Dossier d'analyse : Gendarmerie : âOn sait sur quoi on doit se concentrerâ
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Tahiti, le 30 juin 2026 - Le gĂ©nĂ©ral Pierre Poty, commandant de la gendarmerie Outre-mer, est en PolynĂ©sie française durant dix jours. Pour Tahiti Infos, il explique le contenu de sa mission, revient sur les chiffres de la dĂ©linquance routiĂšre, ceux de la consommation de stupĂ©fiants et des violences intrafamiliales. Il sâexprime aussi au sujet de la demande de renforcement des effectifs, notamment pour les Jeux du Pacifique. Quel est le but de votre visite en PolynĂ©sie française ? âJe suis CGOM [commandement de la gendarmerie Outre-mer]. J'ai 4.200 gendarmes rĂ©partis sur tous les Outre-mer, et j'ai une mission qui est Ă la fois d'assurer le trait d'union entre nos camarades gendarmes ultramarins et les instances parisiennes de la gendarmerie. Je vois aussi des responsables politiques, que ce soit Ă la Direction gĂ©nĂ©rale des Outre-mer, au ministĂšre des Outre-mer, au ministĂšre de l'IntĂ©rieur, et je pars du principe que l'on ne peut pas faire ces interfaces correctement si on n'a pas une connaissance minimum de la maniĂšre dont nos camarades ultramarins vivent et fonctionnent. Je fais le point avec le patron du camp de gendarme qui est le responsable localement vis-Ă -vis des autoritĂ©s administratives et judiciaires des missions de la gendarmerie, et puis bien sĂ»r des Ă©lus et de la population.â Votre dĂ©placement dure sur quelle pĂ©riode ? âUne dizaine de jours. Câest indispensable quand on va aussi loin et qu'il y a une telle Ă©tendue gĂ©ographique. [Lundi] on Ă©tait Ă Raiatea, Tahaa, et [mercredi] on va Ă Rangiroa. C'est assez intĂ©ressant de voir les diffĂ©rences.â En PolynĂ©sie, nous avons trois flĂ©aux. Les stupĂ©fiants, la dĂ©linquance routiĂšre et les violences intrafamiliales. Vous rencontrez ces mĂȘmes problĂšmes dans les autres Outre-mer ? âCe sont des prioritĂ©s gouvernementales. Je rajoute les violences sexuelles sur mineurs, qui sont une prĂ©occupation trĂšs importante. Les violences routiĂšres sont aussi liĂ©es aux addictions, et donc on revient Ă la fois sur les stups, mais Ă©galement sur l'alcool. Et il se trouve que, trĂšs clairement en PolynĂ©sie, c'est la dĂ©linquance principale. On sait au moins sur quoi on doit se concentrer. Par rapport aux autres Outre-mer. C'est compliquĂ© de comparer ce qui n'est pas comparable. Entre La RĂ©union oĂč il y a quasiment un million d'habitants et puis Mayotte ou chez vous, on n'est pas sur le mĂȘme joint de population. Ce que je note comme diffĂ©rence entre la PolynĂ©sie et les autres Outre-mer, ce sont globalement des violences qui sont essentiellement concentrĂ©es sur la sphĂšre familiale. Les taux de violences intrafamiliales sont au-dessus de la moyenne des Outre-mer. Enfin, sur les stupĂ©fiants, il faut ĂȘtre vigilant sur les chiffres, parce que c'est typiquement le contentieux oĂč plus vous travaillez sur les stupĂ©fiants, plus vous avez des chiffres Ă©levĂ©s. Je ne suis pas sĂ»r que ce soit le critĂšre principal. Ce qui m'intĂ©resse, c'est âEst-ce qu'on dĂ©mantĂšle des trafics ou est-ce qu'on fait du consommateur ?â Et lĂ , le travail fait par le Comgend est remarquable. Je salue son action dans le domaine du dĂ©mantĂšlement des trafics, que ce soit Ă Tahiti, ou sur la compagnie des archipels Ă©galement.