Dossier d'analyse : Le Fenua protĂšge sa bande-son

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Tahiti, le 9 juillet 2026 – Face aux conflits de voisinage qui se multiplient, la proposition de loi portĂ©e par l’élu Tavini Cliff Loussan choisit une voie inattendue : plutĂŽt que de se limiter aux nuisances, elle commence par dĂ©finir ce qui mĂ©rite d'ĂȘtre protĂ©gĂ©. RĂ©pĂ©titions de 'ori, fumet du ahimā'a, chants, prĂ©servation des ’u'Ć«pa ou ciel Ă©toilĂ©... Le Cesec a donnĂ© jeudi un avis unanimement favorable Ă  cette reconnaissance du “patrimoine sensoriel”, tout en formulant une dizaine de recommandations pour prĂ©server la bande-son du Fenua sans rĂ©duire les riverains au silence.   Il y a des sons qui agacent. D'autres qui racontent un pays. C'est tout l'enjeu de la proposition de loi examinĂ©e par le Cesec, jeudi. Pour la premiĂšre fois, un texte entend faire entrer dans le droit polynĂ©sien la notion de “patrimoine sensoriel”, regroupant l'ensemble des sons, odeurs, paysages nocturnes, situations de calme ou de tranquillitĂ© qui participent Ă  l'identitĂ© du Fenua.   Le Conseil Ă©conomique social environnemental et culturel souscrit pleinement Ă  cette philosophie et propose d'aller plus loin en dressant un vĂ©ritable inventaire du patrimoine sensoriel. On y retrouverait les rĂ©pĂ©titions de 'ori tahiti, les chants polynĂ©siens, les sons des instruments traditionnels, l'odeur du ahimā'a, mais aussi “le calme de certaines vallĂ©es indispensable Ă  la prĂ©servation des ’ƫ'upa” ou encore les zones de quiĂ©tude propices Ă  l'observation du ciel Ă©toilĂ©. À l'inverse, le Conseil invite Ă  identifier plus clairement les sons qui ne relĂšvent pas de ce patrimoine : les motos dĂ©bridĂ©es, les fameux car bass ou encore les ambiances sonores excessives de certains bars ou Ă©tablissements de nuit.   Toute la difficultĂ© consiste justement Ă  tracer la frontiĂšre entre patrimoine et nuisance. “Il faut dĂ©finir un patrimoine”, a rĂ©sumĂ© Lucie Tiffenat, rappelant que certains sons “relĂšvent effectivement des habitudes polynĂ©siennes” et ne devraient pas ĂȘtre assimilĂ©s Ă  des nuisances sonores.   MĂȘme prĂ©occupation pour Raymonde Raoulx, qui a Ă©voquĂ© les chants accompagnant les veillĂ©es funĂ©raires ou les cĂ©rĂ©monies religieuses. “Je crois que ça fait partie aussi de notre vie de PolynĂ©siens”, a-t-elle insistĂ©, estimant indispensable de distinguer clairement ces pratiques culturelles et cultuelles des vĂ©ritables troubles du voisinage.   Il ne s'agit pas pour autant de sanctuariser tous les bruits. Le texte crĂ©e Ă©galement une dĂ©finition du “trouble anormal du voisinage”, apprĂ©ciĂ©e selon plusieurs critĂšres : durĂ©e, frĂ©quence, intensitĂ©, heure de survenance, anciennetĂ© des usages ou encore nature de l'activitĂ© concernĂ©e.   Des dĂ©cibels... mais surtout du bon sens   Le Cesec juge toutefois ces critĂšres encore trop imprĂ©cis. Il recommande notamment de fixer des repĂšres objectifs, comme des seuils en dĂ©cibels adaptĂ©s Ă  la PolynĂ©sie, afin de sĂ©curiser les dĂ©cisions des communes et des tribunaux.   Encore faut-il pouvoir faire respecter ces rĂšgles. Jean-François Benhamza a rappelĂ© que, mĂȘme face Ă  une moto trafiquĂ©e ou une sono manifestement excessive, les forces de l'ordre ne peuvent pas verbaliser faute de disposer d'un sonomĂštre homologuĂ© et rĂ©guliĂšrement calibrĂ©. “On sait comment rĂ©soudre le problĂšme. Mais
 on ne peut pas mettre le procĂšs-verbal”, a-t-il regrettĂ©. Thierry Mosser a aussitĂŽt rappelĂ© que, dans la pratique, ce sont surtout les mĆ«to’i qui interviennent. Sans appareil de mesure, ils privilĂ©gient souvent le “bon sens” : constater la nuisance, demander qu'elle cesse puis avertir qu'une sanction suivra si elle se poursuit.   Les dĂ©bats ont Ă©galement glissĂ© vers l'isolation acoustique des immeubles. Maeva Wane s'est Ă©tonnĂ©e que le texte ne dise rien des obligations pesant sur les constructeurs, avant que Mere Trouillet ne rappelle que ces obligations existent dĂ©jĂ , mais que leur application n'est pas toujours au rendez-vous.   Au-delĂ  des aspects juridiques, le Cesec dĂ©fend une autre maniĂšre d'aborder les conflits de voisinage : mieux former les agents, dĂ©velopper la mĂ©diation et aider les communes Ă  identifier ce qui fait leur patrimoine sensoriel. L'ambition, rĂ©sume l'avis, est moins d'opposer les habitants entre eux que de “protĂ©ger ce qui fait l'Ăąme de notre pays”, tout en garantissant Ă  chacun le droit Ă  la tranquillitĂ©.


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