Dossier d'analyse : ARLES À la veille de son centenaire, l'entreprise Masoni placée en liquidation
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<p>C&rsquo;est&nbsp;une histoire comme tant d&rsquo;autres, et pourtant si unique. Celle de Ranieri Masoni, un immigr&eacute; italien d&eacute;barqu&eacute; &agrave; Arles dans les ann&eacute;es 1920, comme nombre de ses compatriotes, pour travailler la terre et les chantiers. En 1927, il fonde une modeste entreprise de terrassement, pour faire &quot;<em>des bricoles</em>&quot; comme on disait alors : une poign&eacute;e d&rsquo;hommes, des foss&eacute;s &agrave; nettoyer, des champs &agrave; faucher.</p>
<p>Quatre g&eacute;n&eacute;rations plus tard, Masoni est devenu bien plus qu&rsquo;une entreprise &agrave; Arles. Ce nom, tout le monde le connait, ne serait-ce que parce qu&rsquo;il a marqu&eacute; l&rsquo;histoire du club de foot de la ville : Yves Masoni, joueur embl&eacute;matique, en avait port&eacute;&nbsp;les couleurs avant que l&rsquo;entreprise ne devienne, des ann&eacute;es durant, sponsor officiel, son nom floqu&eacute; sur les maillots. Masoni, c&rsquo;est&nbsp;les travaux publics, bien s&ucirc;r, mais c&rsquo;est&nbsp;aussi une participation active &agrave; la vie de la cit&eacute;.</p>
<p>En 1948, Paul Masoni, le fils de Ranieri, reprend les r&ecirc;nes de l&rsquo;entreprise familiale. Jusqu&rsquo;en 1964, il perp&eacute;tue cette tradition de travail acharn&eacute; avec une petite &eacute;quipe de cinq ou six hommes. Puis, au milieu des ann&eacute;es 60, c&rsquo;est Yves qui prend la rel&egrave;ve. Jusqu&rsquo;en 2008, date &agrave; laquelle il c&egrave;de l&rsquo;entreprise &agrave; son fils, Olivier. Mais, &agrave; la veille de son centenaire, l&rsquo;entreprise familiale vient d&#39;&ecirc;tre plac&eacute;e en liquidation judiciaire, laissant Yves Masoni, son fils Olivier et une quarantaine de salari&eacute;s sonn&eacute;s.&nbsp;</p>
<h2>Des chantiers qui ont marqu&eacute; l&#39;histoire de la ville</h2>
<p>Le patriarche se souvient de ces jours o&ugrave;, dans les ann&eacute;es 1960, il reprenait l&rsquo;affaire familiale avec trois terrassiers, trois plombiers et des v&eacute;los --&nbsp;&quot;<em>de location !</em>&quot; --&nbsp;&eacute;quip&eacute;s de remorques. Sous sa direction, Masoni prosp&egrave;re, jusqu&rsquo;&agrave; employer 60 salari&eacute;s &quot;<em>sans compter les int&eacute;rimaires</em>&quot;,&nbsp;et fonder des filiales comme Arles Goudron ou Midi Terrassements. &quot;<em>On a toujours &eacute;t&eacute; une entreprise familiale</em>, insiste Yves Masoni. <em>Il y a&nbsp;des gars avec 30 ou 40 ans de maison. Olivier les a tous gard&eacute;s quand il a repris la soci&eacute;t&eacute;. Parce que si on a r&eacute;ussi, c&rsquo;est aussi gr&acirc;ce &agrave; eux.</em>&quot;</p>
<p>Et quelle r&eacute;ussite ! Masoni a &eacute;crit quelques belles pages de l&rsquo;histoire arl&eacute;sienne. Parmi lesquelles l&#39;am&eacute;nagement de l&#39;esplanade Charles-de-Gaulle et la r&eacute;fection du kiosque &agrave; musique sous l&#39;&egrave;re Perrot -- &quot;<em>on avait d&ucirc; faire intervenir des Compagnons pour les joints &agrave; tasseaux de la toiture en cuivre</em>&quot;, se souvient Yves Masoni. Mais aussi, en 1992, juste apr&egrave;s le drame de Furiani, le remplacement et la s&eacute;curisation des tribunes aux ar&egrave;nes d&#39;Arles en un temps record &quot;<em>pour que se tienne la feria, on avait travaill&eacute; jour et nuit pendant un mois</em>&quot;.</p>