â Vous avez dĂ©veloppĂ© des rĂ©seaux renforcĂ©s avec les autoritĂ©s Ă©trangĂšres, notamment les Ătats-Unis, pour lutter contre ces trafics. âLes frontiĂšres de la France, elles sont Outre-mer. On ne peut pas concevoir de travailler ici en PolynĂ©sie sur la criminalitĂ© organisĂ©e, quelle qu'elle soit sans travailler en Ă©troite collaboration opĂ©rationnelle avec les services de police des pays voisins. Donc, on a des partenariats qui sont trĂšs dĂ©veloppĂ©s avec des pays qui nous intĂ©ressent, je pense notamment aux Ătats-Unis. Ce sont des partenaires trĂšs importants pour nous et je pense que nous sommes Ă©galement des partenaires crĂ©dibles puisquâil y a de la rĂ©activitĂ© de notre part. Ces partenariats, on les dĂ©veloppe aussi avec nos camarades Australiens, on a Ă©galement, avec les camarades NĂ©ozĂ©landais, qui sont des pays, des points d'appui importants en termes d'Ă©changes de renseignements. Au niveau central, on essaye de dĂ©velopper ces accords bilatĂ©raux de maniĂšre plus organisĂ©e.â J'imagine que vous avez rencontrĂ© les autoritĂ©s locales concernant l'organisation des Jeux du Pacifique. Est-ce que la gendarmerie sera renforcĂ©e, ponctuellement ou dĂ©finitivement Ă cette occasion ? âOn aimerait que ça soit dĂ©finitivement. Je veux dire que sur la partie Jeux du Pacifique, on a Ă©tĂ© les premiers Ă commencer Ă planifier. Les choses sont assez bien avancĂ©es. Il y a des demandes qui ont Ă©tĂ© faites de renforcement, je pense qu'elles seront honorĂ©es sans trop de difficultĂ©s. AprĂšs, ça sera un renforcement temporaire.â Toujours sur le volet renforcement, le procureur gĂ©nĂ©ral FrĂ©dĂ©ric Benet-Chambellan, a lancĂ© un appel au recrutement dâofficiers de police judiciaire pour faire avancer les dossiers aprĂšs les dĂ©pĂŽts de plaintes. âVous connaissez un commandant d'unitĂ© ou un magistrat qui vous dit qu'il y a trop de monde ? Ăa n'existe pas. Il est vrai qu'on est, dans les Outre-mer de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, un peu sous-dimensionnĂ©s en effectifs. Nous appelons de nos vĆux que ces effectifs puissent ĂȘtre augmentĂ©s. Une affaire de violences intrafamiliales, c'est quasiment deux mois incompressibles d'investigation. C'est extrĂȘmement long, parce qu'il y a des expertises Ă faire, des auditions Ă faire, des rĂ©quisitions mĂ©dicales. Ăa prend du temps. C'est souvent ça le goulet d'Ă©tranglement. Effectivement, on n'aurait plus d'enquĂȘteurs, on ne s'en plaindrait pas. Mais il y a aussi toute la pĂ©riphĂ©rie. Je ne suis pas le PĂšre NoĂ«l. Je n'ai pas de photocopieuse Ă gendarmes. C'est vraiment une logique de chaĂźne pĂ©nale. Nous faisons au mieux avec les moyens qui nous sont allouĂ©s.â Le recrutement en PolynĂ©sie française fonctionne bien, mais il y a cette image du jeune PolynĂ©sien qui part, et qui peine Ă venir exercer au Fenua. Câest une rĂ©alitĂ© ? âJ'imagine que c'est une rĂ©alitĂ© pour ceux qui n'arrivent pas Ă revenir. Nous ne fonctionnons pas du tout de la mĂȘme maniĂšre que les autres administrations. Quand on est militaire, on est mobile. C'est le meilleur moyen d'acquĂ©rir de l'expĂ©rience opĂ©rationnelle et professionnelle. Par ce flux, cette mobilitĂ©, on Ă©vite les risques de corruption. En PolynĂ©sie, nous sommes Ă plus de 50 % dâeffectif polynĂ©sien. Moi, mon critĂšre de sĂ©lection pour servir Outre-mer, c'est la qualitĂ© du service, c'est-Ă -dire qu'on a besoin de militaires qui soient compĂ©tents, performants. Bien entendu, Ă compĂ©tence Ă©gale, je privilĂ©gierais quelqu'un qui est nĂ© ici, parce que j'ai tout intĂ©rĂȘt Ă ce que les PolynĂ©siens servent en PolynĂ©sie.â
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