Dossier d'analyse : “Qu'ils rùglent le problùme entre eux”

← Retour aux signaux
Description initiale :







Tahiti, le 27 juillet 2026 - Pas de motion de dĂ©fiance avec le Tapura. RĂ©uni pendant plus de trois heures lundi soir Ă  Pirae, le conseil politique du parti a tranchĂ©. Il ne viendra pas Ă  la rescousse du Tavini dans la crise ouverte avec A Fano Ti'a. Une inflexion pour Édouard Fritch, qui plaidait encore la semaine derniĂšre pour un retour devant les Ă©lecteurs. DĂ©sormais, le mot d'ordre est clair : rester dans l'opposition et laisser les deux camps indĂ©pendantistes “rĂ©gler le problĂšme entre eux”.   “Tu ne bouges pas et tu attends.”  C'est, rĂ©sumĂ© par Édouard Fritch lui-mĂȘme, le message que lui a adressĂ© lundi soir le conseil politique du Tapura. ConvoquĂ©e en urgence Ă  la mairie de Pirae, la rĂ©union devait notamment permettre au parti autonomiste de prĂ©ciser sa position face Ă  la crise politique qui agite depuis plusieurs semaines l'assemblĂ©e. La rĂ©ponse a Ă©tĂ© beaucoup plus tranchĂ©e que prĂ©vu.   Car au Tapura, certains ont peu goĂ»tĂ© l'impression donnĂ©e ces derniers jours de voir leur parti participer aux tractations destinĂ©es Ă  trouver une issue au conflit entre le Tavini et A Fano Ti'a. “Quelle a Ă©tĂ© ma grande surprise d'entendre les membres du Tapura Huiraatira rĂ©agir vivement sur le fait que, compte tenu de ce que l'on entend dans la presse, dans les mĂ©dias, on a l'impression que le Tapura Huiraatira venait au secours du Tavini Huiraatira afin de les accompagner dans la rĂ©solution du problĂšme que connaĂźt ce parti”, reconnaĂźt Édouard Fritch.   Le rappel Ă  l'ordre a donc Ă©tĂ© sans ambiguĂŻtĂ© : “Il faut se retirer de toutes ces discussions sur un avenir Ă©courtĂ© de l'assemblĂ©e de la PolynĂ©sie française et laisser le Tavini et A Fano Ti'a rĂ©gler le problĂšme entre eux”. Autrement dit, conclut l'ancien prĂ©sident du Pays : “Je dois me retirer de toutes les discussions entre eux et moi”.   Pas de majoritĂ© avec GĂ©ros   La porte se referme du mĂȘme coup sur l'hypothĂšse d'une motion de dĂ©fiance qui aurait permis de renverser Moetai Brotherson. Avec dĂ©sormais 20 reprĂ©sentants au Tavini, aprĂšs le dĂ©part d'Ernest Teagai, 17 Ă  A Fano Ti'a, 16 au Tapura et quatre non-inscrits, dont les deux Ă©lus Ahip, difficile en effet d'imaginer rĂ©unir les 35 voix nĂ©cessaires Ă  son adoption sans une partie importante des autonomistes.   Or, le Tapura ne veut pas en ĂȘtre. Pas davantage pour porter Antony GĂ©ros Ă  la prĂ©sidence du Pays. InterrogĂ© sur l'Ă©ventualitĂ© d'un gouvernement d'union derriĂšre le prĂ©sident de l'assemblĂ©e, Édouard Fritch balaie fermement l'hypothĂšse : “Non, non, non, du tout, du tout”. Le conseil politique, explique-t-il, a rappelĂ© son attachement Ă  la RĂ©publique et exclu toute alliance de gouvernement avec les indĂ©pendantistes, qu'ils soient du Tavini ou de A Fano Ti'a.   Chat Ă©chaudĂ© craint l'eau froide. Édouard Fritch rappelle lui-mĂȘme l'Ă©pisode du “7/7/7”, cette alliance improbable nouĂ©e le 7 juillet 2007 entre Gaston Flosse et Oscar Temaru, en pleine pĂ©riode d'instabilitĂ© politique. “On s'Ă©tait promis toutes les bonnes choses de la vie et on a fini par se trahir les uns les autres, puisque les uns ont parlĂ© d'autonomie et les autres ont parlĂ© d'indĂ©pendance”, rappelle-t-il. Une expĂ©rience dont il tire aujourd'hui une conclusion sans dĂ©tour : “C'est une situation intenable et qui peut porter prĂ©judice au parti”.   Une position qui rĂ©pond aussi indirectement Ă  Oscar Temaru. Quelques heures plus tĂŽt, le prĂ©sident du Tavini avait pris la plume pour sommer Moetai Brotherson de “remettre son mandat” s'il n'Ă©tait plus en mesure de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts du peuple polynĂ©sien, allant cette fois jusqu'Ă  se proposer pour lui succĂ©der : “Je suis prĂȘt Ă  assumer cette responsabilitĂ© au service de notre Pays et de notre peuple”.   