Dossier d'analyse : Le collectif budgétaire tourne au rÚglement de comptes entre Brotherson et le Tavini

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Tahiti, le 10 juillet 2026 – Le deuxiĂšme collectif budgĂ©taire a bien Ă©tĂ© rejetĂ© vendredi Ă  Tarahoi. Mais ce n'est pas ce vote que retiendra cette sĂ©ance extraordinaire. Au fil des interventions, les dĂ©bats ont rapidement quittĂ© le terrain budgĂ©taire pour tourner au rĂšglement de comptes entre Moetai Brotherson et le Tavini. Absent de l'hĂ©micycle mais au cƓur de tous les Ă©changes, Oscar Temaru a finalement Ă©tĂ© la clĂ© d'une sĂ©ance qui explique aussi pourquoi le Tavini est passĂ© d'un vote contre en premiĂšre lecture
 Ă  une abstention.   “Des lessiveuses, j'en ai vu en 40 ans dans cet hĂ©micycle. Mais comme aujourd'hui, c'est exceptionnel.” Au terme de plus de quatre heures de dĂ©bats, Édouard Fritch rĂ©sume en une phrase une sĂ©ance oĂč le collectif budgĂ©taire est rapidement passĂ© au second plan. Quelques instants plus tĂŽt, l'ancien prĂ©sident avait dĂ©jĂ  ironisĂ© en remerciant Antony GĂ©ros d'avoir conviĂ© l'opposition Ă  ce qui ressemblait davantage Ă  “un comitĂ© de majoritĂ©â€ qu'Ă  une sĂ©ance de l'assemblĂ©e. Une pique aussitĂŽt reprise par Lana Tetuanui, qui dira assister, elle, Ă  “presque un conseil politique du Tavini”.   Car trĂšs vite, les quelque 42 milliards de francs de reports de crĂ©dits ne sont plus qu'un prĂ©texte. DerriĂšre ce texte technique, c'est la crise ouverte entre Moetai Brotherson et le Tavini qui finit par occuper tout l'espace.   Premier rĂ©vĂ©lateur : le vote du parti bleu ciel. AprĂšs avoir rejetĂ© le texte en premiĂšre lecture le 26 juin, le groupe choisit cette fois de s'abstenir. Un seul Ă©lu vote pour : Oscar Temaru, qui avait donnĂ© procuration Ă  Mitema Tapati. Deux reprĂ©sentants maintiennent, eux, leur vote contre. Un revirement qui nourrit immĂ©diatement les interrogations.   Descendu de son perchoir, Tony GĂ©ros ne rĂ©pond ni aux appels de Nuihau Laurey Ă  un retour anticipĂ© aux urnes, ni aux critiques d'Édouard Fritch sur la gouvernance de Moetai Brotherson. Le prĂ©sident de l'assemblĂ©e consacre l'essentiel de son intervention au communiquĂ© publiĂ© la veille par le Tavini. En reo tahiti, il dĂ©roule les griefs du parti contre le prĂ©sident du Pays et justifie la dĂ©cision de constater sa “dĂ©mission d'office”. À partir de lĂ , le collectif budgĂ©taire n'est plus que la toile de fond d'une explication politique entre Moetai Brotherson et le Tavini.   Oscar Temaru au cƓur des dĂ©bats   C'est finalement Lana Tetuanui qui met des mots sur ce que beaucoup observent depuis le dĂ©but de la matinĂ©e. “Je me suis peut-ĂȘtre trompĂ©e de jour et d'endroit. Ce n'est pas une sĂ©ance de l'assemblĂ©e que nous tenons, mais presque un conseil politique du Tavini.” Puis vient cette phrase : “Les sentiments ont toujours primĂ© sur la gestion de ce Pays.” Pour la reprĂ©sentante du Tapura, les affaires personnelles ont fini par prendre le pas sur la gestion du Pays.   Les regards se tournent alors vers Oscar Temaru. Il y a trois semaines Ă  peine, le prĂ©sident du Tavini appelait encore publiquement Antony GĂ©ros, son “fils aĂźnĂ©â€, et Moetai Brotherson, son “fils cadet”, Ă  prĂ©server l'unitĂ© du mouvement indĂ©pendantiste. Vendredi, c'est pourtant autour de lui que les Ă©changes se cristallisent.   Moetai Brotherson tente d'abord de ramener les dĂ©bats sur le collectif. Pendant prĂšs d'une heure, le prĂ©sident du Pays martĂšle que ce deuxiĂšme collectif n'est qu'un “acte technique” destinĂ© Ă  reporter des crĂ©dits dĂ©jĂ  votĂ©s. “En 2021 et en 2022, ces collectifs ont Ă©tĂ© adoptĂ©s sans difficultĂ©, parce que c'est un acte technique”, rappelle-t-il, reprochant Ă  l'opposition d'avoir transformĂ© un simple report de crĂ©dits en dĂ©bat sur “la vie chĂšre, le logement, le foncier ou l'indĂ©pendance”.   “Comment tu oses ?”   Puis, il quitte aussi le terrain budgĂ©taire. S'adressant directement aux Ă©lus du Tavini, il les interpelle sur leur relation avec Oscar Temaru : “C'est quand la derniĂšre fois que vous ĂȘtes allĂ©s rencontrer le prĂ©sident metua Oscar Temaru ? (...) Moi, c'Ă©tait il y a quelques jours. Et avant ça, la semaine derniĂšre.”   “Comment tu oses ? C'est une honte !”, lance Maurea Maamaatuaiahutapu. Mitema Tapati prend ensuite la parole en reo tahiti. Il assure que les Ă©lus du Tavini continuent, eux aussi, Ă  prendre rĂ©guliĂšrement des nouvelles de leur prĂ©sident. Il raconte mĂȘme avoir demandĂ© Ă  plusieurs reprises Ă  venir “prier” avec lui, mais que son entourage lui rĂ©pond systĂ©matiquement que “ce n'est pas le moment”. Sans jamais citer personne, l'allusion au cercle familial d'Oscar Temaru est comprise de tous. À ce stade, le collectif budgĂ©taire a dĂ©finitivement disparu des dĂ©bats.   InterrogĂ© aprĂšs la sĂ©ance sur cette dimension trĂšs personnelle des Ă©changes, Tony GĂ©ros ne l'Ă©carte pas. Les sentiments ont-ils fini par prendre le dessus ? “C'est possible”, rĂ©pond-il simplement. “Je l'ai dit en reo.”   Au terme de plus de quatre heures de dĂ©bats, le collectif est finalement rejetĂ© par 21 voix contre, 17 pour et 18 abstentions. Comme il l'a rĂ©affirmĂ© au cours des dĂ©bats, Moetai Brotherson peut dĂ©sormais engager la responsabilitĂ© de son gouvernement afin de faire adopter le texte. Une procĂ©dure qui ouvre dĂ©sormais une nouvelle Ă©tape politique. (Lire encadrĂ©.)  


