Dossier d'analyse : “Demandons pardon Ă  notre terre et ocĂ©an”

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Tahiti, le 3 juillet 2026 - Pour commĂ©morer les 60 ans du premier essai nuclĂ©aire, responsables politiques, chercheurs, militants et malades Ă©taient prĂ©sents Ă  Papeete jeudi au centre de mĂ©moire PĆ« Mahara ’ĀtƍmÄ«, pour Ă©changer sur “l'hĂ©ritage des essais nuclĂ©aires” au Fenua.   Pour la commĂ©moration des 60 ans du premier essai nuclĂ©aire Ă  Moruroa, des tables rondes ont Ă©tĂ© organisĂ©es au centre de mĂ©moire PĆ« Mahara ’ĀtƍmÄ« Ă  Papeete, jeudi. Plusieurs thĂšmes ont Ă©tĂ© abordĂ©s comme la mĂ©moire, la transmission, la recherche et Ă©galement le pardon.   Le tāvana de Papeete, RĂ©mi Brillant, a ouvert la sĂ©rie des discours en rappelant notre appartenance “à une mĂȘme communautĂ© de destin” et que cela nous oblige “à continuer d'avancer ensemble”.   Il s’est surtout adressĂ© aux jeunes considĂ©rant que, pour eux, les essais nuclĂ©aires appartiennent Ă  “l'Histoire” puisqu’ils les dĂ©couvrent au travers des livres, archives, ou encore des tĂ©moignages de leurs parents ou grands-parents. “Vous ne les avez pas vĂ©cus (
). Vous n'avez pas Ă  porter les divisions du passĂ©. Mais vous avez la responsabilitĂ© de connaĂźtre cette histoire. Toute cette histoire. Ne vous contentez jamais d'un seul rĂ©cit.” Il a mĂȘme appelĂ© la jeunesse Ă  “chercher les faits” et Ă  construire une mĂ©moire qui rassemble pour prĂ©parer “l’avenir commun dans le respect de toutes les mĂ©moires”.   De son cĂŽtĂ©, le haut-commissaire Alexandre Rochatte a insistĂ© sur l'importance de la mĂ©moire, mais d'une mĂ©moire fondĂ©e sur la recherche. “La mĂ©moire n'est pas l'histoire. La mĂ©moire est celle des femmes et des hommes, elle porte les Ă©motions, les hĂ©ritages, les blessures, les silences, les convictions. Elle est profondĂ©ment humaine, elle mĂ©rite le respect”, a-t-il dĂ©clarĂ©. Il a ensuite rappelĂ© que “l'histoire poursuit une autre ambition” en confrontant les tĂ©moignages, en interrogeant les archives et en accueillant les dĂ©couvertes scientifiques. “Car la vĂ©ritĂ© ne se dĂ©crĂšte pas. Elle se recherche, elle se construit, elle se vĂ©rifie, et elle s'enrichit”, a-t-il ajoutĂ©.   Heinui Le Caill, aprĂšs avoir retracĂ© tout le travail effectuĂ© par Bruno Barrilot, et notamment la mise en place de la commission d’enquĂȘte Ă  l’assemblĂ©e, a rappelĂ© le devoir de mĂ©moire des parents envers leurs enfants car “l’école ne peut pas tout faire (
). Il faut que nos enfants continuent le combat (
). Ils n'auront pas le choix car ce sera pour leurs parents et pour ceux qui ont des cancers”. L’élu Tavini Ă  l’assemblĂ©e reconnait qu’au niveau politique “on s'est peut-ĂȘtre un peu endormis”.   Manuela, architecte de formation et experte du bĂ©ton, est allĂ©e Ă  Tureia sur la demande de Bruno Barrilot “pour voir si on pouvait rĂ©habiliter les blockhaus”, se souvient-elle. Mais avant d’y aller elle s’était documentĂ©e sur les types de bĂ©ton Ă  utiliser pour ces abris et surtout sur les lois en vigueur. Elle a mĂȘme demandĂ© Ă  des professeurs de l’UniversitĂ© de Rome s’ils voulaient travailler avec elle sur ce projet. Et quelle ne fut pas sa “surprise” : “On a fait un carottage et on a dĂ©couvert qu'entre les deux parties des tanks, il y avait de la soupe de corail (
). C'est un peu triste. Mais les deux, celui pour les militaires et celui pour la population Ă©taient dans le mĂȘme Ă©tat. Il n'y avait pas un meilleur que l'autre. Ils ont condamnĂ© tous les gens Ă  tomber malade et mourir.”


