Dossier d'analyse : La Polynésie confirme sa transition démographique

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Tahiti, le 29 juillet 2026 – Moins de naissances, davantage de seniors et une population qui ne progresse plus : le bilan dĂ©mographique publiĂ© mercredi par l'ISPF confirme une Ă©volution engagĂ©e depuis plusieurs annĂ©es. Stable Ă  279 500 habitants fin 2025, la PolynĂ©sie poursuit sa transition dĂ©mographique : les naissances reculent, la population vieillit et les dĂ©parts vers l'extĂ©rieur ne sont dĂ©sormais plus compensĂ©s par les naissances.   “La croissance dĂ©mographique est nulle.” En une phrase, l'Institut de la statistique de la PolynĂ©sie française (ISPF) rĂ©sume le principal enseignement de son bilan 2025. Avec 279 500 habitants au 31 dĂ©cembre, la population demeure stable par rapport Ă  l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Chaque annĂ©e, les naissances Ă©taient largement plus nombreuses que les dĂ©cĂšs et suffisaient Ă  compenser les dĂ©parts vers l'extĂ©rieur. Ce moteur dĂ©mographique ralentit aujourd'hui au point de ne plus suffire Ă  soutenir la croissance de la population.   Car si la population cesse dĂ©sormais de progresser, ce n'est pas parce que les PolynĂ©siens quittent soudainement davantage le territoire. Au contraire mĂȘme puisque depuis plusieurs annĂ©es, la PolynĂ©sie enregistre davantage de dĂ©parts que d'arrivĂ©es. Mais jusqu'ici, cette rĂ©alitĂ© Ă©tait masquĂ©e par des naissances suffisamment nombreuses pour continuer Ă  faire progresser la population malgrĂ© ces mouvements. Autrement dit, tant que les berceaux Ă©taient plus nombreux que les valises, ce dĂ©sĂ©quilibre restait sans effet visible sur la population. Aujourd'hui, l'Ă©quilibre se rompt.   En 2025, 3 170 enfants sont nĂ©s, contre 1 840 dĂ©cĂšs. L'excĂ©dent naturel demeure positif, avec 1 330 personnes, mais il ne suffit plus Ă  compenser le dĂ©ficit migratoire. Ce constat Ă©claire aussi d'un jour nouveau le dĂ©bat rĂ©current sur l'arrivĂ©e de nouveaux rĂ©sidents, notamment des fonctionnaires mĂ©tropolitains. Si ces arrivĂ©es alimentent rĂ©guliĂšrement les controverses politiques, elles ne compensent pas les dĂ©parts enregistrĂ©s chaque annĂ©e.   Une population qui change de visage   “La baisse des naissances se poursuit”, rĂ©sume l'ISPF. En 2025, elles reculent encore de plus de 3 % pour atteindre leur niveau le plus faible jamais enregistrĂ© au Fenua. L'indice conjoncturel de fĂ©conditĂ© tombe Ă  1,6 enfant par femme, un record Ă  la baisse (lire encadrĂ©). Il y a 20 ans, il atteignait encore 2,2 enfants. Le seuil de renouvellement des gĂ©nĂ©rations, fixĂ© autour de 2,1 enfants par femme, n'est plus atteint depuis 2011.   Les PolynĂ©siennes deviennent Ă©galement mamans plus tard. L'Ăąge moyen Ă  l'accouchement atteint dĂ©sormais 29,2 ans, soit prĂšs de deux annĂ©es de plus qu'au milieu des annĂ©es 2000.   Cette Ă©volution se lit aussi dans la pyramide des Ăąges. Longtemps caractĂ©risĂ©e par une base trĂšs large, reflet d'une population jeune et d'une natalitĂ© dynamique, elle change progressivement de silhouette. En d'autres termes, la PolynĂ©sie reste jeune... mais elle l'est de moins en moins. En un an, le nombre de personnes ĂągĂ©es de 65 ans et plus progresse de 5,1 %, alors que celui des moins de 15 ans recule de 2,3 %. Depuis 2017, la population ĂągĂ©e de moins de 65 ans diminue mĂȘme en valeur absolue. Si la PolynĂ©sie reste encore plus jeune que la mĂ©tropole, le vieillissement de sa population est dĂ©sormais bien engagĂ©.   Un vieillissement qui ne s'explique d'ailleurs pas uniquement par la baisse des naissances. Car l'espĂ©rance de vie continue parallĂšlement de progresser. En 2025, elle atteint 74,7 ans pour les hommes et 79,6 ans pour les femmes. Une bonne nouvelle qui contribue aussi Ă  augmenter le nombre de seniors et pose, Ă  plus long terme, la question du financement des retraites, de la santĂ© et de la prise en charge de la dĂ©pendance.   Des consĂ©quences dĂ©jĂ  visibles   Au-delĂ  des chiffres, cette transition dĂ©mographique modifie progressivement l'Ă©quilibre de la sociĂ©tĂ© polynĂ©sienne. Pendant longtemps, les gĂ©nĂ©rations nombreuses alimentaient naturellement la population active. DĂ©sormais, ces gĂ©nĂ©rations arrivent progressivement Ă  l'Ăąge de la retraite, tandis que les jeunes sont moins nombreux Ă  entrer sur le marchĂ© du travail.   En consĂ©quence, le nombre d'actifs appelĂ©s Ă  financer les retraites, les dĂ©penses de santĂ© et, plus largement, la protection sociale, diminue progressivement par rapport au nombre de personnes qui en bĂ©nĂ©ficient.   C'est ce que les dĂ©mographes appellent le rapport de dĂ©pendance. Il mesure le nombre de personnes considĂ©rĂ©es comme “à charge” – les moins de 15 ans et les plus de 65 ans – pour 100 habitants en Ăąge de travailler. En PolynĂ©sie, on compte dĂ©sormais 45 personnes Ă  charge pour 100 actifs potentiels. Plus cet Ă©quilibre se dĂ©grade, plus la solidaritĂ© entre gĂ©nĂ©rations est donc appelĂ©e Ă  ĂȘtre sollicitĂ©e.   Cette Ă©volution constitue d’ailleurs l'un des dĂ©fis auxquels doivent rĂ©pondre les rĂ©formes engagĂ©es autour de la Protection sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e (PSG), afin de prĂ©server l'Ă©quilibre d'un systĂšme confrontĂ© au vieillissement de la population. Pendant des dĂ©cennies, la dĂ©mographie polynĂ©sienne a constituĂ© une force tranquille, portĂ©e par une natalitĂ© parmi les plus Ă©levĂ©es de France. Les chiffres publiĂ©s par l'ISPF ne racontent pas une rupture soudaine. Ils confirment une Ă©volution engagĂ©e depuis plusieurs annĂ©es, mais dont les effets deviennent aujourd'hui plus visibles. Une Ă©volution discrĂšte, presque imperceptible d'une annĂ©e sur l'autre, mais qui pĂšsera durablement sur les grands choix de sociĂ©tĂ© : emploi, santĂ©, logement, retraites et protection sociale.  


