Dossier d'analyse : ARLES Le littoral camarguais en première ligne de la submersion marine : 32000 personnes exposées à l'horizon 2100
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<p>On connait bien le Symadrem (syndicat mixte interr&eacute;gional d&#39;am&eacute;nagement des digues du Delta du Rh&ocirc;ne et de la mer) pour les travaux de protection qu&#39;il engage afin de prot&eacute;ger les habitants des crues du Rh&ocirc;ne. Son r&ocirc;le est tout aussi important sur le littoral. C&#39;est lui qui s&#39;occupe de la gestion et de l&#39;entretien des&nbsp;digues du Grau-du-Roi &agrave; Port Saint-Louis-du-Rh&ocirc;ne. Un dossier loin d&#39;&ecirc;tre simple. Le&nbsp;littoral camargais doit faire face &agrave; la fois &agrave; l&#39;&eacute;rosion et aux submersions marines du fait du changement climatique. Le niveau de la mer augmente de 4 mm&nbsp;par an et les temp&ecirc;tes vont &agrave; la fois devenir plus fr&eacute;quentes et plus violentes d&#39;ici la fin du si&egrave;cle. Diff&eacute;rents sc&eacute;narios d&#39;adaptation sont propos&eacute;es, comme l&#39;explique Thibaut Mallet, le directeur du Symadrem.</p>
<p><strong>Objectifs Gard &amp;&nbsp;Arles : Quelles sont les projections concernant l&#39;&eacute;rosion c&ocirc;ti&egrave;re qui grignote le territoire camarguais, et les risques de submersion marine du fait des temp&ecirc;tes ?</strong></p>
<p><strong>Thibaut Mallet&nbsp;:</strong> Il faut bien distinguer les deux ph&eacute;nom&egrave;nes. L&#39;&eacute;rosion c&ocirc;ti&egrave;re n&#39;est pas consid&eacute;r&eacute;e&nbsp;par l&#39;&Eacute;tat comme un risque naturel. Elle n&#39;est pas &eacute;ligible au fonds Barnier. En revanche, la submersion marine, comme une crue du Rh&ocirc;ne, fait partie des al&eacute;as naturels, et elle est &agrave; ce titre &eacute;ligible. Selon les projections que nous avons, 400 personnes seraient impact&eacute;es, dans les ann&eacute;es &agrave; venir par le recul du trait de c&ocirc;te d&ucirc;&nbsp;&agrave; l&#39;&eacute;rosion. C&#39;est bien plus pour le risque de submersion qui concernerait, sur les 100 km du littoral que l&#39;on g&egrave;re, environ 32 000 personnes &agrave; l&#39;horizon 2100. Nous allons forc&eacute;ment prioriser les travaux pour faire face &agrave; ce second risque le plus majeur.</p>
<p><strong>Quelle&nbsp;est l&#39;ampleur de la mont&eacute;e&nbsp;des eaux ?</strong></p>
<p>Au&nbsp;si&egrave;cle dernier, c&#39;est-&agrave;-dire, de 1900 &agrave; 2000, la mer est mont&eacute;e d&#39;environ 40 cm. Pour notre si&egrave;cle, on&nbsp;tourne plut&ocirc;t autour de 70 cm.&nbsp;Tout va d&eacute;pendre de nos rejets de gaz &agrave; effet de serre dans les ann&eacute;es et d&eacute;cennies &agrave; venir, sachant que la Camargue est situ&eacute;e au niveau, voire par&nbsp;endroit sous le niveau de la mer.</p>
<p><strong>Quelles sont les&nbsp;pistes envisag&eacute;es pour r&eacute;pondre &agrave; ce d&eacute;fi ?</strong></p>
<p>Nous avons envisag&eacute; plusieurs r&eacute;cits narratifs. Le premier est un r&eacute;cit &quot;fixiste&quot;. On prot&egrave;ge toute la Camargue et on maintient le trait de c&ocirc;te l&agrave; o&ugrave;&nbsp;il se trouve aujourd&#39;hui, avec des &eacute;pis, comme on l&#39;a fait ces cinquante derni&egrave;res ann&eacute;es. C&#39;est un investissement de 400 millions d&#39;&euro; et un surco&ucirc;t d&#39;entretien de 5 millions d&#39;&euro; par an. Le second r&eacute;cit est le repli. On arr&ecirc;te d&#39;investir dans des ouvrages de protection et on d&eacute;m&eacute;nage le littoral de la Camargue dans les terres. Co&ucirc;t estim&eacute; : 15 millions d&#39;&euro;. Le troisi&egrave;me sc&eacute;nario serait de maintenir la situation actuelle sans faire de gros investissements, son co&ucirc;t n&#39;a pas &eacute;t&eacute; &eacute;valu&eacute;.</p>
<p>Le quatri&egrave;me r&eacute;cit, c&#39;est la protection individualis&eacute;e : on prot&egrave;ge les maisons avec des batardeaux par exemple, soit un investissement entre 150 et 400 millions &agrave; l&#39;horizon 2100.</p>
<p>Cinqui&egrave;me&nbsp;sc&eacute;nario : on prot&egrave;ge toute la Camargue par une digue &agrave; l&#39;int&eacute;rieur&nbsp;des terres, l&agrave; o&ugrave;&nbsp;on peut reculer. Sur les 100 km, cela est possible sur 93 km. Mais on ne recule pas aux Saintes-Maries ni&nbsp;au Grau-du-Roi, que l&#39;on va prot&eacute;ger. L&#39;investissement serait de 180 millions et 1 million d&#39;entretien par an. Il s&#39;agit-l&agrave; de refaire ce que Napol&eacute;on III avait r&eacute;alis&eacute; en cr&eacute;ant la digue &agrave; la mer qui &eacute;tait bien en recul du trait de c&ocirc;te.</p>
<p>Dernier sc&eacute;nario : on organise&nbsp;une protection cibl&eacute;e, des digues autour des zones urbanis&eacute;es, &agrave; fort enjeux, comme les Saintes -Maries et le Grau-du-Roi, et on laisse ailleurs la mer p&eacute;n&eacute;trer en Camargue. Le co&ucirc;t pr&eacute;visionnel est estim&eacute; &agrave; 180 millions d&#39;euros et 800 000&nbsp;d&#39;entretien par an. Mais du coup, on ne prot&egrave;ge pas&nbsp;les zones agricoles et les milieux naturels.</p>
<p><strong>Quelle&nbsp;est l&#39;&eacute;valuation&nbsp;risque / co&ucirc;t&nbsp;de ces travaux ?</strong></p>
<p>Ne rien faire a&nbsp;un co&ucirc;t ! Une temp&ecirc;te qui arrive tous les 100 ans peut co&ucirc;ter &agrave; la collectivit&eacute; autour de 200 millions d&#39;euros. Mais si elle arrive tous les 5 ou 10 ans ans, comme cela sera possible en 2100, vous voyez bien combien ce que cela peut repr&eacute;senter... Notre comit&eacute; de pilotage a&nbsp;&eacute;tudi&eacute; les diff&eacute;rents r&eacute;cit : 57% des membres seraient en faveur d&#39;une protection globalis&eacute;e et 40% pour le r&eacute;cit fixiste, avant l&#39;estimation des co&ucirc;ts. Les choix se feront dans l&#39;ann&eacute;e 2027.</p>
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