Et maintenant ? Les scénarios de sortie de crise




Le rejet du deuxiĂšme collectif budgĂ©taire n'Ă©puise pas la procĂ©dure. Comme il l'a rĂ©affirmĂ© au cours des dĂ©bats, Moetai Brotherson peut dĂ©sormais engager la responsabilitĂ© de son gouvernement en application de l'article 156-1 du statut d'autonomie. S'il choisit de le faire, les reprĂ©sentants disposeront alors de cinq jours pour dĂ©poser une motion de renvoi. Celle-ci devra ĂȘtre accompagnĂ©e d'un nouveau collectif budgĂ©taire, dĂ©signer un candidat Ă  la prĂ©sidence du Pays et recueillir, neuf jours plus tard, 35 voix sur 57 pour ĂȘtre adoptĂ©e.   Pour Nuihau Laurey, cette procĂ©dure place l'assemblĂ©e dans une impasse. “Vous nous demandez de choisir entre nous soumettre ou vous renverser”, a lancĂ© l’élu de Ahip. Selon lui, utiliser l'article 156-1 pour un simple collectif de reports de crĂ©dits revient Ă  “sortir le lance-missile pour un texte de trĂ©sorerie”. Le prĂ©sident du Pays, estime-t-il, porte la responsabilitĂ© de la crise nĂ©e de la perte de sa majoritĂ© et c'est donc Ă  lui de “rendre la parole au peuple” en recourant Ă  l'article 157-1. Faute de quoi, prĂ©vient-il, “on va continuer Ă  bidouiller pendant deux ans”. Moetai Brotherson lui a opposĂ© une fin de non-recevoir. “Non, je ne demanderai pas l'application de l'article 157-1”, tranche le prĂ©sident du Pays, rejetant ainsi le constat partagĂ© par plusieurs Ă©lus, de Nuihau Laurey Ă  Édouard Fritch en passant par Hinamoeura Morgant-Cross, qui voient dans la perte de sa majoritĂ© l'origine de l'impasse actuelle.   Édouard Fritch a abondĂ© dans le sens de Nuihau Laurey pour rendre la parole “au peuple souverain”. Auparavant, l'ancien prĂ©sident s'Ă©tait longuement employĂ© Ă  dĂ©monter l'argumentaire de Moetai Brotherson, l’accusant d'avoir inutilement alarmĂ© les organisations patronales et les syndicats en leur faisant croire que le rejet du collectif plongerait le Pays dans une forme de paralysie : “Vous ĂȘtes en train de mentir aux chefs d'entreprise, vous ĂȘtes en train de mentir aux syndicats”, lui a-t-il lancĂ©, affirmant que les dĂ©penses continuent d'ĂȘtre exĂ©cutĂ©es et les services publics ne sont pas menacĂ©s.   Une autre hypothĂšse, jusque-lĂ  Ă©cartĂ©e, fait dĂ©sormais son chemin. Nicole Sanquer n'exclut plus la possibilitĂ© de dĂ©signer un prĂ©sident de transition dont la seule mission serait de demander un retour anticipĂ© devant les Ă©lecteurs. Un scĂ©nario qui semblait encore improbable il y a quelques jours. D'autant que Tony GĂ©ros lui-mĂȘme reconnaĂźt que le principal verrou politique a sautĂ© : “Jamais un Tavini ne va dĂ©gommer un Tavini. Mais il n'est plus Tavini depuis hier soir. Les choses ont changĂ©.”


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