Le chiffre qui change tout : 1,6 enfant par femme

C'est sans doute le chiffre le plus marquant de ce bilan dĂ©mographique. En 2025, l'indice conjoncturel de fĂ©conditĂ© atteint 1,6 enfant par femme, un niveau jamais observĂ© auparavant en PolynĂ©sie française. Il y a 20 ans, il s'Ă©levait encore Ă  2,2 enfants.   Ce seuil est loin d'ĂȘtre anodin. Les dĂ©mographes considĂšrent qu'il faut environ 2,1 enfants par femme pour assurer le renouvellement naturel des gĂ©nĂ©rations, Ă  condition que le solde migratoire soit Ă©quilibrĂ©. En PolynĂ©sie, ce seuil n'est plus atteint depuis 2011.   Cette Ă©volution ne signifie pas que les familles disparaissent, mais que les enfants sont moins nombreux et arrivent plus tard. L'Ăąge moyen des femmes donnant naissance pour la premiĂšre fois atteint dĂ©sormais 29,2 ans, soit deux annĂ©es de plus qu'au milieu des annĂ©es 2000. Dans le mĂȘme temps, le nombre de femmes ĂągĂ©es de 15 Ă  49 ans diminue, lui aussi, ce qui accentue encore le recul des naissances.   Comme de nombreux territoires avant elle, la PolynĂ©sie entre pleinement dans sa transition dĂ©mographique. Une Ă©volution qui ne se rĂ©sume pas Ă  une baisse des naissances : elle annonce aussi un vieillissement progressif de la population et une nouvelle maniĂšre de penser les politiques publiques.


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