  faire un passage selon des conventions, avec soit une contrepartie financiĂšre, soit un passage au niveau de notre magasin. Et donc, il y en a qui ne respectent toujours pas le tracĂ©.”    Cette interdiction pourrait, selon lui, avoir “un petit impact” sur la boutique du lycĂ©e. “Mais ce sera passager car le BelvĂ©dĂšre reste une destination importante au niveau touristique. La boutique est sur la route, et les clients passent devant. Je pense que les clients, eux-mĂȘmes, demanderont Ă  s'arrĂȘter. On a quand mĂȘme des produits forts, des produits marquants.”


“Que voulez-vous que l'on montre à nos touristes demain ?”

ContactĂ©, Reginald Haring, prestataire touristique sur l’üle SƓur, rappelle que la premiĂšre ressource Ă©conomique du Fenua est le tourisme. “On veut accueillir 500 000 touristes alors qu’à Moorea, on n’atteint mĂȘme pas 100 000 touristes et en plus, on nous jette de partout”, dĂ©plore ce professionnel du tourisme.   “Que voulez-vous que l'on montre Ă  nos touristes demain ?”, demande-t-il, puisqu’aprĂšs que les agriculteurs ont bloquĂ© l’accĂšs Ă  leurs plantations, voici que le lycĂ©e agricole fait de mĂȘme aujourd’hui.   Reginald Haring assure que les “plaintes” vont tomber : “On vend des tours oĂč il y a des programmes Ă  respecter. Aujourd'hui, on va nous enlever ces programmes-lĂ , on aura des plaintes, il faudra rembourser ses clients (
). On est en train de toucher Ă  notre gagne-pain. Et croyez-moi, il y a beaucoup de gens qui vivent du tourisme Ă  Moorea (
). On va devoir fermer les 4x4 safari, puisqu’on va passer sur des routes goudronnĂ©es, ce n'est pas du safari ça.”    Ce dernier souligne que cela fait plus de quarante ans qu’il travaille dans le tourisme, et assure que quand il passe dans un champ d’ananas, â€œj’en achĂšte toutes les semaines aux agriculteurs pour faire goĂ»ter Ă  nos clients nos produit locaux (
). Il faut sanctionner ceux qui ne respectent pas, c’est tout.”   Il rappelle d’ailleurs que l’ancien directeur de l’agriculture, Roland Bopp, leur avait promis de “tracer une route vers Mou’a Roa, comme ça, on ne dĂ©range plus personne. D'ailleurs, la route est dĂ©jĂ  tracĂ©e, il faut juste l'amĂ©liorer. Mais deux ans aprĂšs, on n’a toujours rien.”   Enfin, RĂ©ginald Haring dĂ©plore le fait que le ministre du Tourisme n’ait toujours pas rencontrĂ© les professionnels du tourisme de Moorea. “Cela fait trois ans que vous ĂȘtes au pouvoir, vous ne nous avez jamais rencontrĂ©s. Venez voir les problĂšmes que nous avons car on en a beaucoup.”   ContactĂ©s, le prĂ©sident du Pays et ministre du Tourisme, Moetai Brotherson, ainsi que le prĂ©sident du comitĂ© de tourisme de Moorea, MoĂŻse Ruta, n’ont pas rĂ©pondu Ă  nos sollicitations.


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