Dossier d'analyse : Rencontre avec les meilleurs danseurs du Heiva i Tahiti 2026

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Tahiti, le 19 juillet 2026 - Leurs noms sont entrĂ©s dans l’histoire du Heiva i Tahiti. Hereiti Tixier, 20 ans, meilleure danseuse et professeure de ‘ori Tahiti, et Valentin Teihotu, 23 ans, meilleur danseur et pompier professionnel, se confient sur leur relation Ă  la danse traditionnelle, leur prĂ©paration bien entourĂ©e, les Ă©motions traversĂ©es sur scĂšne et leurs projets aprĂšs avoir remportĂ© ce prĂ©cieux trophĂ©e. Tous les deux originaires de Faa’a, ils ont un autre point commun : la persĂ©vĂ©rance, puisqu’il s’agissait de leur deuxiĂšme participation au concours aprĂšs une premiĂšre expĂ©rience sans podium.   Avec onze groupes et autant de candidats aux titres de meilleure danseuse et meilleur danseur, cette annĂ©e encore la concurrence Ă©tait rude au Heiva i Tahiti. Pour Hereiti Tixier, tout a commencĂ© dĂšs l’ñge de 4 ans. “C’est Moeata Laughlin qui m’a appris les bases du ‘ori Tahiti”, confie-t-elle. EncouragĂ©e par ses parents Ă  dĂ©couvrir une autre activitĂ©, elle s’est lancĂ©e dans le taekwondo jusqu’à la ceinture noire ; des compĂ©titions sportives qui lui ont permis de se forger un esprit combatif et humble entre dĂ©faites et victoires. “J’ai repris la danse et j’ai participĂ© Ă  mes premiĂšres compĂ©titions solo, dont le Heiva Taure’a 2019 oĂč j’ai remportĂ© le prix de meilleure danseuse. Par la suite, j’ai intĂ©grĂ© le centre de formation Hei Tahiti, en tant qu’élĂšve, puis professeure, et la base de la troupe dirigĂ©e par Tiare Trompette-Dezerville”, poursuit-elle, impliquĂ©e dans une dĂ©marche de transmission auprĂšs des plus jeunes dĂšs 13 ans.  


Hereiti Tixier : “Moins de pression, plus de plaisir”

En 2025, Hereiti Tixier concourt pour la premiĂšre fois en tant que meilleure danseuse au Heiva i Tahiti, mais elle ne dĂ©croche aucun prix. Une dĂ©ception immense qu’elle est parvenue Ă  surmonter dĂ©but 2026, prĂȘte Ă  se reprĂ©senter avec la troupe Temaeva dirigĂ©e par Fabien Dinard, mais avec une approche diffĂ©rente. “J’ai commencĂ© Ă  me prĂ©parer au mois de mars. Ça s’est fait naturellement, petit Ă  petit. Je voulais revivre cette expĂ©rience en me mettant moins la pression. Ma grande sƓur, Tetauira, m’a beaucoup aidĂ©e pour la chorĂ©graphie, Vaheana Vinh Tung Ă©galement, et Hianau Laughlin pour un retour aux sources. Je suis aussi partie deux semaines aux États-Unis pour m’entraĂźner avec Mevina et Napua Liufau, et voir la compĂ©tition sous un autre angle. Je voulais proposer autre chose au public et au jury pour qu’ils voient mon Ă©volution”, explique la jeune femme de 20 ans, dont la tenue vĂ©gĂ©tale a Ă©tĂ© pensĂ©e sur mesure, main dans la main avec une costumiĂšre.   Lors de la soirĂ©e du mardi 7 juillet, Hereiti Tixier est montĂ©e sur scĂšne aprĂšs un “petit rituel” qui l’accompagne Ă  chaque compĂ©tition : “Je prends une grande bouffĂ©e d’air et je souffle un bon coup. Ça me permet de me mettre dans la peau d’un personnage pour rĂ©guler mon stress et arriver confiante”. Plus Ă  l’aise que la premiĂšre fois, elle savait Ă  quoi s’attendre. “Le projecteur qui nous suit nous Ă©blouit et on ne voit pas grand-chose autour de nous, donc il faut ĂȘtre trĂšs concentrĂ© pour suivre la musique et gĂ©rer les acclamations du public. Je me sentais surtout trĂšs reconnaissante d’avoir la chance de me prĂ©senter une deuxiĂšme fois”, remarque-t-elle. Le thĂšme de son solo, sur la prĂ©servation des fleurs locales face au plastique et plus gĂ©nĂ©ralement Ă  la surconsommation, lui tenait tout particuliĂšrement Ă  cƓur, son placenta Ă©tant enterrĂ© au pied d’un tiare Tahiti.   PortĂ©e par le plaisir de la danse, Hereiti Tixier est allĂ©e jusqu’à se lancer un dĂ©fi technique, associĂ© Ă  une prise de risque : “Au milieu de mon solo, je descends en tÄ«fene et j’avance en faisant un ha’amenemene, un cercle en fa’arapu. Ce qui me faisait peur, c’est que le plancher de To’ata ne glisse pas autant qu’une salle de danse, et je n’avais fait ce pas qu’une fois en rĂ©pĂ©tition. Si je ne le rĂ©ussissais pas, je risquais de tomber, mais c’est passĂ© !”  








