Dossier d'analyse : AprĂšs le Covid, les failles sont toujours lĂ 

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Tahiti, le 27 juillet 2026 - Alors que le CHPF vient de tirer la sonnette d'alarme sur une pĂ©nurie de mĂ©decins devenue “critique”, l'assemblĂ©e se penche mardi sur les leçons tirĂ©es de la crise du Covid. Deux ans et demi aprĂšs l'adoption du rapport de sa commission d'enquĂȘte, seules 11 de ses 49 recommandations ont Ă©tĂ© pleinement mises en Ɠuvre. Vingt ne l'ont toujours pas Ă©tĂ©. Plan de crise, coordination, rĂ©serve sanitaire, aide mĂ©dicale urgente : plusieurs des failles rĂ©vĂ©lĂ©es par la pandĂ©mie restent encore Ă  combler.   Il devait permettre de tirer les leçons du Covid pour mieux affronter la prochaine crise. Deux ans et demi aprĂšs son adoption, le rapport de la commission d'enquĂȘte sur la gestion de la crise sanitaire n'a pourtant encore Ă©tĂ© que partiellement traduit dans les faits.   L'Ă©tat d'avancement qui sera prĂ©sentĂ© mardi par la prĂ©sidente de la commission de la santĂ© Ă  l’assemblĂ©e, Cathy Puchon, en donne lui-mĂȘme la mesure : sur les 49 recommandations adoptĂ©es en dĂ©cembre 2023, 11 seulement sont aujourd'hui considĂ©rĂ©es comme pleinement mises en Ɠuvre. Dix-sept sont encore “en cours de rĂ©alisation”, 20 n'ont pas Ă©tĂ© appliquĂ©es et une derniĂšre ne fait l'objet d'aucune information sur son avancement.   Le bilan est d'autant plus significatif que certaines recommandations laissĂ©es en chantier concernaient prĂ©cisĂ©ment la capacitĂ© du Pays Ă  ne pas reproduire les difficultĂ©s rencontrĂ©es pendant le Covid.   C'est notamment le cas de l'une des principales prĂ©conisations de la commission d'enquĂȘte : Ă©laborer avec l'État un plan stratĂ©gique territorial de gestion de crise sanitaire. Des travaux ont bien Ă©tĂ© engagĂ©s par l'Agence de rĂ©gulation de l'action sanitaire et sociale (Arass), mais le document reconnaĂźt que le projet initiĂ© n'est “ni finalisĂ© ni partagĂ© Ă  ce stade”. Il reste notamment Ă  dĂ©terminer prĂ©cisĂ©ment le rĂŽle de chacun entre le Pays et l'État.   MĂȘme constat pour la dĂ©signation d'un coordinateur unique chargĂ© de piloter ce plan : elle “n'a pas encore Ă©tĂ© formalisĂ©e”. Autrement dit, l'architecture qui permettrait de savoir clairement qui dirige quoi lors d'une nouvelle crise sanitaire reste encore Ă  construire.   Toujours pas prĂȘts pour une nouvelle crise   Le projet de SchĂ©ma d'organisation sanitaire (SOS) 2026-2031 revient d'ailleurs rĂ©guliĂšrement dans les rĂ©ponses apportĂ©es aux recommandations encore en chantier. Il prĂ©voit notamment de “consolider la rĂ©silience sanitaire territoriale”, en travaillant sur la coordination des moyens en cas de crise, l'adaptation des dispositifs aux diffĂ©rents archipels, la communication ou encore l'organisation de l'aide mĂ©dicale urgente.   Depuis, le SOS a bien Ă©tĂ© adoptĂ© Ă  Tarahoi, mais au forceps. AprĂšs avoir fait l'unanimitĂ© quelques semaines plus tĂŽt en commission, le texte n'a recueilli en sĂ©ance que 16 voix pour – celles de A Fano Ti'a – contre 3 voix et 38 abstentions, au terme de dĂ©bats particuliĂšrement houleux.   Sur l'aide mĂ©dicale urgente, le constat dressĂ© dans l'Ă©tat des lieux reste en tout cas particuliĂšrement clair : “En PolynĂ©sie française, la rĂ©ponse mĂ©dicale d'urgence ne repose pas encore sur une organisation, Ă  l'Ă©chelle du Pays, unifiĂ©e et structurĂ©e”. Le rapprochement du Samu et des pompiers autour d'une plateforme 15/18 reste ainsi un chantier.   Certaines leçons trĂšs concrĂštes du Covid ont nĂ©anmoins Ă©tĂ© tirĂ©es. La capacitĂ© Ă  augmenter rapidement le nombre de lits hospitaliers et de rĂ©animation est considĂ©rĂ©e comme “mise en Ɠuvre”, le rapport s'appuyant notamment sur l'expĂ©rience de la nef hospitaliĂšre et du plan blanc pendant la pandĂ©mie. L'accĂšs Ă  l'oxygĂšne dans les structures de santĂ© est Ă©galement classĂ© parmi les recommandations rĂ©alisĂ©es.   