Les indemnisations limitées aux tirs atmosphériques

La dĂ©putĂ©e Mereana Reid Arbelot a expliquĂ© aux associations pourquoi sa proposition de loi d’indemnisation se borne a limiter la rĂ©forme aux seuls essais atmosphĂ©riques. “Nous sommes partis d'un principe de causalitĂ©, d'un principe d'exposition (
). C'Ă©tait trĂšs compliquĂ© (
) Ă  l'Ă©poque oĂč on a fait la commission d'enquĂȘte, de parler d'exposition des populations et de l'entiĂšretĂ© de la PolynĂ©sie, lorsqu'on avait des explosions souterraines”.   La dĂ©putĂ©e a rappelĂ© qu’aucun dossier n’a Ă©tĂ© reconnu “favorable” sur la pĂ©riode souterraine, “exceptĂ© quelques unitĂ©s, quand il y a eu un flou entre 2017 et 2018, mais ça a Ă©tĂ© des reconnaissances purement contentieuses, puisqu'il y avait un flou juridique”. Elle a donc prĂ©fĂ©rĂ© “sĂ©curiser la pĂ©riode atmosphĂ©rique et continuer le travail pour ensuite, pourquoi pas, Ă©tendre Ă  toute la PolynĂ©sie”.   En attendant l’adoption de la proposition de loi, amendĂ©e au SĂ©nat, lors d’une seconde lecture Ă  l’AssemblĂ©e nationale, la dĂ©putĂ©e a estimĂ© qu’il y avait “un caillou dans la chaussure”.   Le prĂ©sident du Pays Moetai Brotherson assure effectivement que “cet amendement a introduit un plancher de six mois de rĂ©sidence”. Selon lui, cela va exclure “certains militaires ou certains civils venus de l'Hexagone en mission Ă  Moruroa” ainsi que “des PolynĂ©siens qui Ă©taient Ă©tudiants et qui sont revenus”. Il pense que “cet amendement, n'a pas de raison d'ĂȘtre car statistiquement aucun touriste n'a dĂ©posĂ© de dossier d'indemnisation”. Il a Ă©galement rĂ©affirmĂ© son soutien Ă  une Ă©tude sur les maladies transgĂ©nĂ©rationnelles demandĂ©es par les associations.


Titaua Peu “Il faut qu'on arrive Ă  dĂ©passer nos contradictions” Responsable DSCEN




“Il s'avĂšre que c'Ă©tait plus qu'important de mettre en place ces tables rondes, c'Ă©tait mĂȘme demandĂ© par l'auditoire. Beaucoup de personnes Ă©taient lĂ  pour Ă©couter les tĂ©moignages de tous ceux qui ont vĂ©cu ces 60 ans d'annĂ©es d'activisme en fait. Et c'Ă©tait trĂšs intĂ©ressant, avec chacun une vision du combat anti-nuclĂ©aire. Et je voulais que toutes ces personnes se rassemblent pour partager avec l'auditoire, avec nous tous, tout ce qu'ils ont vĂ©cu.   L'objectif de ces journĂ©es de commĂ©moration, c'est aussi d'arrĂȘter de croire que tout est noir, ou blanc. Il faut qu'aujourd'hui on arrive Ă  dĂ©passer nos contradictions.   Moi je dis souvent, je suis anti-nuclĂ©aire depuis longtemps, sauf que mon beau-pĂšre, celui qui nous a Ă©levĂ©s, travaillait Ă  Moruroa. Qu'est-ce qu'on fait avec ça ? C'est notre hĂ©ritage commun, on ne va pas non plus aller s'entretuer, parce que ça ne sert Ă  rien et parce qu'en plus l'État colonial aura gagnĂ© dans ce cas-lĂ . Il faut qu'on arrĂȘte aussi de se diviser, parce que cela fait le jeu de certains.”  


Maire Bopp Dupont InvitĂ©e “N’attendons pas que le pardon vienne des autres. C’est nous qui allons demander pardon Ă  notre terre et notre ocĂ©an”




“Pendant un an j’avais l’impression d’entendre l’ocĂ©an m’appeler (
). Lorsque je regardais l’ocĂ©an de chez moi je me voyais nager alors que j’ai peur des requins (
). Et la rĂ©ponse Ă©tait claire (
). Pendant des annĂ©es, j'ai essayĂ© de ne plus penser au nuclĂ©aire. L'activiste que j'Ă©tais a voulu oublier, mettre ça de cĂŽtĂ©, je n'en voulais plus. Le message c'Ă©tait pour la question du nuclĂ©aire, pour demander pardon Ă  la terre et Ă  l’ocĂ©an pour ce qui s’est passĂ©. N’attendons pas que le pardon vienne des autres. C’est nous qui allons demander pardon Ă  notre terre et notre ocĂ©an (
). Ce que je veux dire par lĂ , c'est que je pense que plusieurs PolynĂ©siens vont ĂȘtre appelĂ©s Ă  faire un geste de demande de pardon. Un geste individuel. Il n'a pas besoin d'ĂȘtre visible, mais il a besoin d'exister (
). C’est le rituel du pardon, le rituel de guĂ©rison. Autant on a besoin que le combat continue, autant on a besoin qu’il y ait un profond pardon.”  


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