Édouard Fritch dit y voir surtout “un rappel Ă  l'ordre” adressĂ© par Oscar Temaru Ă  son propre camp. Quant Ă  l'hypothĂšse de le voir effectivement prendre la tĂȘte du Pays, il n'y croit guĂšre : “Ça ne se passera pas”.   Fritch rectifie le tir   La dĂ©cision prise lundi soir marque nĂ©anmoins une Ă©volution sensible dans le discours du leader autonomiste. La semaine derniĂšre encore, Édouard Fritch poussait ouvertement Ă  un retour anticipĂ© devant les Ă©lecteurs. Une semaine plus tard, le conseil politique lui demande surtout de ne plus se mĂȘler de la crise entre les deux formations indĂ©pendantistes et de remettre le Tapura en ordre de marche. “La conclusion, elle est Ă©vidente : laisser les gens s'occuper de leurs problĂšmes, occupons-nous de notre prairie. Et nous prĂ©parer pour les Ă©lections sĂ©natoriales qui viennent et surtout prĂ©parer 2028.”   Un changement de tempo plus qu'un renoncement dĂ©finitif au retour aux urnes. “Ce n'est pas une fin de non-recevoir”, prend d'ailleurs soin de prĂ©ciser Édouard Fritch. Mais au Tapura, tout le monde ne semble pas nĂ©cessairement pressĂ© de remettre son mandat en jeu.   “Peut-ĂȘtre, peut-ĂȘtre”, admet-il lorsqu'on lui demande si le retour anticipĂ© aux urnes ne divise pas aussi ses propres troupes. “Il faut aussi que vous regardiez bien que mes Ă©lus Ă  l’assemblĂ©e sont des maires. En gĂ©nĂ©ral, ce sont des gens qui sont matures, ce sont des gens qui sont arrivĂ©s lĂ  Ă©lus par leur population, et ce sont des gens qui ont un programme de travail, qui ont des urgences.”  Autrement dit, tous ne sont pas nĂ©cessairement pressĂ©s de remettre leur mandat en jeu.   L'ancien prĂ©sident assume donc de “rectifier un petit peu le tir”. D'autant qu'il reconnaĂźt subir une pression inverse sur le terrain : “Tout le monde me demande : quand est-ce que vous allez renverser ? Quand est-ce que vous allez arrĂȘter ce qui se passe lĂ  ? Quand est-ce que vous allez foutre Moetai dehors ? (
) MĂȘme quand je vais chercher mon pain, c'est pareil le matin. Mais derriĂšre, la rĂ©alitĂ©, elle est tout autre”.   Cette rĂ©alitĂ© est d'abord arithmĂ©tique. “Il n'y aura aucune majoritĂ© Ă  l'assemblĂ©e aujourd'hui, que ce soit avec GĂ©ros, avec Fritch, avec Sanquer, avec qui que ce soit. Il n'y aura pas de majoritĂ©, nous sommes vouĂ©s Ă  l'Ă©chec”, tranche-t-il.   La menace de “l'indĂ©pendance dans les 48 heures”   DĂšs lors, les options se rĂ©duisent. Soit Moetai Brotherson utilise lui-mĂȘme l'article 157-1 du statut et demande au prĂ©sident de la RĂ©publique le renouvellement anticipĂ© de l'assemblĂ©e. Soit la situation se prolonge jusqu’au blocage des institutions. Le prochain collectif budgĂ©taire, puis surtout le budget primitif, pourraient rapidement en fournir le test grandeur nature.   Le Tapura, lui, n'a pour l'heure rien demandĂ© Ă  Emmanuel Macron. “À l'heure actuelle, nous n'avons transmis aucun courrier, aucune demande”, assure Édouard Fritch. Il affirme nĂ©anmoins que la crise locale est suivie Ă  Paris et Ă©voque mĂȘme une inquiĂ©tude liĂ©e Ă  l'hypothĂšse d'une nouvelle majoritĂ© indĂ©pendantiste : “Moetai Brotherson menace un petit peu l'État puisque l'arrivĂ©e d'Oscar Temaru ou de GĂ©ros, renforcĂ©e par les autres, c'est-Ă -dire nous, pourrait mettre en place une majoritĂ© qui demanderait l'indĂ©pendance dans les 48 heures. Et ça, c'est une menace, effectivement. Je sais qu'Ă  Paris, j'en ai entendu parler”.   Mais prĂ©cisĂ©ment, le Tapura vient de dĂ©cider qu'il ne serait pas ce renfort. Au Tavini et Ă  A Fano Ti'a dĂ©sormais de trouver une issue Ă  leur rupture. Faute de quoi, c'est dĂ©sormais le calendrier budgĂ©taire qui pourrait se charger de trancher.


Tahiti-Infos, le site N°1 de l'information à Tahiti

Horizon : 0 Probabilité : 0%

Ce signal n'a pas encore fait l'objet d'une étude d'impact.

Veuillez patienter 10 à 20 secondes aprÚs le clic, l'IA rédige un rapport complet.