​Un prix pour deux sƓurs

Autre challenge pour Hereiti Tixier, mercredi 15 juillet : vivre la cĂ©rĂ©monie de remise des prix Ă  distance, Ă©tant Ă  TaĂŻwan avec la troupe Hei Tahiti pour participer Ă  un festival culturel. La parade au programme s’est terminĂ©e juste Ă  temps pour permettre aux danseurs de se connecter. “Quand Olivier Lenoir a prononcĂ© mon prĂ©nom, j’ai pleurĂ© sans m’en rendre compte. Je n’étais pas sĂ»re d’avoir bien compris, donc j’ai repris mon tĂ©lĂ©phone et j’ai vu la vidĂ©o de mon solo ! Je ne rĂ©alise pas encore : je pense que ça va arriver en rentrant Ă  Tahiti”, reconnaĂźt la jeune femme. Un flot d’émotions partagĂ© par sa sƓur, qui a reçu le trophĂ©e en son nom : “Ça ne pouvait ĂȘtre qu’elle. Ce prix, il est pour nous deux. Elle a Ă©tĂ© lĂ  pour moi l’annĂ©e derniĂšre et cette annĂ©e. Sans elle, je n’aurais pas pu remonter sur scĂšne”. L’occasion pour Hereiti Tixier de remercier toutes les personnes qui l’ont soutenue : “Quand on regarde une prestation de meilleure danseuse, on ne voit que la personne qui est sur scĂšne, alors qu’en vrai, il y a tellement de personnes dans l’ombre qui nous accompagnent”.   Si elle n’a pas encore eu le trophĂ©e entre ses mains, Hereiti Tixier se rĂ©jouit de cette “consĂ©cration” dont elle rĂȘvait depuis longtemps. “C’est une belle revanche envers moi-mĂȘme : j’ai rĂ©ussi Ă  me prouver qu’un Ă©chec n’est pas une fin en soi et que si on veut vraiment quelque chose, il faut travailler pour s’en donner les moyens. C’est aussi une ouverture, mĂȘme si je n’ai pas forcĂ©ment envie d’ouvrir ma propre Ă©cole de danse tout de suite. C’est beaucoup de responsabilitĂ©s, tu ne peux plus ĂȘtre simplement une danseuse et ça me manque un peu. Je veux continuer Ă  apprendre des autres”, confie-t-elle. La jeune femme envisage de poursuivre ses Ă©tudes Ă  l’étranger dans les domaines du marketing ou du business international. Dans l’immĂ©diat, elle sera bientĂŽt de retour au Fenua avant de repartir pour le Heiva i San Diego.  


​Valentin Teihotu : “Danser sous la pluie”