Mais lĂ  encore, le bilan fait apparaĂźtre quelques fragilitĂ©s. L'Arass souligne que la “rĂ©elle problĂ©matique” rencontrĂ©e pendant le Covid n'Ă©tait pas tant la disponibilitĂ© de l'oxygĂšne dans les structures de santĂ© que l'approvisionnement du territoire en oxygĂšne liquide. Sa pĂ©rennisation passerait par une production locale, mais celle-ci nĂ©cessiterait une consommation rĂ©guliĂšre du CHPF, qui utilise essentiellement de l'oxygĂšne gazeux produit par ses concentrateurs.   Toujours pas de rĂ©serve sanitaire   La crĂ©ation d'une rĂ©serve sanitaire locale, composĂ©e de professionnels en activitĂ© ou non et mobilisables rapidement en cas de crise, n'est pas davantage achevĂ©e. L'explication donnĂ©e rĂ©sume Ă  elle seule une difficultĂ© dĂ©sormais bien connue du systĂšme de santĂ© polynĂ©sien : “L'instabilitĂ© des effectifs de santĂ© ne permet pas actuellement une mise Ă  jour en temps rĂ©el des ressources soignantes disponibles sur le territoire”. En attendant leur stabilisation, les conseils de l'ordre continueront donc d'ĂȘtre sollicitĂ©s en cas de besoin.   Quant au stock stratĂ©gique d'Ă©quipements de protection individuelle rĂ©clamĂ© aprĂšs les pĂ©nuries de masques et autres matĂ©riels au dĂ©but du Covid, il n'a finalement pas Ă©tĂ© constituĂ© sous la forme imaginĂ©e par la commission. Le gouvernement prĂ©fĂšre maintenir un “stock de sĂ©curitĂ© raisonnable, renouvelĂ© en continu et intĂ©grĂ© Ă  la consommation courante”, estimant qu'un stockage massif serait exposĂ© Ă  une pĂ©remption rapide sous le climat polynĂ©sien.   D'autres mesures ont avancĂ©. Une cellule d'urgence mĂ©dico-psychologique permanente a Ă©tĂ© créée au CHPF en mai 2025. L'hĂŽpital dispose dĂ©sormais d'un stock de “plus de 600 housses mortuaires”. Les rĂšgles permettant d'encadrer temporairement certains prix en pĂ©riode de crise existent Ă©galement, tandis que la prĂ©vention, la tĂ©lĂ©santĂ© ou encore la prise en charge du Covid long sont intĂ©grĂ©es Ă  diffĂ©rents dispositifs existants ou futurs.   Les fragilitĂ©s du prĂ©sent   Mais cet Ă©tat des lieux arrive surtout Ă  un moment oĂč les moyens humains du systĂšme de santĂ© sont de nouveau sous forte tension. En juin, la commission mĂ©dicale d'Ă©tablissement du CHPF a tirĂ© la sonnette d'alarme sur une pĂ©nurie de mĂ©decins devenue “critique” dans plusieurs spĂ©cialitĂ©s essentielles. Sur 229 postes de praticiens hospitaliers, 21 sont vacants et 95 occupĂ©s par des non-titulaires. Oncologie, radiothĂ©rapie, nĂ©phrologie, radiologie, ORL ou encore cardiologie : plusieurs filiĂšres sont directement touchĂ©es, avec Ă  la clĂ© des consultations annulĂ©es, des dĂ©lais rallongĂ©s, des Ă©vasans supplĂ©mentaires et, selon les mĂ©decins eux-mĂȘmes, des risques de “pertes de chance” pour certains patients.   Et le CHPF n'est pas le seul concernĂ©. À Taravao, les urgences fonctionnent Ă©galement depuis plusieurs mois avec des effectifs mĂ©dicaux insuffisants, au point d'avoir fait craindre ponctuellement une fermeture du service. Plus largement, les difficultĂ©s de recrutement touchent aussi les structures de santĂ© des archipels.   Ces tensions donnent une rĂ©sonance particuliĂšre au constat dressĂ© dans l'Ă©tat des lieux sur â€œl'instabilitĂ© des effectifs de santĂ©â€. Une faiblesse qui ne concerne donc pas seulement la capacitĂ© Ă  mobiliser rapidement des renforts en cas de crise, mais plus largement celle du systĂšme de santĂ© Ă  disposer, au quotidien, des professionnels dont il a besoin.   Le document soumis mardi aux reprĂ©sentants ne cherche d'ailleurs pas Ă  masquer le chemin qui reste Ă  parcourir. Plus de deux ans aprĂšs l'adoption du rapport d'enquĂȘte, il reconnaĂźt qu'“un nombre significatif de recommandations demeure Ă  mettre en Ɠuvre” et estime qu'il appartient dĂ©sormais au gouvernement de “renforcer la dynamique engagĂ©e”.   Avec une urgence qui n'Ă©tait peut-ĂȘtre pas celle imaginĂ©e au lendemain du Covid. Car avant mĂȘme la prochaine crise sanitaire, le systĂšme de santĂ© doit dĂ©jĂ  trouver les soignants pour faire face Ă  celle du quotidien.


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