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1992, apr&egrave;s le drame de Furiani, un contr&ocirc;le de s&eacute;curit&eacute; impose la r&eacute;fection des tribunes (c&ocirc;t&eacute; tauril) qui avait &eacute;t&eacute; faites &agrave; partir de la ferraille du pont de Trinquetaille d&eacute;truit pendant la guerre. L&#39;entreprise Masoni travaille jour et nuit pendant un mois pour que la feria se d&eacute;roule.&nbsp;
• <strong>Archives Y.M.</strong>
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<p>Sp&eacute;cialis&eacute;e&nbsp;dans les&nbsp;stations de relevage (en gros oeuvre) -- &quot;<em>on &eacute;tait reconnu pour notre savoir-faire &agrave; travailler sous la nappe phr&eacute;atique</em>&quot;, l&#39;entreprise arl&eacute;sienne a aussi oeuvr&eacute; &agrave; l&#39;&eacute;mergence de lotissements, &agrave; la d&eacute;viation entre la ZAC du Roubian de Tarascon et&nbsp;la route de N&icirc;mes, aux enrochements &agrave; l&#39;embouchure du Petit Rh&ocirc;ne aux Saintes-Maries de la mer,&nbsp;etc.&nbsp;</p>
<p>La liste des chantiers men&eacute;s par Masoni&nbsp;serait bien trop longue &agrave; faire, mais on retiendra tout particuli&egrave;rement sa capacit&eacute; op&eacute;rationnelle lors des inondations catastrophiques de 2003. &quot;<em>En lien direct avec la mairie et le Symadrem, nous avions la charge de coordonner les op&eacute;rations entre une dizaine d&#39;entreprises d&egrave;s qu&#39;une br&egrave;che &eacute;tait signal&eacute;e.</em>&quot;&nbsp;La SNCF fera aussi appel &agrave; la PME arl&eacute;sienne pour la r&eacute;fection de toutes les tr&eacute;mies d&eacute;molies. Et Masoni aura aussi largement pris&nbsp;part &agrave; la r&eacute;fection des r&eacute;seaux d&#39;eaux pluviales de la ville d&#39;Arles. &quot;<em>On a eu une belle activit&eacute;&hellip; &ccedil;a&nbsp;fait de la peine</em>&quot;, confie, &eacute;mu, Yves Masoni.</p>
<p>&quot;<em>Vous savez, la belle &eacute;poque, c&rsquo;&eacute;tait quand je n&rsquo;avais pas un sou, mais que les donneurs d&rsquo;ordre &eacute;taient des gens corrects, compr&eacute;hensifs. On travaillait en relation directe avec les maires, les conseillers d&eacute;partementaux&hellip; Aujourd&rsquo;hui, ce ne sont plus les m&ecirc;mes</em>&quot;, glisse l&rsquo;Arl&eacute;sien, un brin amer. Lui qui a consacr&eacute; 52 ans de sa vie &agrave; la ville, lui qui voyait l&rsquo;entreprise f&ecirc;ter ses 100 ans en 2027, doit maintenant faire le deuil. &quot;<em>Olivier a tout tent&eacute; pour sauver la bo&icirc;te, pour garder le personnel. Il n&rsquo;a jamais voulu licencier. Il est all&eacute; jusqu&rsquo;au bout&hellip; C&rsquo;est un homme bon.</em>&quot; Et c&rsquo;est peut-&ecirc;tre &ccedil;a, le plus dur : Masoni n&rsquo;est&nbsp;pas qu&rsquo;une entreprise. C&rsquo;est&nbsp;une famille, une histoire, et un petit morceau d&rsquo;Arles qui s&rsquo;en va. Et avec lui, une &eacute;motion palpable dans la ville, o&ugrave; chacun a un jour crois&eacute; un v&eacute;hicule estampill&eacute; &quot;Masoni&quot;.</p>
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