À 23 ans, Valentin Teihotu a lui aussi une vie bien remplie. Sapeur-pompier professionnel Ă  Faa’a, sa commune d’origine, il est entrĂ© dans la danse sur le tard, mais son ascension a Ă©tĂ© fulgurante. “La danse, j’ai commencĂ© Ă  la pratiquer entre copains dans un esprit de cohĂ©sion. C’est ce qui m’a attirĂ© dans le ‘ori Tahiti au dĂ©part. L’amour de la culture est venu aprĂšs, quand je me suis vraiment lancĂ© lors de mon premier Heiva en 2023 avec la troupe Toakura, puis avec des compĂ©titions solo internationales et locales. Mes prĂ©cĂ©dentes expĂ©riences de danse remontaient aux kermesses en primaire !”, s’amuse-t-il.   Au rendez-vous du Heiva i Tahiti depuis quatre annĂ©es consĂ©cutives, il avait dĂ©jĂ  participĂ© au concours de meilleur danseur en 2024 avec Heitoa. “C’était un challenge, parce que ça faisait Ă  peine un an que je faisais du ‘ori Tahiti et il y avait beaucoup de choses Ă  acquĂ©rir. Je n’étais pas montĂ© sur le podium, mais c’est une expĂ©rience qui m’a renforcĂ© mentalement et physiquement”, analyse-t-il avec le recul. FormĂ© par Francky Tehiva, son “mentor”, Valentin Teihotu a redoublĂ© d’efforts pour sa deuxiĂšme participation cette annĂ©e. “C’est beaucoup de sacrifice et de travail au quotidien. DerriĂšre la scĂšne, ce sont des rĂ©veils Ă  3 heures du matin et des entraĂźnements Ă  4 heures. J’ai habituĂ© mes pieds Ă  danser dans le froid. J’ai eu mon pehe un mois et demi avant, donc j’ai pu caler ma chorĂ©graphie et m’entraĂźner cinq Ă  six fois par semaine”, confie-t-il au sujet de sa prĂ©paration, qui s’ajoute aux rĂ©pĂ©titions gĂ©nĂ©rales de la troupe.   Au-delĂ  de sa passion pour le ‘ori Tahiti, le jeune homme Ă©tait aussi portĂ© par “la fiertĂ© et l’honneur” de reprĂ©senter la troupe Nuna’a e hau de Faa’a. “Pour mon solo, mon thĂšme symbolisait le Tƍrea, l’oiseau annonciateur de la mort des jumeaux assassinĂ©s sur un marae qui se situe Ă  Saint-Hilaire. Mon rĂŽle, c’était de transmettre ce message en lien avec le spectacle”, prĂ©cise-t-il.  








​Deux soirĂ©es mĂ©morables

Son expĂ©rience du vendredi 10 juillet, Valentin Teihotu n’est pas prĂšs de l’oublier : “Le soir de notre passage, il a plu et la scĂšne Ă©tait mouillĂ©e. C’était le mĂȘme scĂ©nario qu’en 2024, oĂč le stress avait pris le dessus parce que j’avais peur de glisser. Cette fois-ci, j’y Ă©tais prĂ©parĂ© et j’avais confiance en moi. J’ai pris ça comme un signe : il fallait que je danse sous la pluie ! Sur scĂšne, j’étais Ă  l’aise et je me sentais bien. Je n’avais qu’une hĂąte : montrer ma chorĂ©graphie au public et au jury”. Les plus observateurs auront reconnu sa signature, “le tara’u, quand je suis descendu et que j’ai tournĂ© deux fois sur moi-mĂȘme”, clin d’Ɠil Ă  sa prestation de 2024. “C’est un pas que j’aime bien !”   PassĂ© l’épreuve du solo, place au stress de la remise des prix, oĂč les laurĂ©ats sont appelĂ©s par ordre croissant. “Mes collĂšgues me tenaient par la main pour me rassurer... jusqu’à ce qu’on m’appelle pour la premiĂšre place. C’était magique ! J’étais tellement heureux que j’en avais les larmes aux yeux. Ça me tenait tellement Ă  cƓur. Et c’était un honneur de recevoir ce trophĂ©e des mains de mon grand ami, Honotini Hoata, meilleur danseur 2025 avec Hƍ mai”, souligne-t-il. “Je remercie Papy Heimanu, le chef de la troupe Nuna’a e hau, qui a cru en moi et qui a tout fait pour que je puisse monter sur la plus haute marche du podium. Je remercie aussi Ranitea Laughlin, notre chorĂ©graphe, les musiciens et les choristes qui Ă©taient au top, ma chĂ©rie Maima Normand, ma famille et tous mes amis qui m’ont soutenu pendant les rĂ©pĂ©titions.”   “Ce titre, c’est tout pour moi. C’est une rĂ©ussite qui ouvre des portes localement et Ă  l’international. Ce n’est que le dĂ©but : je vais continuer le ‘ori Tahiti”, conclut Valentin Teihotu, qui envisage notamment de participer au prochain ‘Ori Tahiti Nui Competition & World Championship. Mais avant, place aux Heiva communaux et au Mini-Heiva Ă  l’InterContinental de Faa’a.  


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